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Quand une visite scolaire à Orsay tourne au fiasco

Quand une visite scolaire à Orsay tourne au fiasco

16 décembre 2016 | PAR Audrey Paillasse

Le Musée du Quai d’Orsay subit depuis plus d’une semaine les accusations d’une enseignante de lycée professionnel classé ZEP, qui affirme avoir été très mal reçue alors qu’elle accompagnait ses élèves en sortie scolaire. Suite à la réponse du musée, le Ministère de la Culture s’est fendu d’un communiqué mercredi, invitant à tirer l’affaire au clair. Retour sur une polémique qui ne faiblit pas.  

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Tout est parti d’un post Facebook, publié le 7 décembre par une enseignante du Lycée Maurice Utrillo de Stains, en Seine Saint-Denis. Marianne Acqua y raconte longuement et en détail comment ses élèves et elle, qu’elle accompagnait en sortie scolaire au Quai d’Orsay, ont été méprisés et malmenés par le personnel du musée. « Je vois un surveillant de salle crier à mes élèves « Fermez vos gueules » en boucle, sans aucune raison, explique-t-elle. J’interviens, et là, à mon tour de me faire hurler dessus à renfort de grands gestes (…) Il est parti chercher du soutien auprès de sa collègue à qui il explique qu’il est impossible de parler avec moi parce que, je cite, « c’est quoi ces vêtements ? », « elle n’a aucune autorité sur ses élèves », « on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme ».

Dans sa version des faits, Marianne Acqua explique que l’altercation est allée plus loin, notamment lorsque l’un des surveillants a « bouscul[é] littéralement la professeur » qui l’accompagne avec la classe à ce moment-là. Les élèves auraient alors tenté de défendre leurs enseignantes, avant que le groupe ne soit finalement sommé de quitter les lieux.

Une posture discriminatoire ?

Pour Marianne Acqua, pas de doute : ses élèves ont été pris à partie pour leur statut de jeunes de banlieue, scolarisés en Zone d’Education Prioritaire (ZEP). « Ce n’est pas la première fois qu’on me signifie que la place de mes élèves n’est pas au musée », affirme l’enseignante sur son mur Facebook. « On ne leur reprochait pas tellement de parler, puisqu’ils se taisaient, mais d’exister ». Pour preuve, elle raconte que d’autres lycéens, pourtant aussi agités que les siens, n’ont pas subi le même traitement : « Nous voyons des groupes scolaires passer devant nous, faire du bruit, parler, s’exprimer, s’agiter sous les yeux de mes élèves mi-énervés mi-désabusés de remarquer que personne ne vient les reprendre, eux, qui sont majoritairement blancs, bourges, parisiens ».

Avec plus de 9 000 mentions « j’aime » sur sa publication, l’histoire de l’enseignante fait le tour du web depuis plus d’une semaine, obligeant le Musée d’Orsay à publier un communiqué de réponse à la polémique. La direction a déclaré le 9 décembre que c’est le « comportement bruyant » du groupe qui aurait été « à l’origine de l’incident »  et que ce dernier a malgré tout pu continuer la visite du musée. Le musée regrette enfin qu’une « situation conflictuelle se soit développée ».

Le différend a pris une nouvelle ampleur cette semaine lorsque le Ministère de la Culture s’en est mêlé. Dans un communiqué rendu publique mercredi 14 décembre, on apprend que le directeur général des patrimoines a été chargé par la ministre Audrey Azoulay de rédiger un rapport « décrivant les enseignements à tirer de cet incident ». Elle demande par ailleurs au Musée d’Orsay une « analyse des modalités de préparation des visites de groupes scolaires ».

Joints par téléphone, le Lycée Maurice Utrillo et le Rectorat de l’Académie de Créteil n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet, nous informant simplement qu’ils étaient en communication « très fluide » avec le Musée d’Orsay pour tirer cette affaire au clair, et que celle-ci ne remettait pas en cause leur partenariat autour des programmes scolaires et culturels.

Visuel : ©Ahmad Tarek

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Audrey Paillasse

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