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Public Enemies : le bien du côté du mal

07 juillet 2009 | PAR Erwan

23455__public_ennemies_photo_8Le dernier film de Michael Mann avec Johnny Depp, Christian Bale et Marion Cotillard est un film de gangster puissant qui flirte avec notre époque sans tomber dans la surenchère. Il est question de John Dillinger, un braqueur de banques dont la « carrière » ne dura pas plus de treize mois, mais qui, pendant la Grande Dépression, souleva une vague d’enthousiasme populaire, forçant les autorités à s’organiser et à durcir le ton.

Le Krach de 29 revu par la lorgnette du monde contemporain, c’est une population vivant à crédit qui se voit du jour au lendemain tomber dans une crise sans précédent suite à la trahison des banques… Aux Etats-Unis, des millions de personnes se retrouvent public_enemies_mann_7sans emploi. Dans ce marasme, les malfrats qui défient le système économique et la loi font figures de héros. Parmi eux, John Dillinger est présenté comme un homme astucieux, un braqueur de banque idéaliste, presque honnête dans son « métier ». Il ne tue pas, il s’entoure d’une équipe rodée de gentleman braqueur.  Et Johnny Depp convient parfaitement pour le rôle. En face de lui, Marion Cotillard joue Billie Frechette, l’amante sortie de son vestiaire par un homme impétueux qui veut tout et tout de suite. Elle est la corde sensible, l’innocence sous l’aile du braqueur, la preuve d’une réelle humanité chez le hors-la-loi. Contre eux, Christian Balle représente le chasseur, Purvis, un policier salaud qui aime à regarder la dernière lueur dans le regard agonisant des hommes qu’il tue sous le couvert de l’autorité.

Ce que présente d’emblée Michael Mann, c’est que les « bons » ne sont pas toujours du bon côté de la barrière et les méchants de l’autre. Public Enemies ne pourra pas satisfaire les fans de gangster  tout pouvoir et autre Scarface qui défient lpublic-enemies-depp-02a justice et tuent à tire-la-rigot pour montrer à quel point ils sont au-dessus des lois. L’apogée de la carrière de John Dillinger est le début du film, et l’ostentation du brigand semble un leurre auquel lui-seul croit. Certes, il a cette élégance et un esprit fin que l’on aimerait voir triompher. Il sympathise aussi le temps d’une arrestation avec les journalistes et devient l’ébauche d’une star. Mais la manière avec laquelle l’homme se fait traquer, l’étau qui se referme autour de lui, ne laissent guère d’espoir sur son succès à terme.

Comme chaque fois chez Michael Mann, (Collatéral, Ali, Miami Vice), ce qui compte ce n’est pas le rebondissement final, c’est l’ambiance qu’il crée dès le début à force de détails. Dans Public Ennemies, Johnny Depp (à son habitude) n’est plus Johnny Depp, Marion Cottillard n’est plus Marion Cottillard, et Christian Bale est l’une des pire ordures que le cinéma ait peint  avec autant d’économie. Ce que raconte le film ici, c’est la difficulté (et le risque) d’être un hors-la-loi. L’argent dit facile se gagne au prix du sang et de la vie. Et au sommet d’une carrière, ce qui suit c’est forcément la déchéance. D’ailleurs, une histoire se trame en parallèle et interfère avec la vie, et la carrière de Dillinger. Des bandits d’hier se sont recyclés dans les affaires d’aujourd’hui et font bien plus de profits que les braqueurs de banques en créant un système tentaculaire, économique, face auquel un monde corrompu ferme les yeux. La morale est simple : quitte à être un escroc, autant l’être dans une relative légalité.

Erwan Gabory

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Erwan

5 thoughts on “Public Enemies : le bien du côté du mal”

Commentaire(s)

  • pop

    visiblement ,tu as aimé le film!j’aime ça

    juin 22, 2009 at 23 h 14 min
  • Erwan

    Oui, en effet, c’est un très bon film :)

    juin 23, 2009 at 11 h 07 min
  • Tam

    Hello, Moi, j’ai adoré ce film, et je l’ai même revu, en VF et en VO .
    Mais nos avis divergent quant à sa compréhension.
    Dillinger n’a pas forcé les autorités à durcir le ton, le mouvement était déjà en marche (les ambitions de Hoover, son utilisation de la presse, … on sait ce qu’il est devenu par la suite …, le progrès des techniques, moyens de communication). Dillinger leur a servi de prétexte pour étendre l’influence des Fédéraux. Et il n’était pas le seul à cette époque.
    Visiblement, tu as aimé ce film, oui mais, avec un parti pris, celui des « gentils gangsters », blah blah blah …. peut-être poussé par la vision depuis la « lorgnette du monde contemporain » où en vouloir aux « méchantes autorités » est relativement facile. Je ne dis pas qu’ils sont parfaits dans ce film, bien au contraire, mais plutôt au même niveau que ceux de l’autre côté.
    Lorsque Nelson tire à tout va sans se soucier de qui il tue, lorsque les braqueurs prennent des otages, fréquentent des prostituées,… ils sont loin des « gentlemen braqueurs ».
    Tout comme les flics stupides et trop sûrs d’eux, l’abruti qui n’hésite pas à cogner Billie, ou celui qui torture un braqueur blessé, Hoover lui-même sont loin d’être sympathiques …
    Pour moi, ce que Mann montre avant tout (comme dans « Heat ») ce sont des hommes qui sont « humains » dans chacun des camps; ils ont chacun leurs raisons, leurs motivations,leurs failles, leurs ambitions et ils sont chacun à leur façon piégés dans le mouvement qui les mène inexorablement à la confrontation. Chacun va au bout du chemin qu’il a choisi et y perd quelque chose, certains la vie, d’autres leurs espoirs ou encore ce qui les motivait.
    Je suis d’accord avec l’analyse qui concerne le caractère de Dillinger mais lorsque tu dis que Purvis est un « flic salaud » et une « ordure », là c’est je suis désolée mais c’est carrément à côté de la plaque !!
    Lorsque Purvis voit ses hommes se faire tuer, il ne les regarde pas sadiquement mourir, lorsqu’il dit à Hoover qu’il lui faut des hommes plus entrainés sinon il ne pourra pas accomplir sa mission et renoncera à ce poste pour ne plus voir ses hommes tombés comme des mouches, je ne trouve pas qu’il y prenne du plaisir ! Dillinger lui demande même (dans la scène où ils se font face, juste séparés par des barreaux de prison) si ca l’empêche de dormir, il remue le couteau dans la plaie et insinue qu’il est plus endurci que Purvis ! Ce « flic salaud » est celui qui sort Billie de la pièce où elle se fait cogner, il montre même des réticences quand Hoover lui demande d’y aller plus fort dans les interrogatoires des familles des braqueurs et de « retirer son gant » …il ne regarde pas directement l’un de ses hommes torturer un blessé, il n’est même pas celui qui tue Dillinger à la fin !
    Mann a même précisé dans le texte à la fin du film que « Purvis renonce à sa carrière et quitte le FBI en 1936 et qu’il se suicide en 1960 ». Pour moi, c’est le comportant d’un homme qui a été jusqu’au bout de sa mission mais qui est allé trop loin ou a vu trop de choses dérangeantes pour pouvoir continuer et qui ne s’en serait jamais remis.

    juillet 22, 2009 at 21 h 26 min
  • rory

    @tan:
    j’ai fait comme toi et l’ai vu en VF et en VO .
    La 1é fois,j’ai vu Purvis comme un salaud tourmenté plein de rage mais la 2é fois(j’étais plus sensible aux détails visiblement),je me suis rendue compte qu’il était très émouvant aussi(mais il garde tout en lui),il fait des choses qui le répugnent.Je pensais déjà que Purvis était le personnage le plus intéressant la 1é fois(il évolue et pas en bien)mais pas assez exploité et je m’étonne qu’autant de monde(journalistes et spectateurs)trouvent Bale froid ou inexistant dans ce film alors qu’il est sauf ça :il est calme,intense et tourmenté.Ca a marqué mon ami aussi car il n’aime pas Bale d’habitude(pas assez sympathique et trop « étrange » pour lui:l’effet « the machinist »)et là en plus il le trouvait beau(« ce mec est fait pour les costumes et chapeau »)
    Et saches que ta théorie sur son suicide est la même qu’Alvin Purvis et Bale(d’autant plus que Hoover lui a pourri la vie à partir du décés de Dillinger)

    juillet 23, 2009 at 22 h 45 min
  • Tam

    Heureuse de voir que je ne suis pas seule !
    Moi aussi qd je revois un film, je m’attarde aux détails, tous les petits plus qui permettent de mieux comprendre l’histoire et les personnages …
    C’est vrai que je suis plutôt partiale car j’aime bien en général les films de C. Bale (quoique sauf « the machinist », aussi bien le film dérangeant que sa réalisation, on peut vouloir s’engager à fond dans un truc mais pas au point de mettre sa santé en jeu à ce point là ! [avis perso …] et « bad times » qui ne m’a pas non plus enthousiasmée ! )mais je me dit que les critiques actuelles et à-priori à son encontre sont peut-être dues à d’autres trucs que son jeu d’acteur (les stupidités qui ont eu l’air de passionner beaucoup de monde depuis quelques mois … q: ).
    Et franchement j’ai vraiment adoré ce film. De toute façon, il fallait un rôle fort pour équilibre face à celui de J. Depp. Et j’ai même trouvé le rôle de M. Cotillard intéressant alors qu’en général j’en suis pas fan !
    Par contre pour les théories sur le suicide ou ce qu’en dit Bale, là je ne suis pas trop au courant, je les ai pas encore lues ou même trouvées sur le net. Mais j’aimerais bien …

    juillet 24, 2009 at 22 h 31 min

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