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American Power : énergie et pouvoir made in U.S.A

29 juin 2011 | PAR Justine Hallard

À l’heure de la catastrophe de Fukushima, du choix de l’Allemagne et d’autres de se retirer du nucléaire, le photographe Mitch Epstein interroge la politique énergétique américaine avec le projet American Power, présenté à la Fondation Henri Cartier-Bresson.

2003. Une commande du New York Times à se rendre dans une petite ville de l’Ohio, Cheshire. Polluée à un tel stade que celle-ci doit être totalement abandonnée par ses habitants, dédommagés par l’American Electric Power, en échange de leur silence, bien entendu. On se croirait dans Les Chutes de la romancière Joyce Carol Oates ! Mais la réalité est pourtant bien là. C’est le début pour Mitch Epstein d’une longue enquête qui le conduira à travers tous les États-Unis pour interroger la question énergétique du pays et de son impact sur la population et l’environnement. Mitch Epstein va alors se transformer en un véritable « touriste de l’énergie » durant cinq ans.

Et le résultat de cette série d’American Power est finalement quelque chose d’assez perturbant. Perturbant par ce je-ne-sais-quoi de commun, de familier. Et c’est finalement ici la force du projet. Le cliché des nageurs d’un lac au pied de la centrale nucléaire Rancho Seco en Californie nous rappelle finalement ceux de l’étang de Berre, près de Marseille, baigné par ses raffineries et complexes sidérurgiques.

« La photographie est une esthétique qui informe » (Hilla Becher)

Le problème est bien là. Les paysages de centrales nucléaires et thermiques, de stations d’essence ou même d’éoliennes n’ont plus rien d’original. Ils sont d’une telle banalité qu’ils arrivent à disparaître de notre regard. Notre consumérisme a fini par nous aveugler tout doucement. C’est ce voile qui est ici levé par Mitch Epstein, à la fois sans jugement mais indéniablement pour attirer notre attention sur l’urgence à réfléchir à nos modes de consommation.

Les photos d’Epstein apparaissent alors comme des photos « témoins », du reportage « objectif », s’inscrivant dans une suite au courant photographique de l’École de Düsseldorf des années 70, « une esthétique qui est là pour informer ». Des clichés troublants de par leur réalisme, souvent réalisés de face, sans recherche d’effet choc. Certains sujets, comme l’après-Katrina ou des paysages de désertification, se suffisent à eux-mêmes pour cela. Des images prises pour interroger simplement « la mainmise de l’homme sur la nature, et au final, sa conquête à n’importe quel prix », d’après les mots de Mitch Epstein. Des photos aussi réalisées sur trépied. Celui-ci même qui va exposer le photographe aux yeux de tous dans la rue lors de ces prises de vues, et surtout aux yeux des autorités.

Lorsque Power signifie « énergie »… tout comme « pouvoir ».

C’est ici le second volet d’American Power. Bien que difficilement traduisible en images, c’est à travers les mots du photographe lui-même, que le récit nous est donné. Photographier l’Énergie de son pays, surtout après un 11 septembre, relève quasiment d’un acte d’héroïsme. Le photographe n’a plus compté ses arrestations par la police et le FBI, l’invitant fermement à déguerpir, bien que ses photos soient prises à partir de l’espace public. Un travail qui s’est réalisé sous pression pendant cinq ans pour Mitch Epstein, avec une ombre permanente dans le dos. Agissements du « Big Brother » expliquant clairement en quoi la question de l’énergie n’a rien à voir avec le confort du consommateur, mais en tous points avec celle du pouvoir et de la richesse produite par et pour l’État et ses industriels… aux dépens de tout le reste.

 

Visuels :
En une : Raffinerie BP à Carson, Californie, 2007.
Dans le texte : Centrale thermique d’Amos, Raymond City, Virginie Occidentale, 2004.
© Black River Productions, Ltd. / Mitch Epstein. Courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne.

Infos pratiques

Le Festival Give Me a Wall so I can Escape du 1er au 24 juillet 2011
Gagnez 2 X 6 places pour Pierre Henry à l’église Saint-Eustache le 27 juillet
Justine Hallard

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