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Retour sur Massin, maître de la typographie et du graphisme

Retour sur Massin, maître de la typographie et du graphisme

11 février 2020 | PAR Zoé David Rigot

Robert Massin avait 94 ans quand il est mort ce samedi 8 février 2020. Mais qui était-il ? Graphiste, typographe, illustrateur, directeur artistique, photographe et écrivain, il était dans l’inconscient visuel de tous les français, il utilisait plusieurs pseudonymes tels que Claude Menuet, Jacques Brells, leslie Grant, Laurent Dherbécour…

Massin naît en Eure-et-Loire en 1925 et s’imprègne des lettres en observant son père sculpteur et graveur au travail. Voulant d’abord être dramaturge, il part à Paris où il devient critique de spectacle pour le journal Gavroche et journaliste pour le quotidien Le Populaire. En 1948, il entre au Club français du livre qui propose aux lecteurs, sur abonnement, des ouvrages soigneusement reliés.

C’est là que tout commence. Au club du livre il rencontre celui qui le formera, son disciple Pierre Faucheux (maquettiste et graphiste, qui se disait ‘architecte du livre’), et invente le métier de directeur artistique d’édition. Il veut rendre la littérature accessible à un large public, et pour ce faire il associe l’image, la typographie et la mise en page afin de créer un objet livre, en s’inspirant aussi du constructivisme et du dadaïsme. Le livre devient ainsi dynamique, cinématographique, et vivant.

Dix ans plus tard, il devient directeur artistique chez Gallimard. C’est le début d’une longue collaboration qui débute par une transformation de l’image de la maison : il redessine par exemple le logo NRF – qui devient celui, si délicat, que nous connaissons aujourd’hui.

Il élabore les maquettes intérieures des livres, créant typographies et mise en page, et il impose son style dans les éditions de poésie et de théâtre… en 1964, il invente d’ailleurs le livre-théâtre en concevant la mise en page de La cantatrice chauve d’Eugène Ionesco. Chaque page retient un dynamisme qui happe le lecteur !

Lors du lancement de la collection Folio, Claude Gallimard lui propose de créer son identité visuelle. C’est la typographie fine, délicate, noire, qui se dépose comme un poème sur un fond blanc que nous connaissons, accompagnée d’une illustration. Des graphistes et illustrateurs viennent de l’extérieur pour collaborer avec Massin : on a pu voir Nicole Claveloux faire la couverture du Voyeur de Robbe-Grillet, Dubuffet celle de Voyage au bout de la nuit de Céline…

Il conçoit aussi la maquette de la collection Poésie/Gallimard, à laquelle il intègre un bandeau de portraits colorisés du poète, bandeau qui rappelle la sérigraphie.

En 1977, lorsque la collection l’Imaginaire est lancée, Massin s’inspire des enseignes lumineuses de Hongkong et attribue à chaque titre une typographie. Les couvertures sont alors joueuses et colorées… il y a deux ans, celles-ci ont cependant été retravaillées.

Après un saut chez Hachette et un retour chez Gallimard, Massin travaille à son propre compte. Comme le précise Livres Hebdo, il collabore avec un dizaine d’éditeurs.

Mais ce n’est pas tout ! Pendant ce temps, il écrit des romans (La dernière passion, avec Albin Michel; La branle des voleurs et Les compagnons de Marjolaine avec La table ronde, et La cour des miracles, chez Payot), des essais, des réflexions sur le graphisme, il travaille aussi sur des mémoires et sur une autobiographie (D’un moi l’autre : une traversée du siècle, Albin Michel, publiée en 2016), et des livres jeunesse (dont le piano des couleurs ci-dessous) !

Chacune des collections a maintenant changé, car l’édition se renouvelle sans cesse. Aussi, quand vous cherchez un bon livre chez votre libraire, chez un brocanteur, au vide grenier… N’oubliez pas d’ouvrir l’oeil ! Les mises en page de Massin se trouvent encore.

Visuel image d’en-tête : ©Albin Michel

Visuel 1: Pages de La Cantatrice Chauve ©All creative commons.

Visuel 2: Couverture par Massin et Dubuffet ©Gallimard

Visuel 3: ©Albon Michel, ©Payot, ©Gallimard Jeunesse

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