Arts
Argenteuil et la Maison impressionniste

Argenteuil et la Maison impressionniste

16 septembre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le weekend des Journées Européennes du Patrimoine, la Maison impressionniste d’Argenteuil ouvrira ses portes pour la première fois au public. L’occasion de redécouvrir une ville qui, il y a 150 ans, était encore un petit coin de campagne autour de Paris.

Avec l’arrivée du train en 1863, Argenteuil est vite devenu un lieu prisé des parisiens pour leurs escapades bucoliques. On se promène sur les berges de la Seine où les guinguettes servent le vin cultivé localement, le Picolo (qui serait à l’origine du verbe picoler), tout en regardant passer les canoteurs. Hypnotisés par le fleuve et ses reflets toujours mouvants, les peintres suivent le mouvement et installent leurs chevalets d’Argenteuil à Chatou.

Souvent éclipsé par Giverny, lieu iconique de l’impressionnisme, Argenteuil est pourtant le berceau de ce mouvement, avec la création le 27 décembre 1873 de l’Association des Peintres Impressionnistes. C’est également là, en 1872, que Claude Monet peint son tableau Impression, soleil levant, qui donna son nom au courant pictural. En effet, le succès n’étant pas encore au rendez-vous, et suivant les conseils de Manet et Caillebotte, il s’installe à Argenteuil où il reste sept ans, de 1871 à 1878. Là, il peint 259 toiles, dont environ 150 prennent la ville pour modèle.

La deuxième maison que Monet habita, la maison rose aux volets verts, est une maison typique du XIXème siècle. Construite dans le style « chalet suisse », on la devine sur plusieurs de ses tableaux, mais aujourd’hui il ne reste plus aucune trace du passage du peintre dans ces murs. Quand la mairie d’Argenteuil rachète la maison en 2005, le lien de Monet à cette maison n’est plus qu’historique, immatériel. Mais il en va de même pour la ville telle que l’a si ardemment représentée le peintre : l’industrialisation, les destructions pendant les guerres et une reconstruction nécessairement rapide l’ont radicalement transformée.

Si la mairie tient à préserver et valoriser ce patrimoine, la question de sa destination est une vraie problématique. Pas de tableaux à exposer, pas de mobilier ou de décoration restant de l’époque de Monet, juste quelques indices à retrouver dans les peintures : comment alors faire un musée sans œuvres, parler de Monet sans les traces de sa présence ? La solution retenue pour la Maison impressionniste est de la transformer en point d’entrée vers l’histoire d’Argenteuil.

L’intérieur de la maison est pensé pour donner l’ambiance d’une maison de bourgeoisie modeste de la fin du XIXème siècle, avec des pièces étroites, du mobilier chiné et un dispositif numérique de présentation des œuvres de Monet en lien avec les thématiques autour d’Argenteuil telles que la Seine, sa gare ou ses rues. Le mobilier est manipulable et laisse découvrir les reproductions en ouvrant des volets, dans le miroir d’une coiffeuse ou dans les tiroirs d’une commode.

Si le jardin d’hiver, qui a été entièrement reconstruit, laisse apercevoir des vues charmantes sur le jardin arrière, le point fort de cette maison est la reconstitution du bateau-atelier de Monet dans les combles. Aidé par Caillebotte, il a en effet aménagé un petit bateau qui lui permettait d’avoir des vues inédites sur la Seine, que l’on retrouve sur la toile d’Edouard Manet en 1874.

Sur le mur d’entrée du jardin, le street artiste C215 a peint un portrait de Monet, faisant ainsi le lien avec les autres œuvres de street art de la ville. Car à partir de la maison, la promenade se poursuit vers la basilique Saint-Denys et sa Sainte Tunique, vers les jardins de l’abbaye où Héloïse a été éduquée puis s’est réfugiée après le scandale causé par son mariage à Abélard, ou encore vers le quartier de la Colonie parisienne et quelques exemples d’architecture Art Nouveau et Art déco. Et si le musée d’Argenteuil a fermé ses portes, sa collection importante de quelques 8000 pièces continue à être mise en valeur par des prêts et des expositions. Le 17 septembre ouvrira à L’Atelier des jardins de l’abbaye une exposition sur les transports, de la charrette au deux-roues, en passant par le train et le bateau.

A dix minutes de train de la gare Saint-Lazare, pourquoi ne pas redécouvrir Argenteuil ?

Visuels : L. Larralde

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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