Politique culturelle
« Programmation trop juive » : Le renvoi polémique de la directrice culturelle Katarzyna Wielga-Skolimowska

« Programmation trop juive » : Le renvoi polémique de la directrice culturelle Katarzyna Wielga-Skolimowska

14 décembre 2016 | PAR Joanna Wadel

C’est une affaire qui démontre que même au sein des institutions culturelles européennes, nous ne sommes pas à l’abris de voir surgir des pointes d’antisémitisme. La directrice de l’Institut de la culture Polonaise de la ville de Berlin, Katarzyna Wielga-Skolimowska, aurait été démise de ses fonctions par le gouvernement polonais la semaine dernière pour avoir donné la primauté dans sa programmation à « trop de contenu à thématique juive ». Une plainte formulée par l’ambassadeur de Pologne en personne, Andrzej Przylebski. Ce que dément l’ambassade.

 

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La directrice Katarzyna Wielga-Skolimowska à l’Institut Polonais de Berlin

Deux sons de cloche

Selon le porte-parole de l’institut Marcin Zastrozny, madame Wielga-Skolimowska, sous contrat jusqu’à 2017, aurait été renvoyée « immédiatement », sans plus de ménagement. L’ambassade de Pologne berlinoise nie fermement les faits selon lesquels la directrice aurait été renvoyée pour avoir mis l’accent sur des thèmes dits juifs dans sa programmation. Ce n’est pourtant pas ce qu’écrivait Andrzej Przylebski dans un document daté du 17 octobre dernier et ressorti par le quotidien de gauche TAZ. Dans ce discours, Przylebski exprime toute son opposition à la programmation de l’institut, estimant que ce sont bien des thèmes juifs-Polonais qui sont mis en valeur dans ces œuvres et que l’Allemagne « N’a pas à assumer un rôle de médiateur à cet égard », il ajoute d’ailleurs que le gouvernement polonais « doit s’y opposer ». En profond désaccord avec les projets de Katarzyna Wielga-Skolimowska, il suggère ensuite de remplacer les invités de l’institut, beaucoup d’artistes d’avant-garde, par des auteurs et éditeurs de « prose historique » qu’il juge plus à même de représenter la Pologne que des « musiciens et plasticiens ». Ce qui diffuserait davantage la vision de « la mémoire et de l’héroïsme Polonais » que partage le gouvernement.

Vers une réécriture inquiétante de l’Histoire Polonaise ?

Cette polémique est révélatrice de la volonté du gouvernement polonais en place, très conservateur, de revisiter le mythe national en réécrivant quelques peu l’Histoire. Dans cette optique, la part des juifs-Polonais massivement déportés et exterminés dans les camps du pays durant la seconde guerre mondiale ferait tâche. Ainsi, depuis plusieurs années, l’Etat Polonais tenterait de promouvoir une vision orientée aux accents nationalistes de la culture et de l’Histoire polonaise faisant passer au second plan les juifs-polonais. En témoigne la déclaration de Jaroslaw Sellin, secrétaire d’Etat au ministère de la Culture et du Patrimoine polonais en janvier dernier : « la politique historique doit être offensive et forcer le monde à penser et à respecter les Polonais ».

Une lettre ouverte de soutien

Une lettre de soutien a été rédigée par la directrice du musée juif de Berlin, Cilly Kugelmann et signée par de nombreuses personnalités du monde de l’art contemporain allemand, dont Thomas Köhler, directeur du musée Berlinische Galerie qui exprime publiquement son fidèle soutien à sa collègue qu’il estime victime d’une décision « injuste et autoritaire », jugeant son travail « intéressant et contemporain ». Ce dernier se dit inquiet quant aux décisions du gouvernement qui le préoccupent : « Le pays était sur la bonne voie, mais aujourd’hui, il se détourne de l’Europe, s’isole en suivant des politiciens populistes et agit de manière antidémocratique. » ajoute-t-il.

L’ambassade s’explique

L’attaché de presse de l’ambassade polonaise de Berlin, Jacek Biegala, a précisé la position de l’institution quant aux véritables raisons qui ont abouties au renvoi de Wielga-Skolimowska : « Le dialogue interculturel fait partie de nos priorités et les relations entre la Pologne et la communauté juive en sont une partie importante. Nous voulons évoquer ce sujet dans une perspective plus large, dont certains aspects sont peut-être moins connus du grand public. ». A l’entendre, il s’agirait donc d’un simple désaccord de visions.

Visuel : © Polish Institute Berlin

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Joanna Wadel

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