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Restauration du temple de Khnoum en Égypte : emblème d’un projet global

Restauration du temple de Khnoum en Égypte : emblème d’un projet global

31 mai 2022 | PAR Capucine De Montaudry

Le temple de Khnoum à Esna, en Égypte, fait l’objet d’un projet de restauration depuis quatre ans. Construit aux alentours du IIème siècle av. J.-C. et découvert au XIXème siècle, il dévoile aujourd’hui de multiples gravures et inscriptions, admirablement préservées après des siècles de poussière et de suie. Or ce long travail témoigne en même temps des nombreux enjeux qui entourent la préservation du patrimoine égyptien. 

Un événement pour la recherche scientifique

Esna est une ville antique égyptienne située au bord du Nil, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Louxor et de Thèbes. Le site antique du temple fait partie des six lieux de culte majeurs témoignant de la période gréco-romaine en Égypte. Sa mise en valeur a donc une grande importance pour les égyptologues. La partie qui a été restaurée est le pronaos : celui-ci mesure 37m de long, 20m de large et 15m de haut. Il représente un tiers de la superficie totale du bâtiment : le reste demeure enfoui sous terre. 

La construction du temple est liée au culte de Khnoum, dieu-bélier alors présent dans le panthéon des Égyptiens comme une puissance créatrice. C’est en effet lui qui crée l’enveloppe corporelle des êtres vivants. Il représente également les cataractes du Nil, ces passages où le courant s’accélère avec les rochers enfouis sous l’eau. Les nombreux piliers contiennent ainsi des gravures très colorées qui informent les chercheurs sur les rituels sacrés qui entourent ce dieu et les coutumes des habitants d’Esna. Par ailleurs, les colonnes dévoilent des constellations. Les chercheurs y ont reconnu Sah (Orion) et Mesekhtiu (La Grande Ourse). Ils ont aussi découvert Apedu n Ra (Les Oies de Ra), qui ne fait plus partie aujourd’hui de notre carte du ciel. 

Mise en valeur d’un patrimoine : enjeux stratégique

La restauration du pronaos est une initiative du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes. Le programme a été mis en œuvre avec des chercheurs allemands. Avec de l’alcool et de l’eau distillée, ceux-ci ont entrepris de nettoyer les vingt colonnes du temple, les murs, le plafond et les piliers.

Ce travail a avant tout un intérêt scientifique : en effet, le temple de Khnoum attire pour l’instant peu de touristes. Sa restauration s’intègre cependant dans une perspective plus large de mise en valeur du patrimoine égyptien, pour des raisons de développement comme de préservation. Côté développement, une grande part de l’économie égyptienne repose en effet sur le tourisme. Ce secteur représente en 2018 11,9% du PIB et fait l’objet d’investissement majeurs de la part du gouvernement. Or mettre en valeur les sites antiques, c’est  étendre l’attrait que représente le pays pour les voyageurs. 

Le gouvernement et ses différents organismes recourent également à des subventions et des dons pour la préservation et la mise en valeur de ce patrimoine. L’un des bailleurs est par exemple l’USAID, Agence des États-Unis pour le développement international. Ses objectifs principaux sont le développement économique et l’assistance humanitaire des pays qu’elle subventionne. Pour l’Égypte, cette subvention est justifiée par l’importance que représentent ses nombreux sites à l’échelle de l’humanité. En effet, le classement du patrimoine mondial de l’Unesco y répertorie pas moins de six lieux. Si le temple de Khnoum n’en fait pas partie, sa mise en valeur répond à de nombreux enjeux mis en avant par les structures internationales dans la préservation du patrimoine égyptien. 

Quand la préservation nécessite une gestion globale

Le temps n’est pas le seul ennemi des chefs-d’œuvres antiques. Dans ses rapports, l’Unesco souligne la nécessité de préservation des sites, mais aussi de leurs abords avec le développement urbain. Il s’agit en effet d’une menace pour la mise en valeur des sites. Par exemple, la partie du temple de Khnoum enfouie sous terre est exposée à la montée des eaux, non seulement pour des raisons climatiques, mais aussi à cause du système d’irrigation de la ville d’Esna. 

En 2005, le Comité pour le Patrimoine mondial a ainsi demandé à l’Égypte d’élaborer des plans de gestion de ses sites. Ces plans se distinguent des activités de mise en valeur, de restauration et de modernisation car ils reposent sur une stratégie globale contre ce qui met en péril l’exploitation des sites. Or en Égypte, ce n’est pas le Conseil suprême des Antiquités qui gère les zones tampons, principales sources de menaces, mais l’organisme chargé de l’habitat et de l’urbanisme. Les communications entre les deux sont faibles, c’est pourquoi la mise en place d’un plan de gestion permettrait d’harmoniser les mesures mises en place. 

Visuel : vue du temple d’Esna en 2004 (avant la restauration), CC © John Campana. 

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Capucine De Montaudry

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