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« Dalí : regarder, c’est inventer », au musée Dalí Paris

« Dalí : regarder, c’est inventer », au musée Dalí Paris

15 juillet 2020 | PAR Loïs Rekiba

Complètement rénové en 2018, c’est un plaisir que de retourner au musée Dali Paris pour admirer plus de 300 œuvres d’une exceptionnelle collection privée acquise auprès de l’artiste lui-même. Mais derrière les objets d’arts, le lieu expose aussi l’évolution intellectuelle – insécable d’un rapport à la création sans cesse renouvelé et marqué par la religion et la littérature  – d’un artiste hors norme. 

Cette exposition reflète le fil rouge, sans cesse évolutif, d’une création dalinienne reconnaissable parmi toutes.  C’est la littérature comme point de départ à la création artistique qui nous montre la plus célèbre des moustaches catalanes dans une posture déjà iconoclaste. On peut dès le début se faire, grâce aux œuvres observables dans la première salle, une certaine idée de sa personnalité, de son appétit artistique, de son talent et de sa mystique directement puisés dans et par la littérature; une expression artistique à l’origine de son geste surréaliste. Dalí est tout d’abord un homme de l’intellect, aimant le bon mot,  le mot juste, et la proximité à l’égard d’écrivains célèbres du monde entier. Tous ont été vecteurs d’inspiration pour la création dalinienne de véritables objets poétiques, d’une mise en forme de ceux-ci par l’illustration de chefs-d’oeuvre de la littérature mondiale .

On descend ensuite un escalier (et oui, manifestement, il nous faut encore quelques pas supplémentaires pour s’enfoncer dans l’inconscient surréaliste) pour atterrir dans la seconde salle. Au mur, un panneau indiquant « technique de la cire perdue ». La seconde salle constitue un véritable manifeste explicatif de l’oeuvre de Salvador Dalí. À travers les œuvres en bronze de l’artiste, c’est au sein de tout un univers que le visiteur se retrouve plongé, dans un voyage placé sous le signe de l’inconscient. Le génie créatif de Dalí se manifeste par tout un défilé de sculptures en bronze, aspects majeurs de l’oeuvre du maître Dalí. De l’Éléphant spatial à La Persistance de la mémoire, c’est tout une émanation de ses thématiques et de ses images de prédilection dont il est question, dans cette seconde salle. L’implication de Dalí dans la réalisation de ses sculptures s’ancre dans un rapport nécessaire à l’intellect, à la pensée. Rien ne relève du pratique, du prosaïque et du banal dans la réalisation de l’oeuvre surréaliste  à proprement parler. Aucune utilité, hormis celle d’attendrir, de gagner les cœurs et, si possible, les esprits. Et ça marche. On continue avec plaisir, pris dans cette transe surréaliste dalinienne et rassuré par la chaleur intimiste et le minimalisme du lieu.

De la descente d’escalier au sortilège des formes

Dalí nous jette ensuite un sort : le sortilège des formes – qui dé-forme, en même temps qu’il forme chez nous une meilleure compréhension de son oeuvre crée à partir de nos imaginaires littéraires et religieux. L’exposition arrive très bien à nous montrer le travail artistique de toute une vie. Dalí, sculpteur, modeleur du réel participe à modeler notre rapport à l’exposition tout entier : la forme et le fond se complètent harmonieusement, à l’image de ces formes féminines, insolemment pulpeuses et protéiformes, tridimensionnelles, monumentales…!. On est conquis par la double expérience offerte par l’exposition . D’un côté, le lieu parvient à nous exposer la diversité des techniques, la maîtrise et le goût artistique de Salvador Dalí mais, plus étonnant encore, on nous donne à voir l’expérience de l’expérimentation artistique,  de ce que c’est, de ce que ça représente, de ce que ça engage pour la vie d’un homme et d’un couple. Hop : c’est maintenant à une métamorphose érotique de son art à laquelle nous assistons. Gala la fatale est là. La femme, l’épouse, la muse,  la tentation, le bouleversement majeur et tant attendu de sa vie et de son oeuvre. Elle est un être utile dans l’économie général du propos de notre visite. Point de bascule, elle révèle l’artiste à lui-même non plus en tant que pur esprit à la recherche de la représentation absolue du réel dans le courant surréaliste, mais en tant qu’être animé par la chair. Et, là, on prend en pleine figure ces sculptures féminines extravagantes, exagérées, sans cesse disloquées et…finalement peut-être irreprésentables dans l’absolu. 

On retiendra surtout le mur final estampillé de nombreuses perles auto-référencées exprimées par Dali lui-même (oh le mégalomane!), et notamment une à l’image du parcours proposé par le musée Dalí Paris: Ma devise a été  » que l’on parle de Dalí même si on en parle bien ». Ici, rue Poulbot, on parle de Dalí, inconditionnellement, passionnément et vraiment bien !

 

Exposition Paris : Dalí Paris – Collection permanente

Lieu : Dalí Paris
11, rue Poulbot
75018 Paris

 

 

© Loïs Rekiba 

©Exposition-Paris info 

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