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Réouverture troublée du Carreau du Temple

Réouverture troublée du Carreau du Temple

24 mars 2014 | PAR Enora Le Goff

Cette semaine avec le Salon Drawing Now se célèbre la réouverture d’un lieu emblématique de Paris, le Carreau du Temple, ouverture en beauté mise en péril par des intermittents mécontents occupant les lieux à l’annonce des nouvelles décisions politiques les concernant.

Un lieu à forte implication historique

L’emplacement et l’architecture exceptionnels du Carreau du Temple ne sont rien à côté de son histoire hors du commun! En effet ce lieu, avant d’être un endroit commercial et social comme nous le verrons par la suite, a été construit par l’Ordre du Temple, les Chevaliers ayant reçu des terres en donation du roi. C’est donc au XIIe siècle dans le Haut-Marais que se construit un enclos, entouré d’une enceinte de 8 mètres de haut, avec un donjon et une tour. Mais le retour des Croisades et de leur échec voit venir la fin de l’Ordre et l’emprisonnement des Chevalier. C’est à ce moment que le Carreau du Temple devient propriété de l’Ordre de Malte accueillant désormais de nombreux hôtels où vivent bourgeois et aristocrates. A la fin du XVIIIe c’est la famille royale qui est résidente de l’enclos…et pour cause c’est son lieu d’emprisonnement avant l’exécution lors de la Révolution!

Une place importante dans la vie sociale parisienne

Après ces longs débuts houleux le Carreau devient dans les années 1810 un immense marché à la charpente de bois, le tout composé de 4 halles accueillant de nombreuses boutiques, avec au centre de chacune de  ces halles un “carreau”, un terre-plein dédié aux bourses de vêtements d’occasion. Par la suite Napoléon III et ses grands travaux de constructions parisiennes décide de rénover le bâtiment et de changer sa structure en une charpente métallique, plus solide et plus sure, conférant au bâtiment l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Ce n’est qu’en 1897 que la Ville de Paris rachète la concession du Carreau, en faisant un espace plus participatif, en effet dans les années 1920 et 1930 le bâtiment devient un haut-lieu du sport (tennis et patins), puis à la suite de la Seconde Guerre Mondiale un des principaux lieux de fripe justement par la présence de ces carreaux qui deviennent l’emblème social du lieu!

Vers la réhabilitation culturelle du Carreau

Depuis 2001 (après de nombreux projets de destruction du lieu) le Maire de Paris Bertrand Delanoë présente un plan de restauration totale du Carreau, dépôts de projets, concours d’idées, puis fouilles archéologiques laissent place à la rénovation du lieu. De tous les projets présentés celui d’un “espace pour tous”, alliant culture, sport et événementiel remporte la majorité des suffrages (des élections participatives propres à l’arrondissement ont été mise en place). C’est ainsi que la nouvelle programmation du Carreau du Temple se partage entre sport (cours, stages, ouvertures pour les scolaires comme pour les particuliers, événements sportifs), art et culture (spectacles multiples sur le thème du “corps sous toutes ses coutures” pour le début de saison) et événementiel (grand public et professionnels comme des salons d’art, de nouvelles technologies, des défilés…)

Une réouverture sous tension, entre revendication et salon d’art

Le grand événement d’ouverture de cet espace revisité est le salon du dessin contemporain Drawing Now, événement qui a été mis en péril ce week-end par une manifestation et une occupation du bâtiment par des intermittents du spectacle, des précaires et des chômeurs. Cette manifestation avait pour but la lutte contre l’accord assurance-chômage signée vendredi soir et vécue comme une véritable régression par les syndicats. Dans une interview donnée pour Le Monde Samuel Churin, coordinateur des intermittents et des précaires, insiste sur le fait que « L’accord impose encore une régression des droits de tous les salariés fragiles qui cotisent, les chômeurs, les précaires (…). Ce sont 400 millions d’euros d’économie sur le dos des chômeurs. En période de crise, c’est un massacre ».  Après un week-end des plus tendus entre manifestants, police et organisateurs du salon, les lieux ont été évacués permettant ainsi la mise en place du salon et des œuvres. Cette occupation témoigne d’un désir des intermittents de se rallier à toutes les personnes vivant en précarité, qui certes n’a pas amené à une négociation mais qui s’est tout de même faite entendre en menaçant sérieusement l’ouverture à la fois d’un salon d’art, mais aussi d’un lieu qui a été pendant longtemps ancré socialement et qui se veut aujourd’hui le représentant des politiques culturelles parisiennes.

Visuels (c) : affiche carreau du temple, logo drawing now

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Enora Le Goff

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