Arts

Chiharu Shiota tisse avec puissance le fil de la mémoire

Chiharu Shiota tisse avec puissance le fil de la mémoire

08 mars 2011 | PAR Bérénice Clerc

 

La Maison Rouge fondation Antoine de Galbert présente  Home of Memory, la première exposition monographique de Chiharu Shiota. Cette jeune artiste japonaise installée à Berlin depuis 15 ans, ne peut laisser personne indiffèrent. Ses installations, parfois monumentales, bouleversent avec des matériaux simples, des objets usagés, des fils de laine et convoquent le spectateur au cœur de la mémoire, au centre du rêve.

Le premier fil de sa mémoire d’artiste, se rattache à Osaka, petite fille, elle dort, vers deux heures du matin un vacarme la réveille, la maison des voisins est en feu, l’incendie fait rage. Elle réveille ses parents, sort avec eux et assiste impuissante à la destruction de la bâtisse intacte quelques heures avant. Les cendres au petit matin laissent apparaître des restes de vie quotidienne et un piano à queue, cordes échevelées, marteaux aphones et chevalet en cendre.

Ne reste que le silence pour la petite Chiharu comprenant alors que le vacarme nocturne était le cri des cordes du piano qui cédaient sous la forte chaleur. Par instinct de survie, elle va vite jouer du piano «  C’était comme si ma voix avait été brulée aussi ». La musique prit le dessus, les cordes reprirent le cours des choses, le flux de la vie et son premier langage artiste était né. Sa mythologie personnelle parle aux spectateurs avec force.

Après des études en Australie et en Allemagne, elle commence par de belles performances et expose dans le monde entier ses installations gigantesques. Des fils noirs, rouges tendus, en zig zag, en leur centre des chaises, des lits, des robes, un piano, des objets témoins de notre temps. Comme un grenier riche de morceaux de vie sacrés. Le fil devient génétique, fil de vie, tube de sang, réseau veineux, femme enchevêtrée sous des cathéters tueurs de mort, trace d’un cancer dont elle sort gagnante en 2005.

« Mort et vie sont similaires et forment une unité ».

La question de l’origine et de son mystère est fondamentale pour Chiharu Shiota, elle nous fait voyager dans le temps, nous laisse seul face à nos origines, nos peurs de vivre ou nos angoisses de mourir, avec une force incomparable.

A la Maison Rouge Fondation Antoine de Galbert, des robes, traces d’âmes passées ou de vies immatérielles habitent un espace de laine tissée, embrumée comme notre mémoire ou notre fuite face aux réalités douloureuses. Pénétrer cet espace pour traverser la vie et réfléchir un instant sur nous mêmes, et notre rapport au monde et nos liens.

Face à cette œuvre, une installation immense de valises, 400 valises, comme 400 personnes parties en hâte avec le strict minimum, le seul objet nécessaire à leur survie. Une maison intime dans laquelle reposent tous nos souvenirs, nos bagages familiaux et personnels qu’il serait parfois judicieux de poser pour être en paix. Nous les accumulons pourtant, comme des protections destructrices.

Les artistes ont pour but de toucher l’universel, Chiharu Shiota est une immense artiste.

Profitez -en, la Maison Rouge Fondation Antoine de Galbert est à Paris, vous pourrez au passage visiter l’autre superbe exposition sur le cannibalisme dont nous vous parlions ICI.

Du 12 février au 15 mai 10 boulevard de la Bastille 75012 Paris tel. +33(0) 1 40 01 08 81 fax +33(0) 1 40 01 08 83

http://www.lamaisonrouge.org/

http://www.chiharu-shiota.com

 

 

Infos pratiques

Femmes du monde et nouvelles technologies, le projet incroyable de l’association What Women wish
Buveuses de bière en talons aiguilles oui Monsieur!
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

2 réflexions au sujet de « Chiharu Shiota tisse avec puissance le fil de la mémoire »

Commentaire(s)

  • Avela Guilloux

    C’est magnifique…

    mars 8, 2011 at 12 h 59 min

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