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« Au nom du père » : une Rétrospective Yan Pei-Ming en dialogue avec le retable d’Issenheim au Musée Unterlinden

« Au nom du père » : une Rétrospective Yan Pei-Ming en dialogue avec le retable d’Issenheim au Musée Unterlinden

02 avril 2021 | PAR Yaël Hirsch

L’exposition devait avoir lieu à partir du 2 avril au Musée Unterlinden de Colmar. Le vernissage virtuel a néanmoins eu lieu ce jeudi 1er avril en ligne. Et jusqu’au 30 août nous espérons que vous pourrez voir la soixantaine d’œuvres (dont la création de Pandémie) qui retracent le parcours du peintre d’origine chinoise Yan Pei-Ming sous le titre faussement religieux et très humain Au nom du père

Yan Pei-Ming est présent, aux côtés de la commissaire d’exposition, pour accueillir quelques journalistes venus de Paris et Strasbourg voir la rétrospective que la pandémie maintiendra encore des semaines loin du public. L’artiste est souriant et parle avec joie et sans réserve des belles choses de la vie et aussi de son parcours. Il parle en « ping-pong » avec la commissaire de l’exposition,  Frédérique Goerig-Hergott qui s’est vraiment imprégnée de la vie et l’œuvre de cet artiste chinois venu étudier aux Beaux-Arts de Dijon dans les années 1980 et connu en France surtout pour ses immenses portraits de Mao Zedong.

 

Un ping-pong entre l’artiste et la commissaire

C’est à Nantes, à la chapelle de l’oratoire du Musée des Beaux-Arts, qu’elle rencontre une œuvre monumentale de l’artiste : Nom d’un chien ! Un jour parfait (2012). C’est un triptyque christique en forme d’autoportrait qui lui fait penser deux choses : d’abord que l’on connaît mal l’œuvre de ce peintre qui gagnerait à être abordée par le versant biographique, et ensuite que son medium, la peinture et sa manière d’interroger les images faisait écho au fameux retable d’Issenheim, trésor du Musée Unterlinden signé Grünewald et datant du 16e siècle. C’est ainsi qu’elle l’a approché pour cette rétrospective complice, nouvelle exposition d’art contemporain après Otto Dix et Corpus Baselitz, à dialoguer avec Grünewald, et qui se termine par l’œuvre Pandémie, en symétrie du retable qui parle du « Mal des Ardents », maladie liée à l’ergot de seigle.

Une première rétrospective sous la figure du père 

Et c’est la première fois que Yan Pei-Ming connait une exposition où l’on est allé chercher ses œuvres partout de par le monde, à commencer par ses premiers portraits et aquarelles, notamment un autoportrait en pied, qui datent des années 1970 et de sa jeunesse. Les 50 grandes toiles majoritairement monochromes viennent elles aussi du monde entier. Et l’on passe de Mao au père, notamment avec la série des 39 tableaux de l' »homme le plus », qui dit à l’universel tout ce qu’un père doit être de superlatif aux yeux de son fils. « J’étais à la recherche d’autres chinois à peindre », nous dit l’artiste : « après Mao, le plus important, c’était mon père. »

Aux portraits sont accolés des paysages, souvent métaphysiques, et qui flirtent avec le kitsch pour rajeunir la peinture. Et puis, il y a le fils. Le fils, qui crée, qui peint, qui a plusieurs séries d’autoportraits dans sa vie, en pointillés, et qui place les bouddhas du temple où vivait sa famille avant la Révolution culturelle à côté de ses oncles. Une fois les corps gisants de Mao (rouge) et de son père (encore vivant alors) peints, ce fils signe une série d’immenses autoportraits graves, noirs, où il nous interroge du regard et plonge ce regard dans une Shanghai contemporaine et internationale. 

Les splendeurs des salles de l’Ackerhof

Dans la Piscine, l’on peut voir l’évolution de la grande toile (il a fallu un nacelle de 4m) Pandémie qu’on attend et c’est seulement alors qu’on rentre dans le grand bain avec la deuxième partie de l’exposition. « En peinture on ne peut pas éviter les sentiments et l’émotion », nous dit Yan Pei-Ming avant de nous convier à entrer dans les deux salles de l’Ackerhof où des toiles monumentales nous bouleversent : tout commence par son portrait  qui regarde ceux de ses deux parents, chacun dans son cadre (apparition de la mère) puis plusieurs autoportraits. Plus loin l’on trouve  côte à côte le fameux triptyque Nom d’un chien ! et Pandémie où l’artiste a également osé se représenter en premier plan. Les croix qu’il y avait mises à l’origine n’y sont plus et la terre est retournée, finissant de nous convaincre que ce titre d’exposition Au Nom du père est un regard très humain, plus que religieux et qu’il interroge le rapport à la matière. L’exposition est un voyage au cœur de la peinture comme matière noble et filiale, qu’on espère que vous pourrez faire avant le 6 septembre.

 

Visuels : Pandémie, 2020, diptyque, huile sur toile, 400 × 560 cm – Collection particulière, France. Photographie : Clérin-Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021

Nom d’un chien ! Un jour parfait (For goodness’ sake, a perfect day!), 2012, Triptych, oil on canvas, 400 x 280 cm, each Private collection, France credits: Photo: André Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021.

Agenda du week-end de Pâques
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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