Architecture

Le château de Stors à l’Isle-Adam : un monument à sauver !

Le château de Stors à l’Isle-Adam : un monument à sauver !

15 juillet 2015 | PAR Christophe Dard

Le domaine situé à l’Isle-Adam dans le Val d’Oise est en danger malgré de magnifiques atours et une histoire riche en rebondissements.

 

Le château de Stors à l'Isle-Adam dans le Val d'Oise
Le château de Stors à l’Isle-Adam dans le Val d’Oise

 

Un dimanche d’été, un de ces dimanches qui bronze tranquillement sous un beau soleil et qui flâne au sortir de sa grasse matinée, indolente et agréable. Il est 15h15. Je gare ma voiture à l’entrée d’un château, le château de Stors situé à l’Isle-Adam dans le Val d’Oise.
Le domaine est situé à l’écart de la ville. Il faut prendre une petite route pour y aller. D’autres personnes semblent attendre dans leurs véhicules, sans doute des visiteurs venus croquer à pleines dents les charmes de ce dimanche estival.

Quelques minutes après mon arrivée, une dame ouvre la grille du château. On peut entrer dans la cour. Quelques cheveux blancs, une robe d’été et un regard à la fois souriant et mélancolique, la propriétaire du château voit la poignée de visiteurs défiler et payer ses 10 euros d’entrée. Elle aura 100 euros ce dimanche. Elle met cet argent dans une petite boîte comme on range les rêves dans le sommeil.

15h30. La propriétaire du château se présente. Elle sera notre guide. Elle organise des visites tous les dimanches à cette heure, de mai à octobre. Elle plante le décor comme une excuse, un aveu d’impuissance… Avec son mari elle est seule à entretenir le château et le domaine de Stors depuis l’achat en 1999.

 

L’histoire du château

La visite commence au pied du château en pierre de taille né au 18ème siècle sur les fondations d’un ancien château. En 1748 le Prince Louis-François de Bourbon-Conti, acquéreur du domaine depuis quelques mois, décide de confier l’embellissement de sa demeure à l’architecte Pierre Contant d’Ivry. Le parc est modernisé et agrémenté de terrasses.
La comtesse de Boufflers, la maîtresse du Prince de Conti, vient avec ses amis, Diderot, d’Alembert, Rousseau, Grimm et Buffon.
En 1783, Conti vend le château à son cousin, le futur Louis XVIII, avant d’être confisqué comme bien national à la Révolution.
En 1798, le château de Stors est acheté par un avocat, Isaac Ardant. Il achète également la chapelle Marie-Madeleine dont la construction remonte à 1291 et où les habitants et les lépreux venaient prier. La flore est riche, des rosiers, des poivriers, des vanilliers et des plantes exotiques.
Au 19ème siècle, le duc de Valmy agrandit le château puis les Chevreux acquièrent le domaine où écrivains et hommes d’Etat se succèdent. Leur petite fille Madeleine épouse Gustave Lannes de Montebello, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. La demeure accueille bientôt les Romanov qui viennent chasser. La tsarine est amoureuse des orchidées et s’en fait livrer par wagon privé à Saint-Pétersbourg.
En 1944 Stors est bombardé par les Alliés. Toute l’aile nord est détruite et le parc est également très endommagé. Pillé et vandalisé, le château tombe progressivement en ruine avant d’être racheté en 1999.

Puis la visite se poursuit dans le parc et sur les terrasses imposantes délimitées par des arcades de pierre. De là la vue est superbe sur l’ensemble du domaine. Deux pavillons chinois surmontent ces terrasses. Avec celui du parc de l’Isle-Adam, et 2 autres en France, ces pavillons sont les seuls vestiges de ce type de monument construit au 18ème siècle, grand siècle des chinoiseries.
Ces espaces paisibles et romantiques sont renommés depuis le 18ème siècle. La flore y a toujours été importante et notamment les célèbres roseraies. Buffon a même débauché l’un des jardiniers du domaine pour l’emmener à Versailles où il est devenu jardinier en chef du jardin du Roi. Depuis quelques années, les terrasses, les kiosques et le bassin sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. En 2007, l’association A.R.B.R.E.S. décerne son label « Arbres remarquables de France » à l’ensemble des arbres du domaine.

La visite se poursuit par des découvertes étonnantes et notamment une ancienne carrière transformée en grotte lorsque Montebello est devenu le propriétaire de Stors. Deux ours de Sibérie, cadeau du tsar Nicolas II, y ont même séjourné !
Puis direction les endroits réaménagés depuis le rachat du domaine alors qu’ils étaient complètement abandonnés il y a encore quelques années.
La plus belle réussite est sans aucun doute la chapelle. Quasiment détruite et en ruine elle a retrouvé une toiture pour protéger ses prières et divers objets et ornements l’habillent et la maquillent.
On peut également visiter le rez-de-chaussée du château qui conte les grandes heures du monument et enfin les cuisines. Pour la propriétaire, ces pièces rénovées sont une immense fierté.

 

Un avenir incertain

Mais il y a beaucoup de travail pour redonner du prestige aux ors de Stors. L’un des projets est de restaurer l’ancienne maison des passeurs chargés de faire emprunter le bac sur l’Oise.
Mais le département et la ville ne s’intéressent plus à Stors. Les subventions se réduisent comme peau de chagrin et c’est grâce aux visites hebdomadaires et surtout aux séminaires et aux mariages organisés dans le pavillon Valmy que Stors reste debout.
Et cette époque fait de la culture, belle dame élégante et curieuse, une sorte de lutteuse lassée de livrer des combats contre des moulins à vent. Ses budgets diminuent à tous les niveaux, les monuments à restaurer en souffrent et sans l’intervention du privé l’espoir d’une rénovation disparaît comme un navire échoué se perd au large.

Mais chez la propriétaire aucune plainte. La quête et l’aumône ne passent pas par ici. Ce n’est pas son genre. Elle est fière de ce qu’elle a accompli et si elle se résigne à cette triste situation qui pâlit son sourire, elle espère faire encore de grandes choses.

16h45. La visite se termine. La gorge un peu nouée par ce sentiment d’avoir découvert un monument riche en histoire mais livré à l’abandon et à l’indifférence, la grille se referme derrière nous. Elle a un petit grincement comme une plainte… Si elle parlait ce serait sans doute pour nous dire qu’elle espère qu’un heureux donateur vienne mettre de l’argent pour financer les travaux du domaine.
La propriétaire a eu 100 euros ce dimanche et a mis cet argent dans une boîte comme on range les rêves dans le sommeil. Dimanche prochain, vers 15h30, elle sera assise à nouveau dans le jardin et elle attendra de nouveaux visiteurs…

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Château de Stors
Chemin de Stors 95290 L’Isle-Adam
Ouvert du 01 janvier 2015 au 31 décembre 2015 – Sur rendez-vous.
Du 01 mai 2015 au 31 octobre 2015 – Ouverture tous les dimanches. Visite guidée à 15h30.
01 34 08 53 21
06 66 84 68 55
http://www.chateaudestors.com/

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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture.Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

2 réflexions au sujet de « Le château de Stors à l’Isle-Adam : un monument à sauver ! »

Commentaire(s)

  • Un lieu magnifique effectivement. Dommage que le site internet soit cassé. La location d’espaces est effectivement une plus grande source de revenus que les visites (c’est comme dans un musée). La loi sur les monuments historiques permet aussi de réduire ses impôts. Cordialement.

    août 17, 2015 at 17 h 36 min
  • bénédicte Cottin

    je viens à l’instant de voir dans le dernier numéro des vmf n° 280, l’annonce d’un superbe château à vendre, ancienne propriété des princes de conti, et subjuguée par la beauté des bâtiments et des jardins, j’ai cherché quel était ce si beau château des princes de conti. Je me suis un peu intéressée à cette famille représentée magnifiquement par 4 tableaux célèbres concernant l’Isle-Adam. Je viens de trouver l’emplacement de ce château et surtout son histoire passionnante et celle de ses courageux propriétaires qui finalement, vendent cette superbe demeure. A lire les quelques articles, personne ne s’y est intéressé autres que les propriétaires actuels? pas de subventions, d’aides? comment se fait il qu’un domaine qui a appartenu à une des branches historiques de notre histoire de france n’ait à ce point suscité aucun intérêt si ce n’est celui de ses propriétaires actuels? Aucune association patrimoniale n’est intervenue? serait -il possible d’avoir quelques explications. supplémentaires?

    juin 28, 2018 at 8 h 55 min

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