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Enacting Populism in its Mediascape. De la transformation des mythes. Fondation Kadist

Enacting Populism in its Mediascape. De la transformation des mythes. Fondation Kadist

04 mars 2012 | PAR Smaranda Olcese

Jusqu’au premier tour des élections présidentielles en France, les espaces d’exposition de la Fondation Kadist se transforment en local de campagne d’un étrange parti politique. Le jeune commissaire d’exposition Matteo Lucchetti imagine un environnement ambivalent où les œuvres peuvent également être perçues comme des équipements utilitaires requis par les activités politiques.

 

Le projet a commencé fin 2010 lors d’une résidence d’artistes à Anvers, sous la forme d’une recherche sur l’imagerie et les modes d’expression visuelle et discursive mobilisés par certaines formes de populisme qui envahissent le débat public. Puisant dans les travaux de chercheurs comme Yves Citton, qui se penche sur l’imaginaire politique de la modernité occidentale, ou Ernesto Laclau qui, à partir des études de cas en Amérique du Sud, cible le populisme comme une dimension inhérente à tout régime démocratique, Matteo Lucchetti conçoit son exposition en tant qu’espace de réflexion critique ancrée dans son époque, sous le signe du post-politique. A la fin de la guerre froide, les idéologies cessent d’inspirer les programmes politiques et une logique du consensus remplace l’ancien espace de l’idéologie démocratique agonistique. Dans ce contexte, la frustration populaire est récupérée par le populisme qui fonctionne sur la surenchère de l’élément affectif dans le débat social et permet la construction du « peuple » sur la base des signifiants vides, tel que l’antagonisme nous/eux. Sa précieuse capacité à atteindre les sentiments et les perceptions ressentis par le « peule » s’épanche dans des stratégies médiatiques qui agissent quotidiennement au niveau visuel, offrant une alternative bas de gamme et fictive au sentiment d’appartenance. Les artistes invités investissent les tropes de ces stratégies, dans des démarches qui visent à mettre à nu les schémas actifs dans la construction d’un consensus.

Le collectif Alterazioni Video évoque directement ce moment particulier de la vie politique de la société française. Le Président, 2012, est un turbo movie qui court-circuite les modes de production classiques et explose les codes du bon goût, par son humour acidulé et ouvertement kitsch. Le programme électoral de ce candidat bling-bling qui porte un manteau en fourrure, croule sous les « bagouses », confie ses pieds à une liseuse de fortune et sa campagne à un jeune homme fraîchement diplômé en marketing, est slamé à la manière d’un clip vidéo pour MTV et se résume au refrain : Vote pour moi ! Au public de faire le rapprochement avec la vie réelle !

La figure du leader est au centre des œuvres de Danilo Correale, avec sa photographie Untitled (The Future in their Hands. The Invisible Hand) qui propose, avec le concours d’un célèbre chiromancien indien, une lecture des lignes de la main des politiciens impliqués dans la crise financière actuelle, et Nicoline van Harskamp qui présente Character Witness (vidéo et script, 2008 – 2011) un discours composé à partir d’extraits d’autobiographies de personnages politiques célèbres, tels Malcom X, Hillary Clinton, Margaret Thatcher ou Ariel Sharon, rédigé par un auteur spécialisé dans l’écriture des discours et interprété par trois acteurs.

Le siège de campagne de ce candidat à figures multiples et pourtant consensuelles est placé sous le signe de l’enseigne lumineuse d’Anna Scalfi Eghenter : Reset, qui éclaire la devanture, par un espiègle détournement d’un panneau d’interdiction pour introduire les actions subversives se déroulant à l’intérieur : proposition de référendum, location d’un acre de terre en Afrique, ainsi sauvé du land grabbing, mise en question de la propriété privée… Les affiches de cette campagne sont confiées à Steve Lambert qui édite Utopia et Fight (impression typographique édition illimitée, 2010 – 2012) posters marqués par des slogans dont il est l’auteur, vendus au prix de leur coût de production. Les mécanismes de négociation entre l’art et la société civile sont ainsi mis en exergue par la création de ces objets d’art abordables, produits dérivés possibles d’un parti politique, ayant comme vocation d’investir l’espace public et de diffuser un message.

Deux autres propositions artistiques visent à soigner l’image de campagne de ce candidat consensuel. Le collectif Foundland mobilise avec Simba, The Last Prince of Ba’ath Country (installation, 2012) des images liées à la propagande d’Al-Assad, dans une œuvre qui, par le biais d’une analyse iconographique, pointe vers la falsification d’un imaginaire collectif politique et numérique. De son côté, la coopérative Société Réaliste s’embarque dans un projet dont la démesure rime avec l’égo surdimensionné du candidat. A Life to See (film numérique, 885 768h !!! 2012) est une réflexion plastique sur la relation entre pratique artistique et propagande. La vie et l’œuvre de Leni Reinfenstahl, cinéaste chantre du régime nazi, est à la base de ce travail qui reprend tous les photogrammes, en les dilatant à une durée de 59 minutes, de ses 7 films, alors que l’intégralité des bandes sonores est compressée à chaque images. Cet étrange objet sera diffusé à partir du vernissage et pour une durée prévue de 101 ans sur le site www.alifetosee.net

Toute démarche populiste se focalise sur la construction dans le domaine public d’une image séduisante du candidat et les artistes s’emparent des langages spécifiques aux médias conventionnels, à la publicité, à l’internet. Le « peuple » est la cible de ces messages qui véhiculent l’espoir d’une vie meilleure, la promesse du changement, de la « rupture » ! Danilo Correale surprend parfaitement le cynisme de ce mode opératoire. Il initie Re-designing Fear – Peoples’s Party Spectacular, édition d’un billet de loterie à gratter, distribué pour la première fois de manière virale, à Anvers en 2011. Des slogans xénophobes familiers et récurrents sont dissimulés sous la couche argentée que l’on gratte pour découvrir si l’on a gagné le gros lot.

La voix du peuple est également donnée à entendre lors des performances accueillies à Mains d’œuvres. Heman Chong propose Simultaneous (Corridor), 12h de traduction consécutive de deux nouvelles de l’anglais vers le français, qui articulent, dans le contexte de Singapour, trajectoires individuelles et projet collectif sous le signe de cet universel espoir du changement. Luigi Coppola, engagé dans des pratiques participatives et collaboratives, écrit un texte à partir des propositions rédigées par les visiteurs du blog de l’économiste et anthropologue Paul Jorion, dans sa rubrique « utopie réaliste », sur la crise économique et la crise de la démocratie. De la métamorphose sociale (performance et vidéo) propose une mise en scène qui emprunte la structure du théâtre antique grec en éliminant la figure du héros, magnifie la voix du chœur, le « peuple », à l’abri des masques neutres.

Pour plus de détails sur le programme de notre candidat, il faut se rendre dans les locaux de la rue des Trois Frères. L’œuvre de Superflex, Corruption Contract, document manuscrit (2009) qui stipule des clauses perverses et décrie ainsi les travers et les activités illicites qui minent les valeurs et l’éthique des institutions démocratiques, en donne également un bref aperçu.

visuels © Alterazioni Video

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