Arts

Coup de projecteur sur l’art spamique de Denis Bernier – Nuit de la Photographie contemporaine

27 juin 2010 | PAR Marie Lesbats

Dans le cadre de la Foire Saint-Germain a lieu ce lundi 28 juin la 3e Nuit de le Photographie contemporaine. Le photographe plasticien Denis Bernier exposera ses œuvres place St Sulpice. Lumière sur la série « SPAMS ».


« SPAMS ». Voici le titre que Denis Bernier, photographe et plasticien contemporain, a retenu pour sa dernière création photographique.
En consultant ses mails, l’artiste se penche un jour d’un peu plus près sur le contenu de ces « pourriels ». Au lieu de les faire glisser dans sa corbeille comme l’aurait fait tout un chacun, il remarque qu’ils sont composés de textes littéraires anglophones, issus de romans ou poèmes, tels Agatha Christie, le Mahâbhârata…
Ancien scénariste, séduit par cette « involontaire fantasmagorie », Denis Bernier songe à la possibilité de mettre en scène ces petits opus textuels en créant des compositions photographiques qui intègrent le langage spamique.
Pour ce faire, il utilise la technique du photomontage par la réhabilitation d’anciens clichés issus de ses travaux personnels et effectue une partie de son casting – mains, visages, fragments de personnages – dans le corpus imagier d’internet, affirmant une démarche appropriationniste. Dans ces instantanés, samples singuliers aux héros figés, peuvent se lire tour à tour l’extravagance, la violence, le fantasme ou le glamour.

Ces hypothétiques élucubrations donnent à voir des atmosphères troublantes qui agissent comme détonateur sur le regardeur. Souvent proches de l’inconscient collectif, suggestives ou politiques, elles évoquent notre histoire ou notre environnement, et, paradoxalement, présentent des décors et acteurs davantage cinégéniques qui usent des codes du roman-photo. S’y confondent l’absurdité et l’inaccessibilité. Mais toujours sur un fond de vérité. De réalisme. L’ambivalence réel/irrationnel relie ainsi l’univers photographique de Denis Bernier aux travaux des Nouveaux Réalistes – Arman, César ou Raymond Hains – qui dénichent leur inspiration artistique dans les rebuts ou les matériaux usagés.
Par l’immatérialité du spam et son inhérence à internet, par son caractère indésirable et la pollution qu’il provoque, le rapport au réel est modifié. Denis Bernier dénonce. Se pose la question, tangible, de l’intrusion de l’inconnu dans la sphère privée de l’utilisateur. En présentant au regardeur ses 40 visuels « SPAMS », l’artiste incite à la contemplation d’un produit d’ordinaire fui – et même éradiqué – par le consommateur. En conséquence, le spam s’en trouve poétisé, intellectualisé et donc transcendé.

Professeur d’arts plastiques consacré à sa propre forme d’art depuis trois ans, Denis Bernier s’intéresse aux interpénétrations privé/public et par extension aux diverses formes de voyeurisme qu’internet peut engendrer.
Pour l’artiste, il s’agit d’une intarissable source d’inspiration et de réflexion. Elle s’insinue au jour le jour dans le quotidien des particuliers, suscitant curiosités et interactions. S’il propose une forme de spiritualité ironique, le photographe exécute ses copier/créer avec la distance d’un Duchamp et l’indolence d’un Georges Pérec.
L’image et le texte. L’œuvre et sa source. L’art et le réel.
Il semble que Denis Bernier, par ses photographies provocatrices, veuille adresser un message à son public… Assurément celui que la beauté peut se trouver partout, même dans nos ordures.

Une série intitulée « Cavales » sera également présentée lors de la Nuit de la Photographie contemporaine.

Site de Denis Bernier

« La Nuit de la Photographie contemporaine »
Le lundi 28 juin de 14h à minuit
Place St Sulpice 75006 Paris, M° St Sulpice

Le Scaphandre Fêlé,Tome 1, par Le Cil Vert
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Marie Lesbats

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