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Ai Weiwei, l’art en action

Ai Weiwei, l’art en action

30 mai 2014 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

À Berlin, jusqu’au 7 juillet 2014, est présentée la plus grande rétrospective de l’artiste chinois Ai Weiwei (né en 1957 à Pékin). Mais une ombre plane sur le musée Martin-Gropius-Bau : l’artiste n’a pas vu sa propre exposition et ne la verra pas. Enfermé en Chine depuis 4 ans par les autorités qui détiennent son passeport, Ai Weiwei a du travailler à distance, tout comme en 2012 pour son exposition au Jeu de Paume à Paris. Le résultat est grandiose, et nous donne envie de revenir sur cet immense artiste.

L’artivisme, ou quand l’art se confond avec la vie

Ai Weiwei est l’artiste chinois le plus célèbre du monde, tant par son œuvre que par son emprisonnement. Il pratique un art activiste, un artivisme dit-on, qui revendique la liberté et dénonce les abus du pouvoir chinois. N’hésitant pas à faire des doigts d’honneur aux monuments chinois (et du monde entier), se montrant insoumis, sa vie est devenue son œuvre ultime, une sorte de happening permanent qu’il relaie grâce à son compte twitter.
On ne compte plus les artistes qui parlent du lien intime entre l’art et la vie – c’est même devenu un poncif… Mais en réalité, ce lien, quand il est réel, est assez rare, suffisamment rare pour que l’on soit troublé face à l’œuvre d’un artiste comme Ai Weiwei. Sa vie entière est son œuvre, puisque son œuvre revendique sa liberté. Il n’est pas protégé de la portée de ses travaux. Enfermé pour son art, il brille par son courage, et son courage devient artistique puisqu’il l’utilise pour en faire le motif de son œuvre. C’est comme si pour faire son autoportrait, il se mettait derrière un cadre et s’exposait, en chair et en os, vivant dans le musée.
Il déclare d’ailleurs au sujet de son exposition berlinoise que « Mon objet préféré dans l’exposition, c’est le fait que je n’ai pas le droit d’y participer. C’est une oeuvre d’art en soi. Combien d’expositions dans le monde y-a-t-il où l’artiste exposant n’est pas là car il n’en a pas le droit ? »

Contestation et petites fleurs

La liberté et l’insoumission ont mis Ai Weiwei en prison. Incapable de reconnaissance envers son plus grand artiste, la Chine l’enchaîne entre ses murs, et Ai Weiwei chaque jour conteste, aussi modestement que cela puisse être. Sa dernière vague d’actions est très touchante : chaque jour, il place des fleurs dans le panier d’un vélo garé devant son atelier. « À partir du 30 novembre, tous les matins je place un bouquet de fleurs dans le panier du vélo devant la porte du studio au 258, Caochangdi, jusqu’à ce que le droit de voyager me soit rétabli. » Cette action rappelle par son pacifisme la célèbre photo de Marc Riboud où l’on voit une femme montrer une fleur à une armée de fusils. Les bouquets d’Ai Weiwei, postés sur son compte Twitter, sont magnifiquement arrangés, à la fois modestes et opulents, pleins de couleurs. Œuvres quotidiennes, elles sont à la fois installation, artisvisme, street art… Plus aucune catégorie ne suffit, le sens déborde.
Un vélo également garni quotidiennement de fleurs se trouve devant le musée berlinois, en signe de soutien, d’espoir et de respect.
Dans l’exposition, une installation de 2009 particulièrement impressionnante nommée Very Yao montre des dizaines de vélos reliés pour former un tube montant vers le plafond du musée. Ai Weiwei produit très souvent des œuvres jouant sur la répétition, la multiplicité d’un même objet. On pense à son installation à la Tate de Londres en 2011, où il avait profité de l’espace réservé aux grands projets d’artistes (des Monumenta londoniens en quelque sorte) pour installer un immense parterre de graines de tournesol. Les visiteurs pouvaient s’y installer, s’asseoir, faire glisser entre leurs doigts les graines de tournesol… Mais à y regarder de plus près, on s’apercevait que les graines n’étaient pas organiques mais manufacturées. Faites de porcelaine, elles étaient en fait peintes à la main par des ouvriers chinois… À la main, donc toutes uniques. Ai Weiwei défiait ainsi l’interprétation négative du made in China. Très belle, très généreuse, cette œuvre avait été en partie pensée pour partir dans les poches des visiteurs, « en souvenir ».

Voir Ai Weiwei

Après avoir lu ces quelques lignes, vous aurez peut-être soif de connaître Ai Weiwei un peu plus en profondeur… Si vous ne pouvez pas aller à Berlin, ni retourner dans le temps pour voir son exposition au Jeu de Paume, deux solutions : suivez @AiWW sur Twitter, et vivez en direct (et souvent en chinois !) l’actualité de l’artiste, lui qui accorde tant d’importance au réseau social, pour que les gens sachent. Autre solution, regarder le film Never Sorry d’Alison Klayman, sorti en 2012, qui raconte son histoire avec émotion. La fin est dramatique : on voit l’artiste mutique après avoir été emprisonné pendant 81 jours. Et depuis ce jour, il est enfermé en Chine… où il est étroitement surveillé.
Courage, Ai !

visuel : capture d’écran twitter

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Maïlys Celeux-Lanval

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