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Et l’écologie, bordel ?! Récit de notre périple à la Biennale de Grenoble 2017

Et l’écologie, bordel ?! Récit de notre périple à la Biennale de Grenoble 2017

23 mars 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Chacun sait que la culture est la grande absente de la campagne présidentielle 2017 ; mais ce qui semble le plus étrange, c’est bien la discrétion de l’écologie, elle qui pourtant offre tant de pistes de réflexion pour un avenir fécond, et qui s’imposera bientôt (si ce n’est pas déjà le cas) comme une urgence absolue. C’est pourquoi nous nous sommes rendus les 11 et 12 mars à Grenoble pour participer à la Biennale de Grenoble, festival géopolitique protéiforme qui nous a mené aussi bien sur les traces de la botanique urbaine qu’au cœur d’un prototype d’habitat en bois. Bilan : s’il y a de l’espoir, il s’exprime grâce aux initiatives individuelles.

Le point névralgique de la Biennale se situait au centre de la ville, dans l’ancien musée de peinture, où étaient réunies des dizaines associations, quelques expositions, une librairie et différentes assemblées. Le visiteur pouvait naturellement aller vers les bénévoles présents et discuter de graines sauvages, de lutte contre la publicité, de jardins associatifs, de projets végétaux dans le cadre du budget participatif… L’impression était celle d’un monde où les initiatives (et ainsi les réussites) sont multiples, où la lutte est commune et où l’on peut troquer ce que l’on veut contre un petit gâteau bio (miam !).

Biennale de Grenoble

Même idée dans les cafés alternatifs mis à l’honneur en ville, où l’on pouvait jouer à un petit jeu et inscrire sur des coquettes en papier nos meilleurs souvenirs de l’écologie. Nous nous sommes rendus au café À l’affût, tenu par l’association Le Raffut, et avons interrogé son représentant Jonas Ducret. Alors, pour lui, c’est quoi une « ville en transition » ? : « Ça passe par la consommation : le réemploi de produits, d’objets qu’il faut savoir remettre au goût du jour, ne pas jeter. Il ne faut pas faire d’achat compulsif, faire attention à sa nourriture. Être un peu plus conscient des déplacements dans la ville, de ce que tu consommes dans les cafés et les restaurants – ici par exemple nous proposons des produits frais qui créent du lien avec les producteurs locaux. La ville en transition, ce n’est donc pas seulement une façade : c’est une économie qui passe par la solidarité. C’est la prise en compte d’autrui. » Merci Jonas !

Biennale de Grenoble

Après cet encas royal, direction les rues ensoleillées de la ville pour une balade botanique urbaine en compagnie de Frédéric Gourgues, un peu déboussolé au premier abord par le succès inattendu de sa visite guidée toute en modestie : l’idée était de regarder au sol, dans les fissures des murs et au pied des arbres, les petites plantes et fleurs sauvages qui se développent en ville. Le vent emporte les graines et les disperse, permettant de verdir les rues minérales, ô merveille. On a ainsi papoté d’euphorbe réveille-matin, de laitue vivace, d’orpin, de véronique et de primevères, et appris que les fleurs sauvages permettent à toute une faune d’oiseaux et d’insectes de se nourrir en ville, créant de multiples écosystèmes. Ces pousses discrètes avaient la saveur d’un anarchisme doux, qui se cache jusque dans les égouts pour faire valoir les droits de la nature ; et Frédéric Gourgues, il en pense quoi de cette idée de « transition » ? : « La ville en transition est pour moi une ville qui se verdit, qui accueille plus de diversité et qui peut aller jusqu’à enlever du goudron pour y mettre de la verdure, et ainsi faire face à des problématiques de pollution, de chaleur, etc. » Compris les urbains ? On arrête de désherber à tout prix !

Le dimanche était placé sous le signe de la fête avec un grand programme d’ateliers, de concerts et de rencontres autour de la Terra Nostra, prototype d’habitat collectif en bois et terre crue de 320 mètres carrés situé au sud de la ville, tout à côté de la salle de concerts La Bifurk. On pouvait y acheter un vélo d’occasion, laisser une bande de joyeux marmots nous casser gentiment les oreilles avec des tambours (!), déjeuner au soleil et découvrir cette fameuse Terra Nostra de A à Z, grâce à des photographies et des vidéos.

Biennale de GrenobleIl y avait donc dans chaque endroit investi par la Biennale une véritable odeur de fête et d’espoir, qui disparaissait toutefois dès que l’on se baladait en ville, croisant au passage grosses voitures polluantes et incivilités chroniques ; c’est là qu’apparaissait le véritable sens du mot transition. Elle sera sans doute longue et douloureuse, mais s’imposera grâce à un travail individuel, une vaste entreprise de diffusion des savoirs. C’est cela que la Biennale semble avoir parfaitement compris, en proposant des activités ultra-ludiques et accessibles à tous : l’écologie passe par la séduction. Une belle histoire d’amour avec la nature nous attend. À vos potagers !

visuels : MCL

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