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14, Visages et Vestiges de la Grande Guerre : La guerre entre en gare de l’Est

14, Visages et Vestiges de la Grande Guerre : La guerre entre en gare de l’Est

03 août 2014 | PAR La Rédaction

Depuis bientôt 20 ans, Didier Pazeri s’attache à photographier visages et vestiges du conflit de 14-18. Son travail en grand format s’expose en ce moment à Paris, dans et à l’extérieur de la Gare de l’Est.

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Spectacle inattendu en ce début d’après midi : des passants s’arrêtent sur le parvis d’une gare parisienne pour voir de plus près les portraits en noir et blanc d’anciens combattants alignés sur les grilles. Ici, Hans Lange, défiguré par une grenade en 1918 dans la Somme, ou Abdoulaye N’Diaye, qui a quitté le Sénégal pour rejoindre son oncle incorporé de force en France. Plus loin, Joséphine Lebert, infirmière à l’Hôtel-Dieu de Marseille, qui a soigné pendant la guerre les soldats revenus du front. Mêlés à ces visages des acteurs de ce terrible conflit, des paysages du Nord de la France respirent encore l’air des combats. Les bunkers envahissent les champs, les montagnes sont évidées pour installer des tireurs, les plaines sont transformées en cimetière… Ce sont peut-être ces images là où Didier Pazery a su le mieux capter ces cicatrices qui ne se referment jamais. Depuis presque deux décennies, l’artiste consacre son temps à saisir ainsi le souvenir de la Grande Guerre. « Son histoire est un gouffre. Explique-t-il. Si l’on s’approche trop près pour regarder, on est pris de vertige. Attiré, aimanté, par ce puits sans fond. »

Dans le Hall central de la gare parisienne, pas de puits, mais une vaste nef, où s’affichent (trop loin sans doute des yeux des passants) de très grandes photos d’objets. Ces derniers sont issus de l’immense collection de l’historien Jean-Pierre Verney. 18 000 casques, matraques, armes, vêtements. Autant de témoins du conflit, qu’il a cédé au Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. À la manière d’un entomologiste, qui épingle ses papillons dans une boîte, l’artiste a regroupé et photographié ceux-ci selon leur fonction. Alignés presque scientifiquement, tel un médecin légiste. Vison froide, clinicienne, qui sépare les casques de combats d’un côté, les prothèses de l’autre, mais y ajoute aussi les objets de la vie quotidienne des jouets aux ustensiles de cuisine. Tout est ici répertorié, légendé, étiqueté… Deux monde se côtoient et la force du paradoxe vous saute aux yeux. D’un côté la violence de la Grande Guerre, de l’autre l’innocence de la vie des civils.

La Gare de l’Est fut au début du siècle dernier, un lieu symbolique de rencontre entre le front et l’arrière. Là où arrivaient les blessés et repartaient les soldats pour le feu. C’est dans le hall d’Alsace que Didier Pazery a regroupé les photos qu’il a pu faire des derniers survivants de la Grande Guerre. Jusqu’en 2008, année où disparu le dernier des poilus, il a en effet demandé à chacun d’entre eux de poser pour lui, avec, dans le cadre, un autre cliché les représentant et pris à l’époque du conflit. Grâce à ce procédé qui consiste à confronter l’ancien combattant à son double jeune et vigoureux, chaque portrait raconte l’Histoire tout autant que son histoire. Si l’idée est assez émouvante – les témoins de la 1ère guerre mondiale étaient déjà rares au début des années 2000 et seulement une trentaine de portraits sont ici réunis- le choix systématique de la mise en abîme finit toutefois par lasser un peu le spectateur.

Mais plus encore que les clichés, c’est peut-être le choix du lieu qui nous transporte le plus dans cette exposition. Cette gare de l’Est, bien connue pour son train de nuit pour Berlin, se transforme aujourd’hui en une machine à remonter le temps où chaque pas du passé résonne dans le présent.

14, Visages et Vestiges de la Grande Guerre, tljs, Gare Paris-Est, Place du 11 Novembre 1918, 75010 Paris.

Marie Crouzet

visuel : affiche officielle de l’expo

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