Arts

Anselm Kiefer fait rêver l’impossible galerie Ropac à Pantin.

Anselm Kiefer fait rêver l’impossible galerie Ropac à Pantin.

12 octobre 2012 | PAR Bérénice Clerc

 

Anselm Kiefer brise le silence par l’accumulation de matières et donne naissance à une exposition fantastique dans une ancienne usine de Pantin fraîchement ressuscitée avec élégance en nouvelle galerie Thaddaeus Ropac.

Thaddaeus Ropac galeriste à Salzbourg et dans le Marais à Paris ouvre un nouvel espace à Pantin proche du Centre National de la Danse, non loin de la Cité de la Musique. Une ancienne usine transformée en lieu immense dédié à l’art, aux tableaux gigantesques, aux sculptures hors limites, aux performances monumentales… Magnifiques espaces entre métro et RER, entre briques et blancheur, poutres et puits de lumière, le ciel sur les vitres bouge à mesure du temps.

Anselm Kiefer s’est imprégné du lieu, nourri de ses vibrations, de son âme avant et pendant les travaux il fait naitre en ses murs neufs et fertiles une exposition tourbillonnante, virevoltante, désespérée et riche de sédiments vitaux.

Installations, tableaux, matières peintes, objets vivants, couches sur couches chaque espace et chaque oeuvre se répondent et produisent du sens ad libitum.

« Die ungeborenen », « les non-nés ». Qui sont-ils ? Enfants perdus dans les limbes ? Enfants ou adultes non baptisés donc non nés pour les catholiques ? Enfants en attente d’être délivrés pour naître au monde humain ? Enfants sacrifiés à la vie avortée ? Enfants imaginés ? Kiefer ne répond pas, il interroge, arrache le monde, déchire l’espace, accumule, mélange, fait résonner matière, nature et questionne le désir possible de ne pas être né.

L’art comme la vie est dur à atteindre, il n’est ni amusement, ni distraction, ni design ni décoration. Poète manuel, Anselm Kiefer fait trembler le monde, utilise les mythes, les objets, la couleur, la musique plastique et pose des boues dans l’abîme pour sauver ou condamner les absents du monde.

Est-il préférable de ne jamais naître ? Pour le dire il faut l’être, pour avoir conscience de la mort il faut être en vie.

Naissance, origine, création, Kiefer démurge tourne la matière dans tous les sens pour savoir si la vie a un sens.

Créations accidentées, fœtus dans du formol en boite de plomb et vitres, toiles cimentées, sculptées dans la terre noire et or entre vie et mort.

Descente des limbes, où séjournent les innocents en attente du paradis, mythes juifs de Lilith, du Golem, créations de Pierre à qui la vie peut être donnée, balances des sorcières, naissance de vénus, légendes de l’ergot, substance porteuse de vie et de mort constituent la base narrative porteuse des reliefs et des couleurs de ces œuvres.

Dans le nouveau testament, Matthieu raconte la mission de Jean-Baptiste, porteur du jugement des Pharisiens, des Sadducéens et de les exhorter à faire pénitence. Jean affirme : « Car je vous dis que Dieu a pouvoir d’éveiller Abraham à la vie à partir de ces enfants de pierre ». Anselm Kieffer dieu de la matière, maître des couleurs, du relief, des matériaux, de l’espace peint et visible fait  revivre et donne vie à la matière morte pour créer un monde artistique immense, puissant et bouleversant.

Dans une série de peintures sur toile aux dominantes verdâtres obtenues à partir d’un dépôt hydrolytique, la vie à naître est symbolisée par des insertions de diamants et des motifs floraux. L’intensité dramatique du rapport entre microcosme et macrocosme rend la vie et la mort proches comme deux cotés d’un miroir au bord du précipice, sur un fil dont la longueur de la bobine reste inconnue.

Une autre série d’œuvres prend pour thème le golem (informe en hébreu, mais aussi embryon), figure des légendes juives, très répandue en Bohème. Être de glaise éveillé à la vie par magie il possède des pouvoirs extraordinaires, est capable d’obéir aux ordres mais ne parle pas. Dans la tradition rabbinique, ce terme désigne également les femmes n’ayant pas encore conçu d’enfant. Au Moyen-âge, des golems spécifiques étaient attribués à des érudits juifs et à des alchimistes. Un grand rabbin de Prague, le rabbin Loew (vers 1520-1609), exerçant à la cour de Rodolphe II était devenu célèbre dans ce contexte.

Ce dont on ne peut parler il faut le dire, le chanter, l’exprimer en signes sans affecte et précéder la pensée par l’art.

Images visibles et invisibles, plasticien, peintre, sculpteur, romantique, poète, philosophe, théoricien, concepteur de signes, compositeur, musicien pour les yeux, créateur de silence, inventeur d’espace, Anselm Kiefer fait rêver l’impossible.

La vie doit triompher après le nazisme, les terres arides peuvent être fertiles, le noir fait naître la couleur, les problèmes sont parfois le prix du progrès, l’art sous toutes ses formes doit donner naissance au monde et le rendre infiniment sublime, absolument extraordinaire. Des étincelles du ciel sont tombées dans la matière d’Anselm Kiefer, la galerie Ropac à Pantin pourrait à n’en pas douter ressembler au paradis dont on ne se lasse jamais.

Enfants, adultes, tous devraient vivre ce type d’émotion artistique et se perdre dans une toile, une sculpture, une installation. La France doit soutenir les créateurs contemporains, Aurélie Filipetti et son équipe devrait peut-être se rendre ne fusse qu’une demi heure à Pantin avant d’imaginer supprimer un évènement comme Monumenta dont les retombées  touristiques et culturelles sont immenses.

 

 

Visuels (c) : Charles Duprats pour Ropac

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

3 thoughts on “Anselm Kiefer fait rêver l’impossible galerie Ropac à Pantin.”

Commentaire(s)

  • thiry pierre

    je suis désolé , mais le dernier accrochage de anselm kieffer n’est pas bon, il est même carrément mauvais ; je me rappelle ses dernières oeuvres chez Yvon lambert avec nostalgie ….

    novembre 9, 2012 at 14 h 45 min

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