Arts
Ce soir le lion est mort: le dessinateur Aslan casse son crayon

Ce soir le lion est mort: le dessinateur Aslan casse son crayon

14 février 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Le « peintre des camionneurs et des garagistes » s’en est allé mardi soir, à 83 ans. Ses pin-ups dessinées, elles, restent. Son envie de rêver -au corps de la femme- et de donner du rêve s’est exprimée des années durant à travers ses dessins et toiles.

AslanAlain Gourdon, dit Aslan -ou « le lion » en langue turque, fans de Narnia, vous êtes dans le juste- aimait être « le peintre préféré des camionneurs et des garagistes », pour l’absence de snobisme de ceux-ci –« ils aiment ce qu’ils aiment » disait-il- et pour leur « amour des femmes ». Ils les aimait également beaucoup, Aslan. Sa façon de le leur dire était de les dessiner. Nues. Quand on le questionnait sur les postures trop « offertes » de ses modèles, il répondait qu’elles « s’abandonnaient à un public » en posant, et par-là même, sans doute, à quelqu’un. Et que pour compenser l’impudeur d’un corps, il n’y avait rien de tel que « la pudeur d’un visage ».

C’est vrai qu’il était doué, Aslan. Lorsqu’on regarde ses dessins et peintures aujourd’hui, on peut encore louer leur qualité. Les Beaux-Arts de Bordeaux à 14 ans -et des problèmes avec les modèles femmes, du fait de son âge- un apprentissage sous la houlette de Jean-Gabriel Domergue, et une amitié avec César, ça vous forme un artiste. A tel point que son talent et ses amours profondes l’entraînèrent dans deux directions: auteur d’innombrables planches représentant des femmes dénudées pour Lui, le « magazine de l’homme moderne », édité, sous sa première forme, de 1963 à 1994, il effectua par ailleurs des commandes officielles. Un buste de Brigitte Bardot en Marianne, édité en 1968 par le Louvre, un autre de Mireille Matthieu, qui partit orner toutes les mairies … Et une superbe représentation de Dalida, pour orner sa tombe. Plus des travaux au Québec, où il vécut vingt ans.

Même si ce n’est pas, et ne fut jamais, aisé, regardons ses représentations sous l’angle artistique, pour une fois. Enfin, si désir il y a, laissez-le venir. C’est le meilleur hommage à lui rendre, surtout en ce 14 février.

Visuel: © couverture de Lui dessinée par Aslan

Emincé de filet mignon de veau au cury doux
Robert Adams et Mathieu Pernot au Musée du Jeu de Paume
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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