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Réouverture : le musée Carnavalet se prépare

Réouverture : le musée Carnavalet se prépare

15 janvier 2020 | PAR Hortense Milléquant

Fermé depuis trois ans, le musée de l’histoire de Paris s’apprête, à nouveau, à accueillir du public.

Constitué de deux bâtiments, l’hôtel de Carnavalet et l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, ce musée parisien a été inscrit monument historique en 1984, en raison de son intérêt historique, artistique et architectural. Ce statut particulier, lui conférant une protection lors de chantier, explique l’ampleur des travaux.


Un peu d’Histoire …

Le premier palais a été construit pour le président du Parlement de Paris de l’époque, entre 1548 et 1560. Le bâtiment est attribué à Pierre Lescot, également architecte de la Cour carrée du Louvre. L’hôtel tire son nom de la francisation du nom d’une de ses propriétaires, veuve d’un gentilhomme François de Kernevenoy, dit Carnavalet, qui l’acquiert en 1578.

Au XVIIe siècle, François Mansart, grand-oncle de Jules Hardouin-Mansart Premier architecte du roi Louis XIV, remanie l’édifice. Plus tard, il devient l’une des demeures de la Marquise de Sévigné. Passé entre les mains de la famille du Pré de Saint-Maur, après la Révolution, il est occupé par l’École des ponts et chaussées.
L’hôtel est classé monument historique en 1846, avant son acquisition, en 1866, par la ville de Paris, sur les recommandations du baron Haussmann. Le préfet de la Seine est en effet à l’initiative du projet d’un musée de l’histoire de Paris. Le bâtiment, à partir de ce rachat, est alors restauré par l’architecte Victor Parmentier.

Au départ, ce nouveau musée doit accueillir les collections historiques de la Ville de Paris mais celles-ci sont, malheureusement, sous la Commune, détruites dans un incendie. Après ces contretemps, le musée ouvre ses portes, en 1880. Il présente au public des œuvres variées : tout d’abord, un fonds archéologique et les objets révolutionnaires puis en 1872, la Bibliothèque historique enrichit la collection du musée Carnavalet. Cet accroissement occasionne un manque de place et en 1895, le bâtiment adjacent, l’hôtel Le Peletier, est acheté par la Ville de Paris pour y installer ce nouveau fonds.

Le grand escalier de l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, XVIIe siècle.


Le second palais, l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, est un peu plus récent. Il a été édifié par l’architecte Pierre Bullet, dans les années 1690 pour l’intendant des finances Michel Le Peletier de Souzy. De ce premier occupant, il subsiste, à l’intérieur du bâtiment, l’escalier avec sa rampe en fonte. Il s’agit du premier exemple connu, en France, de l’utilisation à grande échelle de cette technique du fer fondu.

Le palais est une maison de famille et il tient son nom de l’arrière-petit-fils de Souzy qui, par la suite, en hérite : Michel Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau. Si l’Histoire n’a pas retenu ce dernier, il n’en va pas de même pour son fils : Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau (1760-1793), président au Parlement de Paris. Celui-ci vote, durant la Révolution, la mort du roi. Cet engagement révolutionnaire permet d’ailleurs à l’hôtel de ne pas subir le sac des sans-culottes. La fille unique de ce dernier vend l’hôtel en 1811, qui est ensuite classé monument historique en 1846. Et après plusieurs changements de propriétaires, l’hôtel est acquis par la Ville de Paris. L’architecte Ulysse Gravigny est chargé des travaux d’aménagement pour installer la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Celle-ci reste dans ces lieux jusqu’à son transfert à l’hôtel de Lamoignon, en 1968. À nouveau restauré, il devient dès 1989 une extension du musée Carnavalet auquel il est relié par une galerie, située au premier étage.

Depuis le 1er janvier 2013, le musée Carnavalet est l’un des quatorze musées de la ville de Paris gérés par l’établissement public administratif Paris Musées, cette organisation est censée en faciliter la gestion. Dès 2015, le maire de Paris lance un plan de restauration des musées de la Ville de Paris concernant notamment, outre le musée Carnavalet, le musée d’art moderne, la maison Balzac ou le musée de la Libération. Ainsi, depuis le 2 octobre 2016, le musée est fermé pour des travaux de rénovation, sa réouverture prochaine est attendue au printemps 2020.


Les travaux

Ce chantier est exceptionnel. La directrice du musée Carnavalet, au Parisien, explique qu’ « il a d’abord fallu vider les collections accumulées sur 150 ans. Restaurer sur place certaines pièces avant de les emballer. Ou se lancer dans de vastes travaux en ateliers ». Cette longue phase de préparation a duré dix-huit mois. Elle poursuit : « quand on entre, on mesure l’échelle de l’opération de restauration, de rénovation et de modernisation du musée Carnavalet. Ici, on fait du sur-mesure. C’est un travail d’orfèvre ».

Mandaté pour les travaux en raison du statut de monument historique du lieu, l’architecte en chef des monuments historiques, François Chatillon précise : « Nous avions ici une succession de bâtiments d’époques différentes. Chaque élément était un cas de figure. Nous n’avons pas fait une porte répliquée cinquante fois. Il a fallu faire cinquante portes différentes. Pas une porte, pas un objet n’est pareil. Et chacun a été au cœur d’études et de discussions ».

Et aujourd’hui, la fin du chantier approche. La directrice assure que tout a été mis en œuvre afin que le « musée reste dans son esprit ». Et cela malgré l’ajout d’escaliers alliant bois et acier, créations de l’agence Snøhetta. L’architecte rassure d’emblée : « ces escaliers vont marquer leur temps. Carnavalet est un musée d’histoire et nous signalons ainsi notre intervention de 2020. C’est visible. Mais on ne violente pas l’espace. ». Pour lui, cette nouveauté « C’est une audace réussie ».

Plus de trois ans et cinquante millions d’euros plus tard, le musée s’apprête à rouvrir ses portes. Il pourra présenter ses 4 000 pièces exposées au public. Le musée Carnavalet possède au total une collection de 615 000 œuvres, ce qui en fait l’un des plus importants de France.

La rénovation du lieu était un « projet prioritaire pour la Ville de Paris » selon Anne Hidalgo car « Carnavalet est un lieu d’éducation essentiel à Paris » ajoute son adjoint à la culture. C’est aussi un lieu de culture à portée internationale car sur les 450 000 visiteurs annuels, la moitié sont des touristes étrangers, très friands de la Révolution française.


Printemps 2020 : la saison des musées

Et le musée de l’Histoire de Paris n’est pas le seul musée à rouvrir au printemps.

Entre autres, il y a le musée des égouts de Paris, la maison Victor Hugo, le musée Galliera et le musée Cernuschi.

Le Palais Galliera, musée de la Mode de la ville de Paris, fermé depuis 2018, propose au printemps l’exposition Gabrielle Chanel, manifeste de mode grâce mécénat de la célèbre maison de haute couture.

Le musée Cernuschi dédié aux arts de l’Asie, fermé depuis mai 2019, rouvre quant à lui en avril prochain. À l’origine, ce musée tourné essentiellement vers les arts chinois anciens, sa collection s’est peu à peu élargie aux œuvres asiatiques, plus généralement. Ainsi, le musée propose cet octobre une exposition d’estampes japonaises.

 

Visuels : © Logo du musée Carnavalet et Wikimedia Commons (domaine public)

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Hortense Milléquant

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