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Monumentale déception, Daniel Buren étouffe l’espace et la lumière de la Nef du Grand Palais

Monumentale déception, Daniel Buren étouffe l’espace et la lumière de la Nef du Grand Palais

10 mai 2012 | PAR Bérénice Clerc

Depuis 2007 Monumenta propose à des artistes contemporains de renommée mondiale, d’investir l’immense espace de la nef du Grand Palais avec œuvre créée in situ. Anselm Kiefer, Richard Serra, Christian Boltanski et Anish Kappoor ont inventé des œuvres pleines de surprises, gigantesques et ont fait de ce rendez-vous annuel Le lieu où il faut se laisser porter par l’immensité artistique.

Pour cette cinquième édition Daniel Buren a confronté son travail à l’espace avec « Excentrique », œuvre hélas sans relief, saveur ni éclat.

L’idée première de Daniel Buren était de recréer une forêt au cœur de la nef et de jouer avec l’espace et son immensité via des miroirs inclinés. Sur le papier cela semble très excitant, mais une fois dans l’espace de la Nef du Grand Palais, la déception est grande.

Daniel Buren a choisi de faire entrer son public par l’aile nord, considérant l’entrée habituelle comme une erreur architecturale… Il décide également de travailler sur l’horizontalité de l’espace avec au centre une immensité verticale.

Dès l’entrée du musée Daniel Buren impose sa couleur et a fait changer le drapeau tricolore en un drapeau créé par ses soins. Cette fois Valéry Giscard d’Estaing ne lui fera pas retirer comme il le demanda lors d’une exposition à Beaubourg et François Hollande fraichement élu ne se laissera surement pas troubler par ce tissu flottant même s’il est visible depuis l’Elysée.

Les tickets d’entrée sont également colorés et marqués du cercle et une fois à l’intérieur de la Nef pas de montée en puissance ou de surprise flash comme ce fût le cas les années précédentes.

Le visiteur est tassé dans l’espace, des cercles en plastique colorés tenus par des sortes de petites colonnes noires et blanches fidèles aux habitudes de Daniel Buren, mais cette fois en métal. Si le visiteur lève les yeux vers le ciel il voit en couleur et distingue le bleu ajouté aux vitraux de la nef pour selon Daniel Buren rappeler les lumières des mosquées ou des églises. La première vision d’ensemble est celle d’un salon pour l’emploi ou pour les étudiants, Porte de Versailles par exemple, sans stand mais vraiment proche de ce type de préfabriqués.

Quand le soleil est de la partie, il inonde l’espace de la nef et la couleur donne des ronds agréables au sol mais froids, sans émotion.

Un texte quasi inaudible réagissant au mouvement des visiteurs fait partie intégrante de l’œuvre sans vraiment savoir ce que cela apporte.

Au centre, les vertiges de l’espace sont eux présents dans la clairière. De gigantesques miroirs circulaires offrent aux spectateurs l’expérience du vertige inversé avec la possibilité de marcher sur les glaces, de s’asseoir, de se coucher et pourquoi pas de danser. Verticalité fascinante, peur de la chute, une fête foraine ou un parc d’attraction ont surement déjà inventé cela mais la sensation est ludique, les grands et les petits vont adorer.

Les spectateurs ne pourront pas voir l’œuvre d’en haut et assouvir ce désir de sauter de cercle en cercle comme sur des trampolines de couleurs. La nuit de gros projecteurs danseront avec la lumière, espérons qu’ils créent un espace démultiplié et vraiment différent.

Le volume de la salle offre des possibilités multiples pour jouer avec la lumière, les couleurs et même les cercles, mais Daniel Buren amoindrit cet espace, l’appauvrit presque. Un travail peut être raté, mais celui-ci semble très é(x)gocentrique, vaniteux et sans partage avec les visiteurs. De beaux discours, de belles idées mais rien pour faire rêver.

Quel dommage quand on connaît la renommée mondiale de cet évènement et le coût de celui-ci.

Un artiste a droit à l’erreur mais la déception est toujours plus grande quand l’espace est sublime à lui seul et l’événement  très attendu.

 

Visuels : (c) RMN.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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