Politique culturelle
Rideau pour le New-York City Opera

Rideau pour le New-York City Opera

07 octobre 2013 | PAR La Rédaction

 

Après 70 saisons au service des mélomanes new-yorkais et internationaux, la compagnie a annoncé mardi 1er octobre qu’elle déposait le bilan. Avec l’institution frappée par la crise, c’est une part de l’histoire de la ville qui disparaît.

Sept millions de dollars (soit environ 5 millions d’euros) : c’est la somme qu’il fallait au New-York City Opera pour éviter faillite et fermeture définitive. Les fonds levés n’ayant pas même atteint la moitié, George Steel, le directeur général et artistique de la compagnie, a annoncé par mail à ses abonnés que la direction de la compagnie entamait « les étapes pratiques et financières nécessaires à la fin de ses activités », rapporte le New-York Times. Même le maire Michael R. Bloomberg, pourtant milliardaire et ancien soutien de la troupe, a déclaré que ni lui ni la ville n’apporteraient leur aide. « Leur modèle de gestion n’a pas l’air de fonctionner », a-t-il commenté. Résultat : la saison s’est achevée samedi 28 septembre avec la représentation d’Anna Nicole, un opéra de Mark-Anthony Turnage, à l’Académie de musique de Brooklyn. Auraient dû suivre Endymion de Jean-Chrétien Bach, Le château de Barbe-Bleue de Bartók, et Les Noces de Figaro de Mozart.

L’histoire a commencé en 1944 avec une ambition artistique à la fois exigeante et populaire. Fiorello H. La Guardia, alors maire de New-York, souhaite offrir à ses habitants « un divertissement culturel à des prix accessibles à tous ». Une idée restée au cœur de l’identité de la troupe, dont le programme d’éducation 2012-2013 a pris en charge 3000 élèves, à travers 20 écoles de la ville et sa banlieue. George Steel a d’ailleurs tenu à remercier ses abonnés pour avoir fait du New-York City Opera « véritablement ‘l’opéra du peuple’ ».

La maison est une pépinière de jeunes artistes et peut s’enorgueillir d’avoir permis les débuts de Joyce DiDonato, Renée Flemming, Samuel Ramey, Beverly Sills… Au faîte de sa gloire, la compagnie propose une quinzaine de productions par saison, avec une moyenne de 130 représentations, quand le rythme est désormais depuis trois ans réduit à quatre opéras. Sans parler d’une équipe limitée à 25 personnes, de dotations fondant de 48 à 5,07 millions de dollars entre 2008 et 2012, de la vente de tous les décors et costumes de scène…

La déception et la colère côtoient à présent les souvenirs. Tino Gagliardi, représentant des musiciens de l’orchestre, accuse la direction de « décisions inconsidérées », suite au déménagement de la troupe hors du Lincoln Center en 2011, et à « l’abandon d’un répertoire abordable ». Un « manque de vision » qui a conduit l’institution à la « ruine », déplore-t-il, cité par CBS News. La débâcle financière et les tensions n’ont cependant pas éteint le désir de musiciens qui espèrent continuer à « travailler ensemble comme un orchestre soudé, si l’occasion se présente ».

Quant aux chanteurs, artistes et abonnés qui ont partagé les planches du New-York City Opera, c’est à qui regrettera le plus. Recueillis par le New-York Times, les témoignages vont du « cœur brisé » aux « souvenirs indélébiles » en passant par « l’honneur de chanter avec ‘l’opéra du peuple’ ». Un jour reste particulièrement dans les mémoires : ce dimanche de rentrée 2001, une semaine après les attaques du 11 septembre. Chanteurs, musiciens et techniciens se joignent au public pour entamer l’hymne national américain.

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Sur Twitter, on se demande pourquoi, au « pays des milliardaires », personne ne peut sauver « ce temple de l’art pour une poignée de cacahuètes ».

La « vitalité à toute épreuve de New-York » louée par un lecteur attristé du New-York Times en prend aujourd’hui un coup.

Victorine de Oliveira.

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