Arts
Afrique, les religions de l’extase à l’Abbaye de Daoulas

Afrique, les religions de l’extase à l’Abbaye de Daoulas

03 juin 2022 | PAR Nicolas Villodre

Accueillis, affranchis, initiés ce qu’il faut à la notion d’extase religieuse par la direction de Chemins du patrimoine (Philippe Ifri), de l’Abbaye de Daoulas (Marianne Dilasser), du Musée ethnographique de Genève ou MEG (Carine Ayélé Durand) et du projet – réalisé – qu’est cet événement culturel en terre bretonne (Edith Joseph), nous avons visité en primeur cette passionnante expo qui se tient à quelques lieues de Brest jusqu’au 4 décembre 2022.

Mono-poly

Que les religions d’Afrique soient mono ou polythéistes n’est pas vraiment la question ici traitée. Le commissaire de l’expo, Boris Wastiau, ancien directeur du MEG, qui a communiqué avec la presse par visioconférence à l’issue de la visite, a voulu aborder les multiples cultes africains, méconnus en occident, sous l’angle de l’extase et faire un sort aux lieux communs circulant à ce sujet : avant le judaïsme, le christianisme et l’islam, les Africains auraient été, pour la vulgate, animistes: le vaudou, qui consiste à transpercer des poupées avec des épingles serait de la sorcellerie, etc.

Les objets, les symboles, les masques, amulettes et autres fétiches illustrant la thématique proviennent du fonds du MEG et de la première édition de cette manifestation qui a eu lieu en terre helvète. Les trésors accumulés (cf. le panier divinatoire ngombo d’origine angolaise, le jeu de lamelles perforées pour la divination par la mygale provenant du Cameroun, la figure de reliquaire mbulu-ngulu du Gabon, etc.) et les commandes passées spécialement pour l’occasion, disons les archives de demain, relèvent de deux catégories distinctes et complémentaires : la documentation scientifique et l’évocation esthétique. Raison pour laquelle l’exhibition est jalonnée de photos et de vidéos réalisées par des artistes vivants – sinon contemporains.

Ecstasy

Photos, vidéos et, comme on dit de nos jours, « installations » (en réalité triptyques ou polyptyques) rythment le parcours dessiné et décidé par les scénographes Sophie Schenck et Franck Houndégla. Reportages et documentaires y côtoient photos et vidéos « d’art ». Parmi ceux-ci, certains nous ont particulièrement touché : le monument funéraire orimbatu saisi en 1940 à Madagascar par Jacques Faublée, les clichés de prédicateurs de Soweto pris en 1986 par Santu Mofokeng, la photo noir et blanc de Boris Wastiau montrant les masques kalelwo et chikunza dans le cadre d’un camp de circoncision zambien en 1994. La cinédanse Zar Possession (2018) de Theo Eshetu, quasiment expérimentale, mérite aussi le détour.

Dans La Musique et la transe (1981), Gilbert Rouget distinguait transe et extase, la première supposant musique et mouvement, la seconde impliquant pour lui silence et immobilité. Pour un anthropologue comme Wastiau, l’initiant ne choisit pas d’être possédé : il est appelé à l’être – à se retrouver chevauché par un esprit. Ce que nous avons constaté à Bahia au début des années 90, dans une cérémonie de candomblé présidée par Pierre Verger « Fatumbi », photographe et ethnologue ayant étudié l’aller-retour entre le Dahomey (l’actuel Bénin) et le Brésil, entre rites vaudou et syncrétisme des anciens esclaves déracinés dans le « nouveau » continent. Verger s’était aussi intéressé à l’usage des plantes facilitant la transe. Dans le documentaire Les Molécules sacrées (1971) de Jean Lallier, il déclarait à propos des cultes d’origine africaine : « Ce sont des religions d’exaltation car l’idée de péché originel en est complètement absente. Les gens ne se sentent pas coupables, ils n’ont absolument pas besoin de se racheter. Au contraire, ils se sentent forts, ils se sentent puissants. »

Visuel : masque et costume de danse chikunza, Angola, XIXe siècle, collection du Musée ethnographique de Genève, ph. Nicolas Villodre. 

L’ agenda du weekend du 3 au 5 juin
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Nicolas Villodre

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