Arts

Baba Bling, trésors intimes

14 octobre 2010 | PAR Pamina Le Guay

Cet automne, Paris vit à l’heure Singapourienne, le musée du quai Branly accueille une très jolie exposition: Baba bling, qui met à l’honneur un art de vivre métissé de cultures malaise, chinoise et aussi britannique.


Pour la première fois en Europe, 500 pièces du musée des civilisations asiatiques de Singapour sont présentées et certains aspects des demeures traditionnelles ont été reconstitués. L’exposition « Baba Bling » se réfère aux Babas, descendants des communautés chinoises qui se sont intégrés dès le XVe siècle dans le sud est asiatique.

Entrez dans une maison typique, admirez les meubles ultras travaillés de la salle de réception, l’autel aux ancêtres, les vêtements du quotidien, les tenues d’apparat, les bijoux, la vaisselle même, l’outillage, et partagez certains rites que l’on souhaitait préserver malgré un attrait certain pour la modernité.

Cette présentation pourrait aussi s’intituler « Identité et ouverture » : comment une communauté d’immigrés crée une culture spécifique en enrichissant sa culture d’origine de ce qu’elle découvre dans son pays d’adoption. Penang et Malacca en Malaisie, la ville-Etat de Singapour, sont les points d’ancrage de cette civilisation des Chinois des détroits. A Singapour, on parle de « Peranakan » pour désigner l’ensemble des communautés d’immigration ancienne car les composantes indiennes et eurasiennes ont joué un rôle significatif, mais l’exposition se limite ici aux groupes d’origine chinoise. Les Babas se sentent bien différents de ces nouveaux migrants, leur culture chinoise s’est enrichie de nombreux apports malais particulièrement évidents dans le costume, la nourriture, les traditions.

Les babas imitent les colons anglais et quand ils le peuvent envoient leurs enfants étudier en Grande-Bretagne. Les objets britanniques sont collectionnés et mis en avant dans leur décoration d’intérieure, modèle de réussite et symbole du chic. Comme le « tapis irlandais », ces objets constituent la preuve du raffinement de l’hôte.

Le rôle économique de cette communauté, groupe ethnique mais aussi classe sociale, est considérable et une part notable de l’activité économique est sous leur contrôle. L’occupation de Singapour et de la Malaisie par les Japonais marquera la fin de cet âge d’or. Aujourd’hui l’adaptation au monde moderne se fait mal ; cette culture en danger est maintenant bien défendue à Singapour, beaucoup moins à Malacca où les tensions entre Malais et Babas conduiront à des départs notamment vers l’Australie.

La recréation de pièces de l’intérieur des maisons traditionnelles –cuisine, épicentre de la maison, chambre à coucher- est très convaincante. Logique thématique des fêtes et regroupement des objets (bijoux, mules décorées de perles, vaisselle), la présentation est remarquable et les explications claires.

Changer l’image de Singapour en France

Cette culture Baba à Singapour est importante. Elle permet de donner des racines. Il est « chic » d’illustrer sa réussite économique par des collections de mobilier et les céramiques « nonya », qui étaient fabriquées en Chine à Jingdezhen avec des motifs et des coloris très particuliers. Ces objets atteignent des prix exorbitants. Cette exposition, on l’espère, fera évoluer l’image de Singapour en France, parfois considéré comme un grand supermarché géré par un Etat autoritaire. Ces clichés datés masquent l’évolution récente de Singapour, les efforts importants de développement culturel, un cinéma original, une littérature aussi, dont on parle peu en France car rien, ou presque, n’ est traduit.

Nos coups de cœur : la chambre nuptiale, et ses riches décorations ornant un splendide lit à baldaquin; tous les symboles des motifs de bon augure aux couleurs de la chance. Dans cette culture tout à une signification concrète, ex: les dents de tigres, amulettes puissantes, chargées de protéger les enfants. Et bien sûre, les étoffes d’une richesse infinie, garnies de plumes de martin pêcheur ou de perles en verre de Prague. Sans oublier, le baba studio, un espace vraiment bien pensé pour les enfants qui pourront toucher, sentir, entendre, jouer avec l’expo.

Infos pratiques : Baba Bling, du 5 octobre au 30 janvier 2011, au musée du quai Branly, 37 quai Branly 75007, 11h à 19h, 21h le jeudi, vendredi et samedi, fermé le lundi, trf 8,50/6 euros, rer C : pont de l’Alma.

Pendant les vacances de La Toussaint, le musée du quai Branly invite les petits et les grands à découvrir de l’intérieur la diaspora Chinoise de Singapour, pour consulter le programme « Bienvenue chez les Peranakan », cliquez ici.

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Pamina Le Guay

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