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[Bruxelles] Sarkis avec Paradjanov, un voyage dans la mémoire arménienne à la Fondation Boghossian

[Bruxelles] Sarkis avec Paradjanov, un voyage dans la mémoire arménienne à la Fondation Boghossian

13 novembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 24 janvier 2015 la magnifique Villa Empain dédie une exposition à la rencontre entre deux grands artistes arméniens : le cinéastes géorgien d’origine arménienne Serguei Parajdanov et le plasticien turc d’origine arménienne (et présent aux deux pavillons turc et arménien cette année à la biennale de Venise) Sarkis. Un dialogue entre deux géants, dont l’art est hanté par la mémoire et les traditions arméniennes qui constitue probablement l’exposition la plus puissante traitant de l’arménité en cette année 2015, centenaire du génocide (voir notre dossier). A voir absolument si vous habitez ou si vous passez par Bruxelles.
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Dans le magnifique cadre Art Deco de la Villa Empain, la Fondation Boghossian organise la rencontre de deux grands artistes du 20e siècle. Georgien, Sereg Paradjanov est connu pour les Chevaux de feu (1964). Souvent censuré par l’URSS, et envoyé plusieurs années en prison, il a tourné le film culte Sayat-Nova en l’honneur d’un grand poète arménien. Il est aussi à l’origine d’un travail entre art et artisanat tout à fait minutieux et empli de mémoire, qui est exposé dans un musée dédié à Erevan ; ville où il est mort. De son côté, Sarkis est né en Turquie et travaille en France (voir notre portrait), et développe un art de la mémoire dans divers lieux à travers notamment ses icônes et ses vitraux.

La Villa Empain met ces deux artistes en dialogue dans une grande exposition élégante, parsemée de grenades, le fruit qui symbolise l’Arménie. On commence dans le hall majestueux par un dialogue autour du film mythique de Paradjanov, Sayat-Nova pour se poursuivre dans le salon d’honneur en contre-plongée sur le jardin et la piscine art deco, avec une vitrine de 2.40 m d’Icônes de Sarkis. Dans une petite salle, on trouve le coeur de l’oeuvre de Sarkis, avec une installation d’objets retrouvés et conservés, dont la fameuse bande magnétique symbole de la tradition, ainsi qu’un portrait monumental mais toujours soyeux et en tissus du cinéaste par le plasticien. C’est là également qu’on peut voir le premier des 12 volets en néon de Sarkis avec les mots de la « Limite du silence ».

En grimpant les escaliers et en arrivant à l’étage, on entre dans un univers plus minutieux, plus artisanal, où la grenade est reine. De Paradjanov on découvre les boites où tout un monde est à chaque fois reconstitué. Le plus émouvant est la salle des esquisses que ce dernier a pu produire alors que lui-même était enfermé par le régime soviétique. En face, Sarkis jour des tissus et des matières, il y a la suite de ses néons de la limite du silence, et plus spectaculaires sont ses vitraux colorés et plein de traces de passé, accrochés comme en apnée, face à la vue sur le jardin et la piscine années 1920.

Au sous-sol, on peut voir des films de l’univers de Paradjanov et le Sang d’un poète de Cocteau.

Luxuriante, gardienne jalouse d’un passé dont on compte les traces, cette exposition de face à face met réellement en résonnance l’oeuvre de deux grands artistes marqués par le génocide arménien. Elle parvient à trouver le parfait équilibre entre connaissance et recueillement pour le visiteur qui vient chercher dans l’art les traces d’un peuple décimé dont la vie vibrante perdure à travers la langue, les traditions et la culture.

photos : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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