Actu
Urgence psychiatrique pour Kanye West

Urgence psychiatrique pour Kanye West

24 novembre 2016 | PAR Antoine Couder

 Le 21 novembre, le porte-parole de la police de Los Angeles a indiqué que les autorités ont répondu à «un appel pour trouble à l’ordre public» à une adresse connue pour être la propriété du chanteur.  Hypothèses à chaud.

 En mai dernier, Karim Madani a publié un livre sur la star  (« Kanye West  Black Jesus », Don Quichotte éditions) sur lequel il serait bien intéressant de s’inspirer au moment où le « chanteur » (on peut l’appeler comme ça aujourd’hui ?)  semble perdre du terrain dans sa capacité à « gérer » son image dans les médias.  L’agression de son épouse, début octobre à Paris,  a été le point de départ de la descente aux enfers de l’auteur de « Life of Pablo ». Pour commencer, on peut se demander si cette agression n’était pas télécommandée des Etats-Unis par quelques rivaux en manque de reconnaissance, et visant donc clairement le pape du hip-hop qui agace peut-être la vieille garde. Comme l’explique Madani dans son livre, West a fait entrer le hip-hop dans la pop musique, en poursuivant l’alchimie déjà amorcée quelques années plus tôt et en lui apportant le packaging et la griffe nécessaire à cette officialisation.

En ce sens il est allé beaucoup plus loin que Jay Z avec lequel il a eu de nombreux conflits et qui appartient clairement à la vieille garde, l’école de la rue alors que lui est un gars de la middle class supérieur, fils d’une prof de fac et d’un intellectuel que l’on relie parfois au Black Panthers. C’est un intellectuel du XXIème siècle qui lutte à coup de signifiant dans les marécages de l’influence et des réseaux sociaux. Surtout, West utilisait sa notoriété pour entrer pleinement dans le monde de la haute couture et en cela son mariage avec Kim Kardashian était un vrai levier d’accélération. Il a malheureusement échoué, le rappeur se voyant refuser son ticket d’entrée par un establisment new yorkay qui le méprise ouvertement (la galaxie Condenast « historique » pour faire simple). L’agression de Kardashian en pleine fashion week à paris, en octobre dernier, est ainsi le lapsus révélateur, en tout cas l’écho lointain à ces manœuvres qui pour l’instant ont permis de l’évincer de la scène de la mode.

Les déclarations de soutien de West à Trump renvoient peut-être à cette fin de non-recevoir, adressée par ceux et celles qui se voient les remparts du bon goût et de la morale, le clan Clinton au premier chef, et Obama lui-même qui n’a jamais caché son hostilité à son égard, alors que Trump à plusieurs reprises s’est déclaré «intéressé «  par son travail. Voici donc le contexte général du pétage de plomb de Kanye West : retour de flamme du rap gangsta sous Pavillon Jay Z et visant directement la virilité de l’intello : agression de Kardashia, déclaration tonitruante de Lil Wayne indiquant début novembre ne pas se sentir concerné par le Black lives matter dont West est un fervent défenseur et, finalement, élection de Donald Trump grâce à laquelle le rappeur a tenté de prendre sa revanche qui auraient donc consterné son public. Mais peut-être a-t-on oublié un peu vite que Kanye se prend pour une sorte de dieu. Il a d’ailleurs officiellement annoncé sa candidature à la Maison-Blanche pour les élections de 2020.

Le pétage de plomb lui-même, le fait d’en arriver à être pris en charge par une équipe de pompiers puis finalement hospitalisé peut aussi être interprétée comme un épisode viril, West ayant jusqu’au bout résisté contre son seul véritable ennemi c’est-à-dire lui-même. « J’ai été envoyé ici pour vous donner ma vérité, même si c’est prendre un risque pour ma vie, même si c’est un risque pour mon succès, ma propre carrière» Le vrai patron, celui qui incarne le malheur du peuple black, le voilà en version post-moderne. Il y a, en effet, dans cette chute une dernière métaphore autour de la condition de l’homme noir américain, afro-américain ou américain-africain que dire ? « Ça ne sert à rien de nous focaliser là-dessus. Nous sommes dans un pays raciste. C’est un fait. Parlons de tout ce que vous voulez, mais juste arrêtons de parler de ça» La séquence d’humiliation qu’a connue West depuis sa consécration est peut-être la première histoire de nègre typique du XXIème siècle… En ce sens-là, Kanye West est le plus gangsta de tous, dans sa façon de mordre la poussière et sans doute (n’en doutons pas) de se relever. Dans les coulisses du concours de celui qui est le mieux membré de tous, tout cela risque de faire beaucoup jaser…

Antoine Couder

Visuel : © CC Piotr Drabik

En sécurité au bord du gouffre, une plongée dans CARE de Mélanie Perrier au Manège de Reims
Des croix gammées révoltent les habitants de Brooklyn
Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *