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Avant l’inauguration : retour sur la création du musée Soulages à Rodez

Avant l’inauguration : retour sur la création du musée Soulages à Rodez

10 mai 2014 | PAR Alice Aigrain

Après plusieurs mois de retard, la date de l’ouverture du Musée Soulages de Rodez est définitive : ce sera le 31 mai. Alors qu’Air France annonce un renforcement de ses vols intérieurs, que le président de la République annonce sa venue à l’inauguration, revenons un peu sur la genèse de ce musée, de sa mise en place à son ouverture en passant par sa politique d’exposition annoncée.

Une collection faite de donations conséquentes

Soulages est certainement le plus célèbre des peintres abstraits français. Alors qu’il poursuit une carrière déjà très productive, il est décidé d’ouvrir un musée à son nom dans sa ville d’origine, Rodez. Le projet de départ est créé autour des cartons qui ont servi de modèle pour la création des vitraux de l’abbaye romane de Conques. Ce ne sont pas réellement des œuvres aux yeux de l’artiste mais plutôt des recherches artisanales autour du verre, de la forme, de la lumière. Une fois le projet lancé, le musée a voulu rassembler une collection bien plus large que les cartons de vitraux. Et ce, alors même que le marché de l’art ne présente qu’assez rarement des œuvre de l’artiste tant sa production a systématiquement acheté depuis plus de 30 ans par les grands musées du monde, et que Soulages a déjà consenti à des donations notamment en 2005 à une importante donation au musée Fabre de Montpellier. La collection a du alors se constituer autour de donations. La première est celle de Pierre Soulages et de sa femme Colette. Un don de plus de 500 œuvres qui forment la plus grande donation d’un artiste faite de son vivant. Toutes les périodes de sa carrière y sont représentées, offrant ainsi au musée un panel des techniques si changeantes qu’il a utilisé. Puis elle est suivie par un généreux envoi du Louvre de 1 380 revues et 45 ouvrages qui rejoignent les collections de la bibliothèque du nouvel établissement culturel ruthénois.

Une première exposition consacrée aux Outrenoirs de Soulages

Les Outrenoirs de Soulages sont des œuvres caractérisées par un excès de matière noire sculpté par la lumière. Ces abstractions qui se situent à la lisière de la sculpture plane, seront ainsi présentées comme première exposition temporaire du musée de Rodez. Un choix de 24 outrenoirs a été fait avec le conservateur et l’artiste afin de créer une exposition qui montre l’étendue des pratiques et des nuances qui se lisent dans cette technique. Rendue possible grâce à des prêts de nombreux musées européens, l’exposition mise sur la période la plus célèbre de Soulages pour faire de cette inauguration un succès. Il semble en effet que ce choix permettra de mettre en valeur à la fois l’artiste et l’architecture pour laquelle la lumière a été largement réfléchie afin d’être l’écrin idéal pour Soulages et son œuvre. L’exposition d’ouverture permet en plus de créer un parallèle fort avec les vitraux de Conques, qui est l’essence même de ce musée. Par la place de la lumière, la sculpture des espaces, la recherche technique quasi scientifique, le travail de la nuance du noir, outrenoirs et vitraux sont issus du même questionnement et génèrent la même force, et sensibilité. L’artiste dit d’ailleurs de ses outrenoirs dans un long entretien avec Françoise Janin1 : « C’est la modulation de la lumière, sa réflexion, sa transmutation qui m’occupent tout entier quand je peins et qui, j’espère, émeut lorsqu’on regarde ces toiles. ». L’ouverture s’annonce donc sous les meilleurs hospices grâce à ce choix judicieux des conservateurs et de l’artiste.

Un lieu divers qui ne se veut pas uniquement monographique

Pourtant le musée Soulages doit à l’avenir se diversifié. En effet, l’artiste à toujours refusé d’avoir un musée à son nom et a dit dernièrement au Figaro ne pas vouloir d’un « mausolée ». Voilà pourquoi il a posé comme condition d’avoir un espace de cinq cents mètres carrés dédié à d’autres artistes. Il en avait été de même avec le musée Fabre qui avec sa donation a créé une aile d’art contemporain variée. Ainsi il souhaite éviter d’être associé à ces musées monographiques qui deviennent obsolètes rapidement par manque d’événement et de changement. Il s’agit donc du défi du musée de Rodez : générer un attrait au delà du buzz de l’ouverture, et se positionner rapidement comme un musée d’importance pour attirer les prêts et les artistes dans son aile d’exposition temporaire. Cependant il y a un défi que Rodez a déjà gagné : faire de sa ville le lieu d’un grand événement culturel et de faire du musée, un terrain d’enseignement pour les jeunes générations de la ville, avec la mise en place d’un atelier créatif au sein du musée, que quelques chanceux enfants ont déjà pu expérimenter.

Alice AIGRAIN

1 JAUNIN F., SOULAGES P., Pierre SOULAGES : Outrenoir, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 2012 p. 95

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Alice Aigrain
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