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Renzo Piano propose un pont pour Gênes

Renzo Piano propose un pont pour Gênes

31 août 2018 | PAR Sabina Rotbart

Meurtri par l’effondrement du pont Morandi, Renzo Piano a proposé de dessiner gratuitement un nouveau pont pour la ville endeuillée. Proposition aussitôt acceptée par le président de la région ligure.

Un pont qui ne défigure pas l’environnement, qui n’oublie pas la tragédie, un pont qui soit une porte ouverte sur la ville, voilà comment Renzo Piano imagine le futur pont de Gênes. Un ouvrage d’art simplissime, léger dans le paysage, dont il a proposé une maquette le 27 août, après avoir mis au travail ses équipes au lendemain de la tragédie. Un projet réalisé gratuitement et immédiatement accepté par le président de la région, une construction qui sera financée par Autostrade per l’Italia, le gestionnaire du réseau routier. « Un pont ne devrait jamais tomber car quand un pont tombe, les murs montent. Donc ce n’est pas seulement physique mais métaphorique, les murs sont mauvais, les ponts sont bons, ils créent des connexions. Nous ne devons pas construire des murs mais des ponts » a-t-il déclaré tout en précisant qu’il est encore trop tôt pour détailler davantage la maquette proposée.

Un architecte génois, donc ouvert au monde
Parce qu’il est célèbre dans le monde entier pour avoir reçu le prix Pritzker et conçu, entre autres, le centre Pompidou, le nouveau Palais de Justice de Paris, la tour Shard à Londres, la Fondation Beyeler à Bâle, on oublie parfois que Piano est né à Gênes. Mais lui ne l’a visiblement pas oublié. D’autant qu’il est déjà largement intervenu dans l’architecture de sa ville natale. Notamment en restructurant le port en 1992, ouvrant alors la ville sur la mer. Revenu moderniser le puerto antico, dessinant une promenade ouverte, entre les anciens entrepôts de coton et le plus grand aquarium d’Europe (aquariodigenova.it). Une esplanade où la ville se promène le soir, goutant un vin blanc à base de vermentino, le cépage local et croquant dans une foccacia. Mais il faut voir aussi un drôle de manège panoramique, le Bingo et une bulle aérienne posée sur l’eau, la Biosphère.

Une ville incroyablement méconnue
Ce qu’on oublie aussi, c’est que Gênes est une ville superbe. A moins de s’y être arrêté un jour, car dans ce cas, elle devient inoubliable. Le visiteur se mue en amoureux, séduit par son charme qui n’est pas une simple figure rhétorique de dépliant touristique.
Pourquoi donc cette ville est-elle ainsi ignorée alors qu’elle compte des rues entières bordées de palais Renaissance. Ceux construits par les riches armateurs, bourrés de Veronese et de Van dick, 42 sont classés au Patrimoine mondial de l’Unesco. Mais aussi un cœur de venelles médiévales, les Caruggi, où il se trouve encore des commerces anciens incroyables, tripier où l’on vient chercher son dîner cuisiné dans une grande marmite fumante, boutique consacrée aux seuls bouchons de liège, tailleur de chemises ou tissage traditionnel (n’oublions pas que Gênes c’est la ville du bleu de Gênes, plus connu sous le nom de… jean !). C’est une ville incroyable où il n’existe pas de restaurants touristiques, seulement des bonnes tables rustiques pour la clientèle locale où se glisser discrètement. Une vile aussi qui a inventé le pesto. Vous pouvez d’ailleurs apprendre à le monter t dans un mortier de marbre de Carrare sur le charmant petit marché de Carminata. Enfin Gênes est une ville culturelle qui ouvre ses palais au public ( le jour des Rolli days en octobre) et organise des festivals sans concession comme Suq.

Vous ne vous étonnerez pas dès lors que certains aient connu à Gênes le grand choc de leur vie, une nuit d’orage. Comme Valéry, qui décida là de ne plus penser à l’amour, ni à la poésie, trop compliqués, pour se livrer corps et âme à la science, nettement plus maîtrisable ! C’est ce qu’il raconte dans Nuit de Gênes. D’autres ont tiré de cette ville coincée entre mer et montagne, la force de partir. Christophe Colomb (1492) et… Renzo Piano justement.

Pourquoi donc cette méconnaissance ?

Si Gênes est tellement ignorée, c’est que la ville est une étape obligée pour rejoindre la Toscane ou Rome en voiture. Et qu’une autoroute funeste barre son horizon, autoroute abouchée au pont Morandi justement. De la route donc, on ne voit de Gênes que cela, des constructions disgracieuses et son port industriel sans voir son port aimable et son centre historique somptueux. Dont Flaubert  parlait dans une lettre à un ami « A Gênes je marche sur le marbre, tout est en marbre ».

Sabina Rotbart

Aller à Gênes : la route est évidemment encombrée par la catastrophe, la ville panse ses plaies. On attendra un peu pour s’y rendre, en octobre par exemple, pour leur nuit des musées, les Rolly days. Vol Hop chez Airfrance, 214 euros.
www.visitgenoa.it
Où dormir : Au Palazzo grillo, un palais restauré par une société d’économie mixte, palazzogrillo.it ou juste en face, un b&b , le Nuvole.

Visuel : Attribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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