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Rafaële Giovanola : « Le mouvement est pour moi vital, indispensable quel qu’il soit »

Rafaële Giovanola : « Le mouvement est pour moi vital, indispensable quel qu’il soit »

16 avril 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va ? » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui, nous interrogeons la danseuse et chorégraphe Rafaële Giovanola dont la pièce Vis Motrix. découverte au Festival Antigel à Lausanne en février 2019, nous avait subjugués.

Comment ça va ?
Ça va assez bien. Au début du confinement ce fut presque des vacances. Ma vie est un grand tourbillon, je ne suis pratiquement jamais à la maison, vis avec ma valise, cela est devenu normal. Ces semaines de pause forcées avaient quelque chose d’exotique, de reposant, mais avec un arrière-goût étrange et amer. Maintenant, par contre, je ressens de l’impatience, une nervosité naissante, qui vient de ce sentiment d’impuissance.
Je suis confinée avec mon mari, nos enfants et notre chat, nous sommes réunis grâce au virus car nos enfants sont adultes; absurde lorsque je songe que ce virus sépare des familles, des amitiés, des vies, plonge des multitudes de personnes dans la solitude absolue. Je me sens extrêmement privilégiée.
Nous vivons en Allemagne, à Bonn, et bien que nous soyons au centre-ville notre appartement donne d’un côté sur un jardin, où j’observe les écureuils, les oiseaux, la nature qui elle s’éclate. Et de l’autre côté, la rue avec quelques passants, à pied ou à bicyclette.
Je prends plaisir à observer les gens. Ce sont les moments où je ressens concrètement et physiquement le fait d’être à l’intérieur ou à l’extérieur. Spectateur, voyeur, observateur, acteur?

Est ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement enfermée?
Au début je suis restée complètement enfermée, pas à cause du virus, simplement par plaisir: je n’avais plus été chez moi depuis six semaines… en fait j’ai vécu plusieurs jours en pyjama.
Maintenant je sors pour faire des courses, chaque sortie au supermarché devient une excursion, il faut planifier, ne rien oublier. Mais surtout je redécouvre le plaisir de faire des ballades.
Le fait de sortir prend une importance immense. Le fait de prendre l’air devient un régal. J’ai l’impression de flâner et savoure ce sentiment.

Quelles sont vos routines culturelles pour faire descendre l’angoisse ?
Je fais du yoga, du ballet accrochée à un fauteuil, me plonge dans des livres. Et depuis deux semaines je donne des ateliers en ligne à notre Junior Company, qui est composée de jeunes entre 10 et 21 ans.
C’est intéressant, on développe une manière différente de communiquer, de créer. Je dois trouver des tâches adaptées à la situation : espace réduit, jouer avec les perspectives de la caméra.  Nous découvrons de nouveaux concept à travers ces restrictions.
Aussi j’utilise ce temps offert, ce qui me paraît du vrai luxe, pour écrire et faire des recherches pour nos projets futurs.
J’essaie de mettre en place de nouveaux moyens pour créer, notre compagnie est composée de collaborateurs qui vivent éparpillés dans toute l’Europe, ce qui complique énormément les choses.
Ce confinement, cette séparation nous obligent à nous concentrer sur l’essentiel, notre communication avec le groupe est journalière, même furtive elle peut se composer d’un seul mot: « Kisses », mais c’est suffisant et donne de la force pour la journée.

Vous êtes danseuse, comment votre pratique vous aide-t-elle en ce moment ?
La discipline de la danseuse et la motivation, l’enjeu journalier de la danseuse restent innés et guident le rythme de mes journées, ce qui est important pour moi personnellement.

Quels mouvements ou respirations conseillez vous ?
Tous les mouvements qui vous donnent une sensation de bien-être et qui vous donnent l’impression d’être vivants. Le mouvement est pour moi vital, indispensable quel qu’il soit.
Pour cela nous avons mis en ligne par étapes, comme des épisodes, des extraits de notre glossaire sur le mouvement où nous partageons une tâche par semaine afin d’inciter les gens à bouger et à être créatifs.
https://www.facebook.com/CocoonDance/?ref=bookmarks

Et pour finir avec un peu de légèreté :  est-ce que ce temps révèle quelques plaisirs coupables ?
Je prends plaisir à perdre du temps, à paresser, et ces moments de paresse laissent de l’espace pour la créativité, et en fait je ne me sens pas coupable du tout.

Visuel :©RG

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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