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« 21 rue La Boétie » : Paul Rosenberg sous les feux de l’Histoire

« 21 rue La Boétie » : Paul Rosenberg sous les feux de l’Histoire

01 mars 2017 | PAR Géraldine Bretault

Suite au succès de son livre 21 rue la Boétie, paru en 2012, Anne Sinclair a souhaité prolonger l’hommage rendu à son grand-père, le célèbre galeriste Paul Rosenberg, sous la forme d’une exposition. Précédemment présentée à Liège, elle se tient actuellement au musée Maillol à Paris.

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Marraine de l’exposition, Anne Sinclair avait une grande ambition quant au parcours de l’exposition. Au-delà de la figure de son grand-père, la journaliste tenait à ce que soit évoqué le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale. Le parcours scénographié par Hubert Le Gall est de fait très didactique, au point de pouvoir se lire comme une bouture de « L’Art en Guerre », exposition du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2012.

Après une première partie à l’étage consacrée au portrait du galeriste, à son entourage et à ses méthodes commerciales, l’exposition se poursuit au rez-de-chaussée, dans une démonstration parfois un peu appuyée sur ce qu’était l’art allemand officiel sous le troisième Reich, par opposition à l’art « dégénéré » tant décrié, dont faisaient partie certains artistes représentés par Rosenberg.

Depuis les débuts, à la suite de son père Alexandre, jusqu’à l’ouverture de sa galerie newyorkaise pendant la guerre, c’est la curiosité de Paul Rosenberg qui impressionne, sa détermination, ainsi que sa conscience aiguë de participer à l’histoire de l’art en marche. Riche en documents d’archives, l’exposition propose notamment des vues stéréoscopiques de l’intérieur de la galerie au 21 rue La Boétie : on comprend alors toute l’ingéniosité du marchand, qui entourait ses tableaux avant-gardistes de meubles classiques pour ne point trop effrayer les acheteurs potentiels…

L’unique raté de sa carrière aura été de ne pas avoir imaginé que les services de la Gestapo iraient jusqu’à violer le coffre-fort où il avait caché ses trésors à Libourne avant son exil, pour les spolier et les rapatrier au jeu de Paume à Paris…

Si la perspective historique domine – est également montrée la réquisition de la galerie 21 rue la Boétie, sous l’Occupation, pour créer l’Institut d’Etude des Questions Juivee (!) -, l’exposition peut aussi être abordée à travers le prisme du modernisme, montrant comment depuis l’École de Barbizon et l’impressionnisme, les artistes ont su renouveler le regard sur la peinture, en passant par le pointillisme de Seurat, le cubisme de Picasso et Braque, l’expressionnisme d’Ensor et Kokoshka, le surréalisme de Masson, jusqu’au « tubisme » de Fernand Léger !

Ami de la famille au point d’habiter un temps au 23, rue la Boétie, Picasso est naturellement bien représenté : on entre d’ailleurs dans l’exposition avec son Portrait de Mme Rosenberg et sa fille (Micheline, la mère d’Anne Sinclair), représentatif du « retour à l’Ordre » auquel il s’adonne dans l’entre-deux-guerres, alors qu’il est marié à Olga kokhlova. On notera aussi la délicieuse série des Arlequins, que Rosenberg réclamait à Picasso de terminer.

Il faudra toutefois se replonger dans l’ouvrage d’Anne Sinclair pour découvrir la part la plus émouvante de la personnalité de cet homme discret, ses doutes, ses emportements, ses encouragements et sa détermination.

 

Visuels : ©

Pablo Picasso (1881-1973), Portrait de Mme Rosenberg et sa fille, 1918 © Succession Picasso 2016 © RMN – Grand Palais muse?e Picasso de Paris) – © Thierry Le Mage

Pablo Picasso, Pichet et coupe de fruits, 11 Fe?vrier 1931 © Succession Picasso 2016 © Photo : Collection David Nahmad, Monaco

Georges Braque (1882-1963), Fruits sur une nappe, 1924 © ADAGP, Paris, 2016 © Fondation Collection E. G. Bu?hrle, Zurich

Alfred Ho?hn (1875- ?), Junge Frau (Jeune femme),1939 ? © Deutsches Historisches Museum, Collection Haus der Deutschen Kunst, Berlin/ © Photo : I. Desnica

Henri Matisse (1869-1954), La lec?on de piano,1923.© Succession H. Matisse.

Infos pratiques

Musée Gaumont
Beaux Arts (Bordeaux)
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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