Arts

Portraits d’Hommes et de villes, Bérénice Abbott au Jeu de Paume

Portraits d’Hommes et de villes, Bérénice Abbott au Jeu de Paume

22 février 2012 | PAR Bérénice Clerc

En même temps que l’exposition consacrée à Ai WEIWEI, le Jeu de Paume habille ses murs des clichés de Bérénice Abbott et d’une mini exposition satellite de Jimmy Robert.

Bérénice Abbott, artiste photographe loin des podiums et longtemps dans la misère est mise en avant par le  Jeu de Paume pour une rétrospective complète de son œuvre aux multiples facettes.

 

140 images, parcours la vie et les choix photographiques souvent documentaires de cette artiste libre obstinée originale et méconnue du grand public.

L’exposition s’ouvre sur un portrait d’Eugène Atget,  fragile, quelques heures avant sa mort. Photographe du vieux Paris, elle importe son travail aux Etats-Unis et œuvre sans relâche pour la diffusion de son œuvre.

Série de portraits en noir et blanc,  James Joyce avec un bandeau, Cocteau superbe avec un révolver ou juste en morceau, image sensible et émouvante de ses mains.

Berenice Abbott se forme à la photographie en assistant Man Ray dans son studio, très jeune fille elle côtoie les avant-gardes, pose nue pour Man Ray mais ne sera jamais sa muse et prendra ses distances avec le surréalisme.

Au Jeu de Paume, portraits d’anonymes se mêlent avec ceux d’artistes dans une vision distante, frontale parfois ambiguë révélatrice de l’âme du modèle.

En 1930, alors que son studio de portraits est un succès, au point de concurrencer celui de Man Ray…Bérénice Abbott ,contre toute attente , arrête tout et rentre à  New York.

La ville est en pleine métamorphose, il faut faire une cartographie photographique et méthodique de ces bouleversements. Garder une trace du passé, ne pas laisser le neuf effacer le vieux, la modernité vide de sens ronger la culture.

« Changing New York », sa grande œuvre, son chemin initiatique est au Jeu de Paume représenté par 80 tirages inégaux avec des omissions comme les vues des cimetières.

Entre documentaire et œuvre très personnelle, chaque image est accompagnée de recherches approfondies jusque dans les moindres détails.

Une approche directe, au fil de ses pas de gare en gare, de passé en présent ou futur en devenir, de building en port, de boutiques de quartier en premiers centres commerciaux.

Confrontation vivante entre l’ancien et le moderne, envie de figer le réel à une époque précise.

La ville, son immensité est déjà vertigineuse, les humains sont si petits, les plans larges sont soigneusement élaborés, la lumière est précise, les proportions, le cadre tout est étudié avec finesse.

Des familles sur leurs escaliers, le vendeur de hot dog, de la population se dégage une légèreté, des sourires sincères.

Cette œuvre phare élaborée avec passion avec sa compagne la critique d’art Elisabeth McCausland devra rapidement s’arrêter faute de moyens et sera réduite à un guide touristique par un éditeur. Pionnière des photographies des routes de campagne américaine, Bérénice Abbott livre une vision multiple de l’Amérique profonde.

Elle sait conjuguer à merveille le document et l’art et est une des premières à se lancer dans la photographie de science. Des balles de golfs bondissantes, des lumixères scintillantes illustrent une envie de plasticité quasi parfaite et très moderne.

L’exposition au Jeu de Paume sillonne l’œuvre de Bérénice Abbott avec la douceur et la sensualité qui se dégage du portrait de celle-ci par Man Ray. Une artiste à découvrir pour toutes les parties de sa carrière.

N’oubliez pas de prendre le temps de regarder le travail de Jimmy Robert, « langue matérielle » programmation satellite du Jeu de Paume qui mériterait une mise en avant plus grande ou un espace plus propice à sa jolie installation minuscule mais émouvante et forte.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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