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A Fontevraud, sacre de l’art moderne

A Fontevraud, sacre de l’art moderne

29 juillet 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le musée d’Art moderne – Collections nationales Martine et Léon Cligman ouvre ses portes au cœur de l’Abbaye Royale de Fontevraud. L’occasion de découvrir ce haut lieu d’histoire et d’art.

Un site historique exceptionnel

Fondée en 1101, l’Abbaye Royale de Fontevraud est un site patrimonial unique. Située à une quinzaine de minutes de Saumur, dans les Pays de la Loire, elle est la plus vaste cité monastique héritée du Moyen-Age et son histoire est singulière. Fondée par Robert d’Arbrissel, la communauté d’hommes et de femmes, basée sur la règle bénédictine, est dirigée par une abbesse jusqu’à ce que la Révolution ferme l’Abbaye en 1792. Lourdement pillée et réduite aux bâtiments à l’intérieur de l’enclos, elle est transformée et rouvre en 1814 en tant que prison sur décret de Napoléon.

Les travaux la défigurent tout en la protégeant de la destruction. Alors que l’Abbaye accueillait autour de 340 personnes, 1800 prisonniers occupaient cette centrale pénitentiaire de rééducation par le travail, et ce jusqu’en 1963. Classée dès 1840 sur la liste des monuments historiques, l’Abbaye, qui abrite les gisants d’Aliénor d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt et Richard Cœur de Lion, devient le Centre culturel de l’Ouest en 1975.

Depuis, les treize hectares du domaine sont animés de festivals de musique, de résidences d’artistes, d’ateliers du FRAC, d’expositions, de création contemporaine… Et depuis 2014, un hôtel installé dans l’ancien prieuré et pensé par les designers Patrick Jouin et Sanjit Manku permettent de découvrir l’Abbaye la nuit. Quant au restaurant du chef étoilé Thibaut Ruggeri, il occupe le cloître et propose une « gastronomie durable » qui repose sur les 5000 m² de potager biologique de Fontevraud.

L’arrivée de l’Art moderne

En mai 2021, le musée d’Art moderne ouvre ses portes dans l’ancienne Fannerie de l’Abbaye Royale de Fontevraud. Si ce musée existe, c’est grâce à la donation de Martine et Léon Cligman faite à l’Etat et à la Région en 2018 d’une grande partie de leur collection. Martine Cligman, fille de Denise et Pierre Lévy dont la donation en 1976 a constitué la collection du musée d’Art de Troyes, a été initiée par ses parents et leurs amis artistes à la collection d’art, et a elle-même mené une carrière artistique sous le nom de Martine Martine.

Le couple Cligman se rencontre après-guerre et se lance dans la collection d’art à la fin des années 1960. Chaque acquisition est le reflet de leurs goûts à tous les deux, et pendant soixante ans leur collection s’est enrichie, se concentrant principalement sur la peinture figurative de l’entre-deux-guerres et sur l’Ecole de Paris. A ces œuvres qui formaient le décor de leur quotidien s’ajoute tout un ensemble d’objets antiques du monde entier ayant pour point commun des formes épurées et géométriques. Pour accompagner ces quelques 800 œuvres, Léon Cligman a également créé un fonds de dotation de cinq millions d’euros pour soutenir la création du musée.

Histoire d’une collection privée

La tâche est donc revenue à Dominique Gagneux, directrice du musée d’Art moderne de Fontevraud, de transformer une collection particulière en collection muséale. Aidée par Christophe Batard, architecte en chef des Monuments historiques pour la rénovation du lieu, et par Constance Guisset pour la scénographie et le mobilier, elle a choisi d’évoquer l’intimité de la collection et de son collectionneur. Les œuvres ne sont donc pas présentées de façon chronologique ou du point de vue de l’histoire de l’art, mais regroupées par affinités.

On évoque ici la liberté et l’éclectisme de l’amateur d’art en juxtaposant les styles et les époques, créant ainsi des dialogues entre les œuvres. Ainsi, Kees Van Dongen s’associe à des statuettes Yoruba, les couleurs de Juan Gris répondent aux statues cycladiques ou l’échiquier de Germaine Richier prend la skyline new-yorkaise de Bernard Buffet pour toile de fond. Mais être collectionneur, c’est aussi soutenir certains artistes que l’on aime particulièrement. Plusieurs espaces, appelés « passion du collectionneur », mettent en avant ces relations privilégiées, telle que la salle dédiée aux verreries de Maurice Marinot ou le mur de tableaux de Georges Kars.

Une collection riche et cohérente

Le RDC et le 1er étage, consacrés à la collection permanente, nous permettent d’admirer peintures, sculptures, objets d’art et arts graphiques d’artistes tels que Derain, Fautrier, Sérusier, Delaunay, Vlaminck, Valladon ou Marquet, ainsi qu’un tableau de Toulouse-Lautrec et un de Corot, entre autres. Parmi les objets, notons un grand intérêt pour l’artisanat japonais, des incursions dans la statuaire sumérienne, égyptienne ou mexicaine, ainsi que de rares birdstones, sculptures préhistoriques d’Amérique du Nord. La collection est riche et variée, et les correspondances se tissent dans l’intimité de la mise en scène évoquant un intérieur privé.

Le 2ème étage est dédié aux expositions temporaires. L’exposition inaugurale continue à déployer les merveilles de la collection permanente avec un accrochage sur le thème du musée imaginaire. Sous les nombreux regards des statues et portraits présents, on analyse à la fois le regard des collectionneurs et celui d’une époque, même si la collection se veut intemporelle. Les formes, les sensibilités ou les techniques se rapprochent et se confrontent dans des dialogues qui renouvellent le regard qu’on leur porte. Enfin, le parcours se termine par l’évocation de l’atelier d’artiste, et notamment celui de Martine Martine.

La visite de Fontevraud se poursuit dans les jardins et dans les divers bâtiments de l’Abbaye avec un parcours de création contemporaine. Résultat du travail des artistes en résidence, les œuvres reflètent le lieu et son histoire, comme la marqueterie d’Andrea Mastrovito dans l’église abbatiale ou la cité monastique en bois de JEZY KNEZ. On trouve également les deux premières cloches de la nouvelle volée de cloches de l’Abbaye. Les six cloches fabriquées par la fonderie Cornille-Havard sont le fruit d’une collaboration avec des artistes : en 2019 le duo Nicolas Barraud et Jules Charbonnet ont créé le décor d’Aliénor, le DO 4, et cette année c’est au tour de François Réau de décorer Richard, le petit bourdon DO 3. Dans le grand dortoir, une exposition explique le parcours de création de ces cloches, de leur statut à leur rôle social en passant par leur fabrication.

L’Abbaye Royale de Fontevraud offre de nombreuses possibilités de visites entre art et histoire, sans oublier les nombreux évènements prévus cet été, tels que les Concerts Silencieux ou les Parcours nocturnes des Etoiles de Fontevraud. Pour une journée ou plus, vous serez transportés dans un monde à part.

 

Visuels : 1- Abbaye Royale de Fontevraud vue du ciel © Région Pays de la Loire / 2- Abbaye Royale de Fontevraud – photo Sébastien Gaudard / 3- Dans la cour d’honneur de l’Abbaye Royale de Fontevraud, le bâtiment de la Fannerie qui abrite le musée © Fontevraud, le musée d’Art moderne – Photo : Marc Domage / 4- L’entrée du musée : au premier plan, tables et assises par Constance Guisset © Fontevraud, le musée d’Art moderne – Photo : Marc Domage / 5- Le Musee imaginaire : conversations d’objets avec, au premier plan, L’Orage et L’Ouragane de Germaine Richier et trois masques gelede du peuple Yoruba.© Fontevraud, le musée d’Art moderne – Photo : Marc Domage / 6- Tête de Gitane de Kees van Dongen, masque funeraire egyptien et ensemble de jumeaux Yoruba © Fontevraud, le musée d’Art moderne – Photo : Marc Domage / 7- Salle ? passion du collectionneur ? : verres de Maurice Marinot et en dialogue, des flacons antiques © Fontevraud, le musée d’Art moderne – Photo : Marc Domage / 8- Vue de la salle d’art graphique avec un ensemble de dessins de Van Dongen, Emil Nolde, Suzanne Valadon ; au premier plan, une sculpture romaine © Fontevraud, le musée d’Art moderne – Photo : Marc Domage

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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