Arts

Exposition :  » Baroque 1620-1800 – Style in the Age of Magnificence « 

28 mai 2009 | PAR Mikaël Faujour

london-baroqueJusqu’au 19 juillet, se tient à Londres une exposition consacrée au Baroque, premier mouvement artistique d’ampleur mondiale. Parti de Rome, il s’est répandu en Europe, puis dans les colonies du monde entier, atteignant ses ultimes développements à la fin du XVIIIe siècle. Riche de pièces très variées, cette exposition didactique donne un remarquable et pertinent aperçu général de ce vaste mouvement.
 
Si le terme  » Baroque  » évoque assez spontanément exubérance et dynamisme, il n’a cependant guère de définition figée ou précise : elle est, au contraire, changeante, fuyante. On peut même estimer que le Baroque relève d’abord d’un esprit – même s’il connaît des récurrences formelles – et découle d’héritages artistiques du XVIe italien (le Corrège, le Titien, le Tintoret et Michel-Ange, entre autres) et du Concile de Trente qui, entre 1542 et 1563, met en place la Contre-Réforme. Face au péril croissant des protestantismes – pratiquant l’iconoclastie, c’est-à-dire rejetant les images du champ cultuel – l’Église catholique réaffirme le rôle de l’image et d’un art édifiant et didactique (pour des populations massivement analphabètes, tandis que les protestantismes prônent un rapport direct aux saintes Écritures) capable de toucher l’âme par les émotions qu’il provoque. Aux  » excès  » de raffinement et d’intellectualité des maniérismes qui dominent alors, répond donc la volonté d’un art plus direct.
 
Le Baroque sert donc primitivement une volonté catholique de (re)conquête des âmes. Et l’on est troublé d’observer combien les débauches de splendeurs conspirent à étourdir les sens. C’est d’ailleurs ce que rappellent les dessins de voûtes peintes (Pierre de Cortone), soulignant l’importance de l’illusionnisme dans la dialectique religieuse de l’art baroque : ce que l’on voit, est-ce réel ou sont-ce les sens qui nous trompent ? En somme, les oeuvres du Baroque religieux, tout en charmant les sens dans une synesthétise mystique (les encens capiteux, les ors éclatants, les retables troublants, les musiques élévatrices, etc.), en excitaient donc – paradoxalement – le dépassement, selon l’idée que  » La Vie est un songe  » (Calderón de la Barca). Et, scrutant sur fond d’airs baroques tels ostensoirs minutieusement ouvragés, l’on se souvient alors de ces pages somptueuses où Huysmans décrit l’ivresse sensuelle des messes catholiques. Le chapitre religieux présente également des dessins préparatoires d’oeuvres majeures : le baldaquin de la Basilique Saint-Pierre de Rome, par Borromini ; ou encore la chapelle Cornaro (l’Extase de sainte Thérèse, même lieu) du divin Bernini, l’un des hauts faits du Baroque religieux, qui rappelle une des caractéristiques du Baroque : la notion d’art total – c’est-à-dire d’œuvre transartistique (en l’occurrence : sculpture, architecture et peinture).
 
C’est que l’intention édifiante inférait une certaine théâtralité, inclination récurrente du Baroque. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le XVIIe siècle, celui de l’avènement et du triomphe du Baroque, fut l’âge d’or du théâtre, en tant qu’art et en tant que lieu – où l’on donnait des pièces, des ballets et des opéras (forme artistique nouvelle). La partie y consacrée donne d’ailleurs un aperçu des prodiges de beautés artificieuses développés par toute l’Europe en architecture théâtrale, costumes, accessoires, décors coulissants, etc. Cet âge d’or est correlatif aux rivalités de pouvoir entre cours européennes ; et si celles-ci se jouaient à travers les représentations scéniques, elles se manifestaient avec grandeur dans toutes formes : jardins, peinture, architecture, orfèvrerie, mobilier – et jusqu’aux fastueuses mises en scène du pouvoir lors de cérémonies et de triomphes. Où l’on voit que le Baroque est aussi un art du sentiment et de l’éphémère – ce que son ultime développement, le Rococo exprime parfaitement. Il est d’ailleurs remarquable que n’aient pas été oubliés jusqu’aux feux d’artifice, qui connaissent alors un grand succès, certains artificiers jouissant alors d’une grande renommée.
 
C’est donc tout le mérite de cette exhibition que montrer combien le Baroque fut presque un environnement, apparaissant comme une tentative d’artialiser la vie tout entière, comme si cette notion d’art total avait visé, en fait, à faire de la vie même un théâtre de splendeurs.
 
En quelque façon, le Baroque est l’esprit du temps des cours européennes des XVIIe et XVIIIe siècles. Un esprit qui avait ses contradictions : surtout celle entre piété dévote et exubérance sensuelle (un tableau privé, richement orné, représentant la Madeleine repentante, à la fin, le résume à lui seul). Mais un esprit également empreint de curiosité pour la nouveauté et le monde qui s’ouvrait par le colonialisme fleurissant, révélant matières et matériaux nouveaux (certaines pièces d’orfèvrerie exhibées sont d’une minutieuse et fascinante perfection).
 
Autre point fort de cette généreuse exposition : la présentation du Baroque colonial, puisque sont exposées des oeuvres lointaines, d’Orient ou des Amériques (dont un puissant et massif retable mexicain d’une Vierge de douleurs de 1690, l’une des pièces maîtresses). Car, à mesure que s’accroissaient les colonies – et donc l’évangélisation des populations païennes du monde -, c’est le Baroque religieux qui, de pièces de dévotion personnelle en retables pénétrait celles-ci.
 
Au-delà des trésors de beauté et du caractère remarquablement didactique de l’exposition, c’est la dynamique historique que l’on devine. Ainsi, est sensible la primauté que prendra peu à peu la sensualité sur la dévotion, qui évoluera vers le rococo – et jusqu’à la débauche de la cour de Louis XV. Par instants, l’on sent aussi combien tous ces luxes dispendieux de matériaux et de génie humain dont se gobergeait une minorité, furent une charge colossale pour les populations civiles – qui, dans le cas français, expliquent pourquoi la Révolution.
 
À tout point de vue, une très remarquable et très réussie exhibition.
 
Mikaël Faujour
 
Victoria & Albert Museum (Londres) , Jusqu’au 19 juillet Site de l’exposition : http://www.vam.ac.uk/microsites/baroque/ West Kensington (ligne District) Entrée : £11 (adultes), £6 (étudiants)

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Mikaël Faujour

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Commentaire(s)

  • à 20 h. Parc de la Villette, sur la pelouse du festival de films en plein air (côté porte de Pantin) :

    En route pour le « Grand Voyage » ce dimanche 9 août ; film vers 22 H.

    9 août ! C’est aussi la SAINT AMOUR ; martyr obscur, mais nom lumineux ! On va lui faire sa fête, la fête de la découverte amoureuse pour les solitaires de l’été. Venez donc une petite heure avant le film : A votre cou un foulard à la couleur de ce que vous aimez partager (blanc pour la liberté, vert pour les arts, bleu pour la tendresse, rouge pour les feux de l’amour…) et repérez les porteurs et porteuses des même couleurs que vous. Ainsi allez-vous vous pressentir, vous rapprocher, peut-être prendre la main de l’autre. Ainsi « appareillés », 2 par 2, vous allez croiser une créature de rêve coiffée d’un cœur gros comme ça… Aux « premiers venus », elle réserve une surprise : la promesse de recevoir par poste « le jeu de l’amour et du hasard », qui sera pour l’un, pour l’autre, le chemin de la découverte.

    août 7, 2009 at 17 h 37 min

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