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XXIIIe Festival de l’Imaginaire.

XXIIIe Festival de l’Imaginaire.

15 novembre 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis


Sa vingt-troisième édition s’égaye dans tout Paris, renouvelant ainsi son public

Pour une institution comme la Maison des Cultures du Monde qui est l’instigatrice du Festival de l’Imaginaire et qui s’est donné pour but de recevoir en France des représentants de cultures traditionnelles du monde entier, on eut souhaité à Paris une salle particulièrement belle, propre à recevoir ces derniers et à abriter dignement des manifestations issues des contrées les plus lointaines. Ce fut un temps le cas quand la Maison des Cultures du Monde reçut en apanage le Théâtre du Rond Point : elle put ainsi accueillir avec quelque éclat la renaissance du Ballet royal du Cambodge, anéanti au cours du génocide perpétré par les Khmers rouges.

Contre mauvaise fortune, bon cœur

Aujourd’hui que les subventions publiques ont drastiquement baissé, la Maison des Cultures du Monde a même dû abandonner ce qui fut longtemps son havre parisien, ce Théâtre de l’Alliance française, boulevard Raspail, petite salle sans apparat, avec son entrée mesquine de MJC de province, mais où défilèrent des artistes de tout l’univers. Elle a aussi été contrainte de réduire son équipe à six personnes et de quitter Paris pour se replier à Vitré, en Bretagne.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Séverine Cachat, la nouvelle directrice de la Maison des Cultures du Monde, trouve cependant quelques avantages à cette précarité nouvelle. N’ayant plus de salle à sa disposition, la voilà obligée à s’allier à diverses institutions afin de pouvoir déployer dans tout Paris les diverses manifestations du XXIIIe Festival de l’Imaginaire. On les découvrira au Musée du Quai Branly, ci-devant Musée des Arts premiers, au Théâtre de la Ville (momentanément replié dans l’ex-Théâtre des Ambassadeurs), au Théâtre équestre Zingaro, à Aubervilliers, au Théâtre du Soleil, à la Cartoucherie de Vincennes, au Théâtre du Garde-chasse, aux Lilas, et même au Théâtre de l’Alliance française qui lui reste ouvert une semaine par an.

Dans une ambiance exceptionnelle

Ainsi, grâce à un accord scellé en 2017 avec le Centre des Monuments nationaux, un concert de musique ukrainienne s’est donné il y a peu dans la Sainte Chapelle, parmi les statues et les ornements de pierre honteusement recouverts de poussière. Et le lendemain, un autre concert se déroulait dans le vaste théâtre de l’Institut du Monde arabe. Cette errance, déjà mise en place au temps de Chérif Khaznadar et de Françoise Gründ, puis de celui d’Arwad Esber, les précédents responsables de la Maison de la Culture du Monde, cette errance a des aspects très bénéfiques sur le brassage du public. « Au Quai Branly ou à l’Institut du Monde arabe, notre public se partage à égalité avec celui de ces deux institutions, souligne Séverine Cachat. Au Théâtre de la Ville, les spectateurs qui nous sont fidèles ne représentant plus que 30% du public, submergés par un autre public qui est celui du théâtre ou celui des communautés étrangères. Car au Théâtre de la Ville, comme au Quai Branly ou à la Sainte Chapelle, on recense un fort public communautaire. Il contribue puissamment à créer une ambiance exceptionnelle dans les salles, comme ce fut le cas l’an dernier avec les ressortissants malgaches venus assister à une manifestation traditionnelle de théâtre et de danse, l’Hira Gasy, exécutée par des agriculteurs des environs de Tananarive. Cela s’est déroulé dans un climat de liesse extraordinaire qui a conféré aux manifestations une vie, une énergie qu’elles n’auraient pas connues devant un public exclusivement français. C’est aussi ce qui survient au Théâtre Berthelot, à Montreuil, dont la politique est d’alerter les diverses communautés étrangères vivant en France lors d’une manifestation venant d’un pays donné. Et pour les spectateurs parisiens, le dépaysement est double, quand on le vit à la fois sur la scène et dans la salle ».

Fandango

Cette atmosphère festive, on va la retrouver au Musée du Quai Branly, du 15 au 17 novembre, avec les manifestations de « Fandango ». Non pas de ce « fandango » apparu dans l’Espagne andalouse, probablement né d’influences africaines ramenées du Nouveau Monde par des Espagnols revenus au pays et illustré par Antonio Soler ou Domenico Scarlatti, mais un « fandango » pratiqué lors de fêtes au Mexique, dans l’état de Veracruz. Tradition rurale du Sotavento mêlant danse, musique et chant, ce « fandango » magnifiquement métissé allie influences ibérique, africaine et indigène dans des rythmes sensuels et lancinants, d’une vie et d’une allégresse enivrantes, et avec un je ne sais quoi de mélancolique dû aux instruments à cordes. Pour conserver toute leur vitalité, leur joie de vivre à ces soirées de « fandango » du Sotavento, le Festival de l’Imaginaire et le Musée du Quai Branly ont limité à trois quarts d’heure le concert proprement dit pour le prolonger par un bal ouvert à tous, tout comme au Mexique. Afin de retrouver pleinement, lors d’une fête commune en compagnie des Mexicains de Paris, cette allégresse originale, cette chaleur communicative qui sont si souvent l’apanage des cultures hispaniques.

Raphaël de Gubernatis

« Fandango ». Festival de l’Imaginaire. Les 15 et 16 novembre à 20h, le 17 à 17h. Musée du Quai Branly, 37, quai Branly, Paris VIIe. 01 45 44 72 30 ou 01 56 61 71 72.

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Raphaël de Gubernatis

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