Arts
Exhibitions L’invention du sauvage

Exhibitions L’invention du sauvage

29 novembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Avec les grandes expéditions organisées par l’Occident pour découvrir de nouvelles contrées à partir du XIVème-XVème siècle, les explorateurs qui rentrent au pays ont le désir de montrer l’exotisme de leurs découvertes. Ramener des humains est ce qui leur permet le mieux de représenter à leurs souverains qu’ils ont atteint le but souhaité. Montrer des hommes, c’est le moyen le plus aisé de révéler la différence entre une civilisation et une autre. La curiosité, le plus souvent malsaine, provoquée par ces démonstrations a toujours existée, le succès de ces représentations de sauvages n’a fait que les intensifier. Moins cruelles que les massacres des chrétiens dans les arènes des cirques romains et que les ventes d’esclaves enchaînés, la brutalité et l’abomination de ces défilés d’hommes est mise pour la première fois en évidence dans une exposition d’une immense ampleur dont l’ambition n’est pas anodine : pointer du doigt quelles sont les origines occidentales du racisme, de l’intolérance et de l’idée trop couramment entretenue de par le passé de la supériorité d’un peuple sur un autre.

De nos jours, les documentaires à la télévision et les informations disponibles sur internet permettent à celui qui en a la curiosité  de se satisfaire  dans sa découverte de l’autre de même que la plus grande facilité à voyager aide chacun à aller à la rencontre de l’autre s’il le souhaite. A des époques où le peuple ne pouvait se déplacer pour voir de ses propres yeux d’autres peuples, il n’avait que ces exhibitions pour répondre à ses interrogations, c’était une distraction qui répond au besoin qu’a toujours eu l’homme d’établir des comparaisons entre lui et les autres, lui et les différentes races animales. A cet égard, le très beau bronze de Hugo Rheinhol datant de 1893, montrant un singe assis sur une pile de livres, dont celui de Darwin, et contemplant d’un air pensif un crâne humain, résume parfaitement la thématique de l’exposition. L’homme ne se satisfait jamais de ce qu’il est, il a toujours besoin de chercher la petite bête.

Le prestige des plus grands explorateurs, tels que Christophe Colomb et Cook a été bâti en partie sur ces exhibitions qui donnaient à l’occidental un sentiment rassurant de supériorité à une époque où l’on s’imaginait qu’une coiffure élaborée et des vêtements sophistiqués, le fait de savoir lire et écrire étaient les indices d’appartenance à une civilisation supérieure. Mais ne nous illusionnons pas : cette triste séparation des humains par races, par caractéristiques demeure toujours actuelle, même s’il n’y a plus chez nous de représentations de sauvages. Très richement illustré de tableaux, photographies, statues, films et même de très beaux automates, ce parcours nous donne une vision critique de ce que l’homme a pu faire subir à l’homme de par le passé, le mythe de Tarzan est à cet égard toujours présent dans nos esprits comme la parfaite illustration de ce qui a pu séparer l’homme dit civilisé de l’homme dit sauvage, un temps, les valeurs se sont inversées, il est temps aujourd’hui de faire la part des choses et de rendre à chacun son degré de civilisation et d’humanité.

Une exposition philosophique, d’intérêt historique, sociologique et politique, qui permettra à chacun de prendre conscience et de réfléchir à son échelle sur les relations entre les peuples, si la tolérance et l’ouverture d’esprit étaient adoptées par tous, bien des guerres pourraient être épargnées dans le futur.

Ajoutons que le musée du quai Branly est en constante évolution, il inaugurera le 4 juin 2012, un nouvel espace au cœur du plateau des collections, l’Atelier Martine Aublet, situé sur la mezzanine centrale, en lieu et place de la mezzanine multimédia. Cet espace pourra présenter une trentaine d’œuvres et sera un lieu d’expérimentation.

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Sandrine et Igor Weislinger

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