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Ai Weiwei au-delà des clichés au Foto Museum [Anvers]

Ai Weiwei au-delà des clichés au Foto Museum [Anvers]

05 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

La première grande rétrospective du prolifique et contestataire artiste chinois Ai Weiwei en Belgique a lieu au FoMu (Foto Museum) d’Anvers. Une excellente idée que de passer par la photo et particulièrement le selfie pour faire « miroir » sur une œuvre majeure.

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Retenu prisonnier en 2015, Ai Weiwei a fini de quitter la Chine pour s’installer à Berlin. Contestataire, coloré, bruyant et aussi un peu caméléon, son art important surfe sur notre civilisation de l’image, sur nos réseaux de surveillance et sur nos réflexes dans les médias sociaux pour proposer des installations parfois conceptuelles et souvent sculpturale. Dans tout ce travail le « Je » est clé et si Ai Weiwei en joue, le revendiquer pour un artiste dissident chinois, c’est d’une puissance d’autant plus percutante qu’il sait en jouer. En plaquant sur les murs l’art d’Ai Weiwei et en nous proposant une introduction par la photo, le FoMu attaque un monument par une façade ensoleillée et plus facile à escalader. Ajoutant à cette finesse un vrai sens de la scénographie (l’expo a été en grande partie pensée par l’artiste), elle permet de commencer par un autoportrait saisissant au titre qui rejoint des icônes comme Rimbaud et Walter Benjamin : Illuminations, pour se pencher sur différentes séries dont certaines sont encore ouvertes et dont la plupart sont restés des chantiers parallèles dans l’ouvre de Ai Weiwei.

Au sens propre, les doigts d’honneur de Study of perspective 1995-2011) dans pas mal de complexe à l’architecture totalitaire (dont le Palais de Tokyo) font sourire, les « Selfies » (2012-2017) innombrables et collés comme une bande de négatifs n’étonnent pas trop mais petit à petit l’on découvre un Ai Weiwei portraitiste : de concitoyens devant des décors de rêves (ironiques) avec les « Fairytales portraits » (2007), de choses aussi légères et obsessionnelles que les coupes de cheveux (200—2017) et puis des portraits d’Irakiens (Iraqui Project, 2015) et aussi, pour la plus grande série, des photos pour parler de la question des réfugiés (2015-2016). En ce qui concerne l’égotrip, on voit très vite combien l’art d’Ai Weiwei peu aller de sa propre personne et de la contestation du régime de Beijing (superbe série de « Leg Gun », 2014 qui pastiche la Révolution Culturelle) pour nous parler assez directement : très documentés, sa série « Photographs of Surveillance » (2015) parle au-delà de sa captivité chez lui. Enfin son travail précis et presque froid sur l’aéroport de Beijing prend dans ce contexte un tour également tout à fait universel. Des photos et des selfies, dont certaines sont encore des livres ouverts, l’on comprend donc que la dissidence de Ai Weiwei n’est pas dirigée que ers l’occident et l’on a envie – comme des millions de chinois- de retrouver sur youtube ou sur son site les vidéos et les mises en scène qui ont bien souvent déclenché ces séries de photos.


Visuels : Autorisation Service de Presse

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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