Arts

Artemisia Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre

Artemisia Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre

13 mars 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Les femmes peintres célèbres furent plus rares que les hommes. Il y en eut pourtant une très fameuse à la Renaissance: Artemisia Gentileschi (1593-1652 environ). D’une famille de peintres, elle tient son talent de son père qui la prend très tôt et comme élève et comme modèle dans son atelier. La jeune femme développera donc dans un premier temps un style qui s’inspire de celui de son père et de Caravage. Ce dernier était également une référence pour Orazio Gentileschi , dont nous pouvons  découvrir ici deux toiles ainsi qu’une très belle peinture sur lapis- lazuli. Artemisia va très vite s’affranchir de ses maîtres pour développer son propre style plein d’audace.

En voyant ses peintures, nous sommes tout d’abord frappés par son immense talent figuratif: c’est dans l’art du portrait que l’artiste excelle mais plus particulièrement dans le portrait féminin. Dans ces derniers, qu’elle peigne Suzanne, Judith, Cléopâtre ou une joueuse de luth, c’est toujours une figure d’elle-même qu’elle peint avec de longs cheveux roux et un charme difficilement descriptible par des mots. Les premiers plans de ses toiles nous éblouissent par la vision de corps d’albâtre, bien en chair, dans des poses sensuelles, recueillies ou d’une terrible violence. Les regards parfois doux parfois dissimulés des femmes représentées ne dévoilent pas tous leurs mystères, ces femmes semblent en attente et quand elles sont en action, cette dernière est le plus souvent terrible. En effet, l’une des figures les plus représentées par Artemisia sera le geste de tuer: elle s’y attache tout particulièrement avec Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne. Ces deux femmes et la preuve de leur forfait sont déclinées à plusieurs reprises, la lumière étant mise tantôt sur les mains et les visages des coupables, tantôt sur leurs gorges et surtout, c’est la toile révélation de cette exposition, dans Judith et Holopherne, les deux femmes: la maîtresse et la servante sont montrées tuant Holopherne. Le visage de Judith, qui est le fond de l’affiche de cette exposition, est des plus saisissants: il exprime une véritable jouissance dans l’acte de tuer. La concupiscence, l’horreur et la violence sont poussées à leur paroxysme dans cette toile qu’il est difficile d’oublier après l’avoir vue.

Une autre toile d’Artemisia montre de nouveau Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne (voir détail ci contre), cette fois, la servante transporte la tête dans un panier, Judith tient son épée sur son épaule telle une guerrière, les deux femmes semblent à l’écoute de quelque chose dans une position tellement pleine de tension qu’elle semble se transmettre hors de la toile, nous nous attendons à les voir bouger, il y a une vie incroyable dans ce tableau et dans celui du meurtre d’Holopherne: de la vie dans l’acte de tuer, un acte meurtrier qu’Artemisia peint avec fascination voire même obstination et qui est également très spectaculaire dans Yaël et Sisera où la femme s’apprête à enfoncer un pieu dans le cou de l’homme sous l’œil narquois du singe gravé sur le pommeau de la canne-épée de l’homme endormi. Pas de scène d’amour peinte par cette femme si ce n’est celle toute maternelle de la Vierge allaitant son enfant à deux reprises. Toutes les scènes figurant un homme et une femme montrent une femme prête à tuer avec plaisir l’homme y compris Samson et Dalida où Dalida semble bien perfide tenant d’une main celle de l’homme et brandissant de l’autre une paire de ciseaux. Un tel regard sur l’homme nous fait nous interroger: Artemisia n’aimait-elle pas les hommes? Ses lettres d’amour passionnées à Francesco Maria Maringhi, dont quelques unes sont ici exposées,  prouvent pourtant le contraire. Nous pouvons plutôt émettre l’hypothèse qu’Artemisia, traumatisée par le viol qu’elle avait subi étant jeune de la part d’Agostino Tassi, poursuivait une sorte de vengeance consciente ou non à l’égard de cet homme qui l’avait maltraitée et qu’elle le tuait symboliquement dans ses tableaux, le choix d’Holopherne comme victime principale de ses coups de pinceau parait se justifier par le fait qu’il s’agit bibliquement d’un conquérant qui se livrait à des atrocités injustifiées, Artemisia de par sa beauté pouvait s’assimiler à la réputée très belle Judith biblique, une belle manière d’exorciser ses démons qui explique également son intérêt et la perfection qu’elle a apporté dans sa peinture de Suzanne et les vieillards, où deux hommes âgés tentent de séduire une jeune femme, de la violer, et de dépit de voir leurs avances refusées essaient de la faire condamner à mort pour adultère. Ce traumatisme du viol ne fait pas de la peintre une jeune femme négative, nous la sentons épanouie dans son art sur son autoportrait et lorsqu’elle joue du luth, nous devinons une femme consciente de son talent et de sa beauté et habile à jouer des deux pour mener sa carrière et sa vie comme elle l’entend, une femme très moderne donc pour l’époque à laquelle elle vivait et une artiste d’exception à découvrir et redécouvrir sans aucune modération. Artemisia, c’est l’art fait femme.

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Sandrine et Igor Weislinger

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