Arts

Art Basel : Réverences à la foire d’Art de Bâle

16 juin 2010 | PAR Yaël Hirsch

Depuis sa création en 1970, Art Basel est la reine des foires internationales d’art moderne et contemporain. La 41e édition de cet évènement ouvre ses portes au public demain et s’étend jusqu’au dimanche 20 juin.  La Boîte à Sorties a  pu avoir accès en avant-première aux oeuvres des 2 500 artistes présentés par 300 galeries venues de 37 pays  différents. Compte rendu.

 

 

 

Chaque année, Art Basel en suisse (qui a désormais une petite soeur plus bling bling en décembre à Miami) attire près de 60 000 artistes, collectionneurs, galeristes et commissaires d’exposition. Un jury international pointu composé de galeristes choisit sur des critères très exigeants ceux et celles qui peuvent exposer. Sur 1 100 galeries candidates en 2010, 300 ont ainsi été retenues. A l’avant-première de ce mardi 15 juin, réservée aux collectionneurs et aux médias a vu affluer une foule impressionnante, que d’aucuns interprète comme un bon signe sur la rémission de la crise financière. Le coeur de la foire de Bâle, c’est le Hall deux qui réunit les oeuvres à vendre : au rez-de chaussée se tient un véritable musées, avec des toiles  majeures des plus grands maîtres du XXe  siècle ; au premier étage, vous trouvez des galeries plus contemporaines, des oeuvres plus pointues, et des prix (un peu) plus abordables. Au dernier étage, se tient l’espace VIP où deals et rendez-vous se négocient devant des buffets réservés. Les visiteurs non acheteurs se contentent pour le déjeuner d’une saucisse grillée dans la cour centrale du bâtiment. Repas vite avalé, tellement il y a de couloirs à parcourir et de belles pièces à voir. Les visiteurs viennent pour un court laps de temps à Bâle parfois juste pour la journée et si les galeristes restent élégantes avec leurs éternels escarpins Louboutin, les visiteurs sont moins chics qu’aux vernissages nocturnes d’autres foires. Quand aux artistes, il se divisent en deux catégories : les discrets qu’il est difficile de reconnaître sauf quand ils viennent s’asseoir près de leur oeuvre et les clinquants (le plus bel exemple ce mardi 15 juin était probablement Agnès Varda), déguisés pour un discret happening de circonstance (voir ci-dessous).

Depuis quelques années, Art Basel c’est aussi l’art pour l’art -dans le Hall 1-  avec « Art unlimited » qui réunit de grandes installations d’artistes contemporains et le sélectif « Art Statements » qui permet à 26 galeries de montrer chacune une artiste. Pour la première fois, Art basel se fait « street » art avec « Art parcours » qui mène les visteurs sur le lieux de performances trois nuits d’affilée dans la cité suisse, et « Art Public », 14 projets montés sur la place de la Foire. Enfin, Artbasel c’est aussi des films de et sur les artistes (« Art Film ») et des conférences très attendues (« Art Basel Coversations ») et « Art Salon », notamment Paul McCarthy demain de 10 à 11h.

 

Bâle comme un musée…

Du coeur de la foire, le Rez-de-Chaussée étale ses toiles de maîtres avec une densité impressionnante : Il y a toujours d’aussi beau Picasso à Bâle notamment chez Helly Nahmadet Landau. On trouve aussi un superbe « Arlequin se maquillant » (1905) et des dessins chez Krugier. Dans les mêmes galeries, Braque, Giacometti, Léger, Dubuffet, Picabia, Tapiès, Soulages, Rebecca Horn et Kounellis (avec une monumentale pièce de ce dernier chez Anhava) sont superbement représentés.  Les grands  classiques très contemporains à l’honneur étaient Basquiat (également présent à la Fondation Beyeler), avec de très belles et grandes oeuvres chez L&M, chez Malborough, et surtout les épiques « Dutch Settlers » chez Bischofberger,  Boltanski chez Kewenig et Marian Goodman, et les sculptures de Paul McCarthy (chez Hauser & Wirth et L&M, voir photo ci-contre ).

Si les vidéos étaient absentes du rez-de chaussé, la photo était bel et bien représentée, notamment à travers ses artistes allemands (Thomas Struth chez Hetzler ou Marian Goodman, Andreas Gursky). Mais on peut également (re)découvrir le japonais Hiroshi Sugimoto (Pace Gallery), la danoise Trine Søndergaard et ses enfants à la pureté intemporelle (voir photo).

 

 

 

 

Enfin dans la catégorie génies touche à tout, on retrouve les scultpures tricotées et ouvragées très tendance de Nick Cave (voir photo ci-dessous) chez Studio de la Citta et les clichés élégants de Karl Lagerfeld chez Gmurzynska.

A ce niveau « musée », les trois oeuvres (un peu moins connues) qui ont attiré notre attention sont :

 

 

– « La Double image » de Manolo Valdès chez Malborough

– « La prédication de Saint-Paul » de l’expressionniste allemand Ludwig Meidner chez Haas & Fuchs

– Et le délicieusement surranné « Portrait robot de la France » d’Arman (1963).

 

 

 

 

 

Au premiers étage, on trouve des créations plus contemporaines. Si certains photographes comme Gilbert & George, Marina Abramovic ou Cindy Sherman, sont (très bien) représentées aux deux niveaux de la foire, l’aventure est quand même plus forte au premier. Avec le risque de détester certaines créations, après s’être rincé l’oeil à l’eau claire des grands maîtres du  rez-de- chaussée. Moins pop qu’attendue au coeur de la crise, l’ambiance de l’étage création est cette année à la révérence pour les maîtres et à l’art de la copie. L’oeuvre de Jonathan Monk « What is seen in described, what is described is seen » (voir photo ci-contre), pastichant une oeuvre de Rothko chez Lisson est bien représentative de cette tendance lourde de l’avant-garde bâloise 2010. Dans la même veine, le  grand néon « demo(N)cratie » de Kader Attia rappelle Dan Flavin.

Même esprit de révérence enchantée pour les aquarelles chagaliennes de Nalini Malani chez Lelong éditions (voir photo ci-dessous)  ou encore pour les architectures minutieusement classiques de Carlos Garaicoa chez Elba Benitez. Et l’oeuvre monumentale de Ugo Rondinone, « Diary of clouds« , fait appel à un goût classique et métaphysique de l’archivage. De même l’artiste d’origine vietnamienne et vivant à Berlin Dahn Vo expose des photos superbes et à première vue très classiques à Bâle, alors que son travail est généralement plus tourné vers des installations interrogeant la séparation entre les sphères publiques et privées.

 Les 3 oeuvres qui nous ont le plus interpellés à ce premier étage de Art basel  sont :

– Les fines toiles « piquées » de Joep van Liefland chez Lehmann

– Le film d’un wagon de métro avec porte intégrante de Leandro Ehrlich chez Sean Kelly

– Le plan de temps dessiné de manière très carrée et en relief par Yukio Fujimoto.

Après un bref passage par le jardin, où des bancs en herbe tentent d’égayer une architecture très austère, nous nous sommes dirigées vers la partie de la foire qui est toujours la plus gaie pour les non-collectionneurs : des pièces exposées juste pour se faire connaître des visiteurs dans l’imposant espace du Hall 1. A l’entrée à gauche du hall à hauteur sous plafond bluffante,  et jouxtant la librairie et le bar, Art Statements met en avant 26 jeunes artistes de 26 galeries.On peut notamment y décourvir le travail de l’artiste ayant remporté le prestigieux Baloise Art Prize, cette année Claire Hooper pour la  galerie londonienne : Hollybush Gardens.

Dans toute la deuxième moitié du Hall, 56 gigantesques installations jouent avec leur public. « Art Unlimited » est une sorte de luna park intelligent de l’Art contemporain, qui propose des oeuvres déjà classiques de Bill Viola (« Pneuma », 1951, James Cohan), Dan Flavin, Bruce Conner (« Three screen ray, 2006, Michael Kohn), Nancy Spero (« Cri du Coeur », 2005,  Christine König), Mario Garcia Torres (« Unspoken dailies, 2003-2009, Monclova), Ugo Rondinone (Clockworks for Oracles II, 2008, Gladstone, voir ci-dessous) , et le très vivement regretté Sigmar Polke (« laterna magica »). On peut aussi y voir des créations majestueuses de grands noms : Pierre Bismuth (« Flip Side of the same, 2010, Team Gallery) , Kader Attia (« Couscous Kaaba », 2010, Christian Nagel), Agnès Varda (« La cabane sur la plage », 2009,  Nathalie Obadia), et surtout Doug Aitken qui montre son superbe  film « Frontier », avec dans le rôle de John Wayne Ed Ruscha.

Deux des plus jeunes artistes nous proposent d’expéritimenter leurs créations : Sergio Prego nous fait entrer dans un long tube digestif en plastique comme s’il nous redonnait naissance, et nous fait réféléchir – par la voie basque- au rapport entre l’individuel et le collectif (Ikurrina Quarter, 2010, Lorenzo, voir ci-contre). Et Yayoi Kusama nous invite dans « Aftermath of obliteration » à nous plonger deux minutes dans le lethé de bougies refletées. une zen attitude qui risque de muer en angoisse pour ceux et celles qui ont visité le mémorial pour les enfants morts en déportation au Yad Vachem de Jérusalem. Cartains artistes nous invitent à réfléchir à grands renforts de maths : Yona Friedman imagine une « ville spatiale » (2010, Kamel Mennour), Susan Hiller présent le « Dernier film silencieux », comme une cacophonie … sans images (2007, Timothy Taylor), Dora Garcia rend un hommage ultra-référentiel aux « Hommes qu’elle aime » (2010, Ellen de Bruijne), et Marijke van Warmerdam nous fait voir des vieux amants sous des angles inédits avec le poétique « Couple in the Distance » (2010, Gelink). Enfin, une deuxième série de jeunes artistes joue et déjoue nos codes culturels sociaux : Zhang Huan fabrique un gigantesque « Héros n°1 » assez repoussant (2009, Pace), Jos de Gruyters & Harald Thys jouent un film d’horreur très graphique avec des poupées de métal dans « Dans Loch », Elodie Pong filme la fin de l’empire américain : de pop en pire (« After the Empire », 2008, Ferymond-Guth & Co) et Tim Rollins and KOS épingle tous les grands politiciens à sa fresque boschienne de la « Ferem des animaus » (1992, Presenhuber).  Toutes ces installations sont ponctuées de morceaux de « Déchirures » sur mur blanc  de Aloïs Godinat (Francesca Pia), qui font un effet puzzle.

Si vous vous rendez à Bâle pour Art Basel, ne manquez pas les autres grandes expositions de la ville :

– la grande restrospective Basquiat   à la Fondation Beyeler. (à venir à Paris à l’automne au MAM), ainsi que Felix Gonzales Torres

–  Matthew Barney au Schaulager

– Rosemarie Trockel, Gabriel Orozsco au Kunstmuseum

Et en parallèle à Art Basel, les designers ont aussi leur foire internationale dans le Hall 5 de la Messeplatz.

Dernière info, Art basel Miami aura lieu cette année 2010 du 2 au 5 décembre.

« Art  Basel », 41 e édition, 16-20 juin 2010, Messeplatz, 4005 Bâle, Suisse, 38 CHF/jour, 90 CHF pour la semaine. Commandez vos tickets ici.

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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