Politique culturelle

Svetlana Allilouïeva, la fille de Staline disparaît à l’âge de 85 ans

Svetlana Allilouïeva, la fille de Staline disparaît à l’âge de 85 ans

01 décembre 2011 | PAR Astrig Atamian

La nouvelle révélée par le NY Times aura mis une semaine à nous parvenir : la fille de Staline s’est éteinte aux Etats-Unis le 22 novembre dernier. Celle qui avait connu une enfance choyée au Kremlin avait choisi de finir ses jours à Richmond Center, une petite ville du Wisconsin. Dans une interview qu’elle avait accordé en avril 2010 au Wisconsin State Journal, elle s’y disait heureuse et entourée et regrettait seulement la distance qui la séparait de sa fille Olga qui vivait à Portland.

Contrairement à la progéniture des dignitaires qui entouraient son père et qui se fréquente toujours, Svetlana n’a jamais fait partie de l’aristocratie soviétique qui perdure en Russie. En 1953, témoin des âpres luttes qui se livraient pour la succession de son père, elle tombe en disgrâce et son frère Vassili, considéré comme dangereux par la nouvelle équipe au pouvoir, est envoyé en prison.

Profitant d’un séjour en Inde en 1967, où elle était venue déposer dans le Gange les cendres de son compagnon Brajesh Singh, membre du PC indien, elle parvient à échapper à l’attention des agents qui la surveillent et se rue à l’ambassade américaine pour y demander l’asile politique. Sa fuite et son arrivée aux Etats-Unis font alors les gros titres dans le monde.

La même année, elle publie ses mémoires, Vingt lettres à un ami, dans lesquelles elle y décrit la brutalité de son dictateur de père, sa paranoïa, son antisémitisme. A travers les scènes de son enfance et de sa jeune vie d’adulte qu’elle donne à voir dans cet ouvrage, Svetlana, livre un portrait de Staline et de ses compagnons d’un grand intérêt. Son témoignage, qu’elle veut pourtant apolitique, vient alors confirmer les révélations du XXe Congrès.

Née le 28 février 1926, Svetlana a six ans quand sa mère, la seconde épouse de Staline, Nadiejda Allilouïeva se suicide en rentrant de la soirée qui était organisée à l’occasion des quinze ans de la Révolution.

Svetlana devient alors l’unique objet de l’affection de son père mais la liaison qu’elle noue pendant la guerre avec Alexeï Kapler, un auteur et réalisateur juif de 40 ans, fait perdre à l’enfant chérie cette relation privilégiée. Celle que son père considère désormais comme « la petite idiote » fait alors l’expérience de la cruauté de celui qui n’hésite pas à envoyer l’objet de l’amour de sa fille au goulag.

L’année suivante quand Svetlana décide d’épouser Grigori Morozov, juif également, Staline impose comme condition de ne jamais avoir à le rencontrer et lance à sa fille « les sionistes t’ont prise dans leurs filets ! ». Elle aura de ce premier mariage un enfant, Joseph en 1945 avant de divorcer puis d’épouser en 1949 le fils d’Andrei Jdanov, Youri, avec qui elle aura une fille, Katia, en 1950.

Ce sont eux qu’elle laisse derrière elle en 1967 et qu’elle ne verra plus avant 1984, date à laquelle elle tente de se réinstaller en URSS avant de solliciter de Gorbatchev, deux ans plus tard, l’autorisation de requitter le territoire soviétique. Aux Etats-Unis, Svetlana tente de tirer un trait sur son passé. Elle épouse en 1970, William Peters, un architecte disciple de Franck Lloyd Wright qu’elle rencontre par l’intermédiaire de la veuve de celui-ci, une russe prénommée Olga. Svetlana Stalina qui avait décidé de porter le nom de sa mère, Allilouïeva, à la mort de Staline devient dès lors Lana Peters.

Mais son mariage bat rapidement de l’aile et elle divorce peu après la naissance de leur fille Olga. Perdant non moins rapidement la fortune que lui avait rapporté ses écrits, elle mènera dès lors une existence très modeste.

Svetlana aura malgré tout réussi à échapper aux tragiques destins que connurent ses frères. Le sien fut plutôt romanesque. Comme elle aimait le répéter : « Où que j’aille, ici, en Suisse, en Inde où ailleurs, en Australie ou sur une île, je resterai toujours prisonnière du nom de mon père ».

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Astrig Atamian

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