Politique culturelle

Sida: parlons politique

01 décembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Gauthier Caron-Thibault est né en 1981, comme le virus. Il est conseiller de Paris,  adjoint au maire du 3e arrondissement, secrétaire adjoint d’Elu-e-s Locaux Contre le Sida, membre du conseil d’administration du CRIPS,  le Centre régional d’ Information  et de Prévention du Sida.

Quelle est la place d’un élu dans la lutte contre le Sida ?

Plusieurs.  Celle de soutenir les actions de prévention, de recherche, d’accompagnement des personnes porteuses du virus. J’ajouterai surtout une forme de ministère de la parole  : le fait de parler de cette situation, de ce virus, continuer à expliquer que c’est une question publique et même de solidarité au niveau international. Même si on n’est pas porteur, même si on ne connait personne qui est porteur de ce virus, il est quand même important d’être au courant et d’en faire un enjeu politique de premier plan puisque derrière la question du sida, il y a aussi des questions de financements. C’est à partir du moment où toute une population est au courant de ce problème que l’on peut continuer à faire pression sur les gouvernements, peu importe leur couleur politique pour obtenir suffisamment de budgets pour qu’il y ait une véritable politique publique  globale de lutte contre le VIH.

Concrètement, à votre  niveau d’élu parisien ?
Au niveau de la ville de Paris, cela passe par des subventions à divers programmes que ce soit au niveau international, national ou au niveau parisien. Au niveau international, la ville de Paris dans le cadre de sa politique de solidarité aide beaucoup de projets : transferts de compétence, financement de mobilisation sur place pour pouvoir entourer, accompagner les malades du VIH ou aussi aussi l’accès aux soins, l’envoi de médicaments sur place et l’organisation de leur distribution. La Ville de Paris affiche tous les ans un soutien déterminant à cette lutte dans le cadre des subventions que nous versons. Cela peut être aussi un soutien à des actions au niveau de Paris. En plus de bon nombres de subventions à des associations, la dernière action de santé publique dont je suis particulièrement fier est l’ouverture d’un centre de dépistage rapide, le Check Point,géré par l’association Le Kiosque Infos Sida , à l’attention des « HSH », hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. En très peu de temps, un résultat fiable est donné dans un processus médical mais aussi un début  d’accompagnement si une séropositivité doit être annoncée. C’est la Ville de Paris qui en est à l’initiative et qui a permis d’importer cette technique qui existe aux USA et dans d’autres pays depuis longtemps.

La ville intervient aussi en apportant un soutien financier à plusieurs associations de lutte contre le sida, en matière de prévention ou que ce soit en matière d’accompagnement social ou humain comme le font Les Petits Bonheurs dont je suis parrain.
Pourquoi ces check point sont ils à l’attention des hommes ?


Parce que aujourd’hui si on estime qu’il faut continuer à faire une campagne de prévention de masse comme si le sida était toujours une épidémie de masse, on se tromperait, ce qui ne veut pas dire que nous devons abandonner tout message de prévention ! Mais le VIH est en recrudescence sur 2 types de population, les migrantes féminines et les gays. Aujourd’hui si jamais on veut utiliser au mieux les fonds publics, avoir une action publique la plus efficace, il faut l’orienter un maximum vers ces deux populations en plus du rappel constant pour le reste de la société. De plus, l’intérêt de ces check point est de rendre « facile » le dépistage. Une fois dépisté, un porteur peut alors au plus vite être mis sous traitement. Et on connaît l’impact d’une mise sous traitement rapide : meilleurs effets des trithérapies, donc diminution très forte de la charge virale ce qui permet de limiter, non pas d’éviter, les risques de transmission. A long terme, l’effet est donc très important sur l’épidémie du Sida. C’est ce vers quoi nous devons aussi aller dans les pays qui souffrent le plus de cette épidémie.
Vous êtes élu à la mairie du 3e arrondissement. Comment la journée du 1er décembre va s’y organiser ?


Ce que si passe à la mairie concernant cette journée est relayé par l’élu à la santé, Denis Murat, et celle en charge de la lutte contre les discriminations, Flora Bolter.

Il va d’abord y avoir la projection en public du film Good Bye Sida diffusé la veille sur Arte. Ce film montre la réalité du VIH aujourd’hui. Ce sont des gens qui vivent avec le VIH, qui vivent avec un traitement, qui vivent avec des effets secondaires, plus ou moins forts, qu’ils soient sociaux ou médicaux. Ce sont des gens qui vivent tout simplement dans la société et qui n’ont plus la mort comme finalité proche, contrairement à il y a encore 20 ans.

Ce film montre leur vécu avec leur séropositivité : une personne de 50 ans, un jeune gay, un jeune père, une personne contaminée depuis un peu moins de 30 ans,… Ce sont diverses facettes qui sont montrées : le regard des autres, l’annonce, la vie après plusieurs années de traitement, une séropositivité dans un milieu très loin d’y songer. Il brise des idées-reçues : non le sida ne concerne pas que les gays, oui, on peut être encore en vie et avoir des envies de vie, oui la recherche évolue,…  Le fait de le montrer en mairie, à un grand public, cela permettra, nous l’espérons, de porter le message auprès d’une large population.
Nous allons accueillir également une chorale , Equivoxe qui va faire un concert avec des fond reversés à Basiliade, une association du 3e arrondissement qui fait de l’accompagnement psycho-social et de l’insertion professionnelle pour les personnes séropositives. Basiliade gère aussi un bon nombre d’appartements de coordination thérapeutique (ACT), ce qui permet à des séropositifs en condition précaire de retrouver un logement stable et sain pour pouvoir (re)commencer l’observance d’un traitement.
Une journée comme le 1er décembre permet de mettre au cœur de l’espace public un sujet qui est confiné à l’année dans des milieux bien spécialisés ou que la presse traite comme des marronniers

Vous avez mentionné l’association les petits bonheurs, voulez vous en parler?

C’est une association composée de bénévoles qui font de l’accompagnement humain, à mi chemin entre le médical et le social, auprès de personnes qui sont séropositives et qui souffrent d’exclusion ou de désocialisation. Des personnes qui sont atteintes par le Vih depuis plus 20 ans et qui prennent des traitements depuis autant de temps, d’autres très jeunes qui n’arrivent pas à le gérerCette association aide les personne à redynamiser leur quotidien et leur permet d’organiser leur vieen dehors du virus. « Les Petits Bonheurs » tentent de redonner gout à la vie à des personnes qui, pour certains, ne pensaient pas passer l’an 2000.
Les bénévoles de cette association accompagnent ces personnes et montent ensemble des petits projets en se mettant à leur écoute et en faisant émerger leurs envies. Les résultats sont juste formidables et sortent de l’aspect clinique, médical ou administratif du traitement du VIH.
Gauthier Caron Thibaut, vous êtes né l’année de découverte du virus. En tant qu’élu que signifie avoir l’âge du virus ?

J’ai l’âge d’un virus que la politique ne réussit pas à combattre efficacement, c’est cela qui me pose le plus problème alors que nous le pouvons. Le gouvernement diminue tous les ans les subventions qui sont allouées à lutte contre sida. Etre né en 1981 et vivre encore avec un gouvernement qui n’assume pas cette lutte publique, vivre au milieu de pays qui assument plus ou moins la solidarité internationale pour permettre à l’Afrique d’avoir accès aux traitements et donc limiter au niveau mondial la pandémie du sida,tout cela me désole. Quand on est élu, quelque soit l’âge, on a son mot à dire sur une épidémie dont on sait très bien qu’avec un petit peu de volonté politique et des choix budgétaires plus intelligents, on peut réussir à l’enrayer . Ne pas oublier une chose : 5 morts chaque minute à cause du VIH. Un peu aussi à cause des choix des gouvernants.

Mairie du 3e-2 Rue Eugène Spuller-75003 Paris-01 53 01 75 61

Les Petits Bonheurshttp://associationlespetitsbonheurs.org/

Le Check Point du Kiosque – http://www.lekiosque.org/accueil.php

 

Sontag et Velasco, deux auteurs face au Sida
Sida: où se faire dépister à Paris
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “Sida: parlons politique”

Commentaire(s)

  • metrolecteur

    Intéressant ! J’ajouterais qu’aucun des présidentiables de gauche ne parle de la lutte contre le sida comme d’un élèment de sa futur politique. 2012 est aussi un rdv pour cette question.

    décembre 1, 2010 at 9 h 32 min
  • Aline

    Bravo!

    décembre 1, 2010 at 18 h 04 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *