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[Tour de Web] Apartheid

[Tour de Web] Apartheid

26 janvier 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quinze jours après les attentats qui ont visé la liberté de la presse et la communauté  juive de France, le temps du deuil laisse place à une radicalisation de la haine. Chacun à son niveau durcit sa posture de façon peu rassurante.

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« Et si c’était faux ? »

Les loups sont entrés dans la bergerie, emmenant avec eux, leur torrent de fiel. « C’est dur d’être aimé par des cons » avait écrit Cabu. C’est dur aussi d’être détesté par des cons. L’excellent site Conspiracy Watch info relaie une petite phrase de Jean- Marie Le Pen : « Toute l’opération [des frères Kouachi] porte la signature de services secrets. Bien sûr, nous n’avons pas de preuve. Je ne dis pas que les autorités françaises sont derrière ce crime, mais qu’ils ont pu avoir permis qu’il ait lieu ».

« La carte d’identité perdue par un des frères Kouachi, le téléphone mal raccroché par Amédy Coulibaly dans l’Hyper Cacher ou le tracé de la marche républicaine de dimanche qui dessinait les frontières d’Israël : tout est bon pour échafauder les théories les plus loufoques. » écrit Libération. Penser la conspiration, donner son avis devient une arme politique. Marine Le Pen l’a bien compris et continue de se tailler un tailleur de parfaite républicaine en déclarant à l’antenne de France Inter : je pense de ces théories conspirationnistes fumeuses, je les trouve dangereuses ».

Il faut alors s’armer contre la rumeur. Et peut-être que c’est Brain qui a raison en offrant une page d’humour sobrement intitulée : « HUIT FAITS TROUBLANTS QUI PROUVENT QUE L’ATTENTAT À CHARLIE HEBDO EST UN VASTE COMPLOT COMMANDITÉ PAR LES ILLUMINATIS ET FRANÇOIS HOLLANDE ». L’article est un florilège savoureux du pire, on apprend que pour nos amis les conspirationnistes : « Quand on retourne la carte du tracé de la marche républicaine de dimanche, ça fait la carte d’Israël. » Pour nous détendre face à la folie, Brain lance aussi sa théorie : « Encore plus étrange, la théorie de Brain Magazine qui va semer le doute en vous pour l’éternité : la piste d’une vaste opération commerciale de Danone pour relancer le Bifidus Actif. » Et la on se marre, ça fait pas de mail

Peur sur la ville
Dans cette ambiance délétère, la peur semble s’installer instaurant une dérive sécuritaire qui en inquiète plus d’un .

« Le Premier ministre Manuel Valls a estimé mardi 2 janvier qu’il existait en France « un apartheid territorial, social, ethnique »  » écrit l’Obs. La phrase a choqué jusqu’à l’ex président Nicolas Sarkozy amateur du « Karcher ». « L’expression est forte, brutale même, surtout dans la bouche d’un premier ministre de gauche » ecrit le Monde
Le mot apartheid est ancré dans un contexte historique. Sur la page wikipedia du mot on peut lire, assez justement : « L’apartheid (mot afrikaan partiellement dérivé du français Note 1, signifiant « séparation, mise à part »1) était une politique dite de « développement séparé » affectant des populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques déterminées. Il fut conceptualisé et mis en place à partir de 1948 en Afrique du Sud (Union d’Afrique du Sud, puis République d’Afrique du Sud) par le Parti national, et aboli le 30 juin 1991. » La révélation est un aveu : La France mène donc une politique segrégationnaire. Cela appelle donc des mesures fortes.

« Police partout justice nulle part »

Ou plus exactement pour revenir à l’origine du slogan libertaire rappelé par le site du Sénat, reprenant la phrase exacte de Victor Hugo  » Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part. « Choses vues (8 avril 1851). Les mesures  annoncées sont claires, elle se centrent sur la protection des citoyens : Les echos racontent : « Manuel Valls a annoncé ce mercredi la création de 2.680 emplois et le déblocage de plus de 425 millions d’euros pour lutter contre le terrorisme. Un fichier spécial de personnes déjà condamnées pour terrorisme va être créé. Une réflexion parlementaire va être engagée sur une peine d’indignité nationale. Le même article pointe que les mesures ne concernent pas que la sécurité mais agissent également en prévention : »60 millions d’euros seront alloués à «la prévention de la radicalisation?». Manuel Valls souhaite aussi 60 aumôniers musulmans supplémentaires dans les prisons. Et le gouvernement va lancer «dans les jours à venir un site internet dédié pour informer le grand public sur les moyens de lutte contre l’embrigadement djihadiste, notamment des jeunes ».

Pour les défenseurs de la liberté absolue , cela n’est pas le bon chemin à suivre : « la peur ne doit pas « changer de camp » pour Guillaume Defossé, Président de La Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie interrogé par la RTBF : « La peur ne doit plus être. Et identifier des « camps » à l’intérieur de notre pays revient irresponsable à exacerber la situation de crispation et de tension que nous vivons. La lutte contre les causes structurelles de l’extrémisme violent doit être la réponse unanime pour exprimer notre rejet devant l’horreur qui s’est exprimée la semaine dernière, et notre solidarité avec toutes les victimes de toutes formes de violence. »

Pour l’historien des religions Nicolas Mazuez, l’arme contre l’obscurantisme reste l’école

La République est debout, les enfants de Voltaire, Diderot, Hugo, Zola, Jaurès, de la Commune, de la Résistance ont compris que les ennemis sont l’obscurantisme, le manque d’éducation et la fermeture sur le monde. Plus que jamais il est impératif d’apprendre et comprendre l’autre, plus que jamais l’intellectuel et l’enseignant ont un rôle d’avant garde éclairée à tenir, plus que jamais il importe d’éduquer sur ce que sont les religions et l’athéisme de façon simple et claire. Plus que jamais il faut redonner au vivre ensemble, à l’humanisme éclairé et à l’identité républicaine sa place centrale dans notre société. La République une et indivisible, laïque, protectrice, sociale et égalitaire est notre bien le plus précieux. Des millions de français l’ont montré ces derniers jours. Il n’y a qu’une communauté, n’en déplaise à certains, construite et enrichie par ce qui fait la grandeur de la France : la multiplicité des cultures.

Les points de vues s’opposent et se divisent, un bon signe de démocratie. Pendant que les fous parlent, la société se met à parler. Pour l’historien Pierre Nora père de la notion de « lieu de mémoire », interviewé dans Libération : « Dans une société banalisée, normalisée, l’événement est l’expression du merveilleux démocratique. A l’heure d’Internet, ce 11 janvier est le type même de ce que j’avais autrefois appelé «l’événement monstre» »

A suivre.

Une histoire personnelle de la Ve république
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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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