Politique culturelle
Pierre Thys : « La danse est profondément inscrite dans mon ADN »

Pierre Thys : « La danse est profondément inscrite dans mon ADN »

27 mai 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est au cœur du Kunstenfestivaldesarts que Pierre Thys, actuel directeur adjoint du Théâtre de Liège a appris qu’il prendrait la saison prochaine la direction du Théâtre National à Bruxelles, il succède à Fabrice Murgia. Rencontre

Vous êtes heureux évidemment mais êtes vous surpris de cette nomination ?

Je suis en effet très heureux, oui il y a toujours de la surprise, après j’ai beaucoup travaillé à cette candidature, mon parcours professionnel en Belgique francophone et en France (plus de 8 ans au Ballet National de Marseille) m’a permis d’acquérir une expérience solide et une très bonne connaissance du secteur des arts de la scène et de l’institution culturelle, je pense que c’était aussi le moment pour moi de me lancer et d’asseoir ma légitimité à diriger une grande maison comme le Théâtre National Wallonie-Bruxelles.

Quel est votre bilan au Théâtre de Liege, qu’avez vous apporté que souhaitez vous embarquer à Bruxelles ?

J’y ai surtout acquis une expérience en terme de compétences managériales et affiné, précisé mon regard en matière de programmation, pour le Théâtre comme pour la Danse, et celui que je porte sur la création contemporaine. Liège n’est pas Bruxelles, Bruxelles n’est pas Liège, les 2 maisons ne sont pas de même envergure, mon projet pour le Théâtre National Wallonie-Bruxelles sera très singulier. Votre collègue belge Marie Baudet, journaliste à la Libre Belgique, titrait le papier consacré à ma nomination comme suit: « L’éloge de la transversalité », c’est très juste par rapport à ce que je veux mettre en place en terme de programmation et ça définit fort bien l’axe central de mon projet.

Vous succédez à un artiste pour le coup très connu des Français, Fabrice Murgia. : que garderez vous de son mandat ?

Un travail colossal dans la refonte qu’il a fait de l’institution, en parallèle au développement de son travail d’artiste, ses spectacles hyper-sensoriels et technologiques à la fois m’intéressent beaucoup. Il gardera une place de premier choix dans la programmation. Même si j’envisage d’apporter des changements dans les axes de programmation, d’innover, j’aime aussi construire un nouveau projet dans une certaine continuité et préserver les acquis d’excellence de la maison.

Le public français vous connait moins car vous n’êtes pas artiste (ou alors pas encore!) pourtant vous avez fait beaucoup pour la danse contemporaine en France, racontez nous cela

En effet, je ne suis pas artiste, j’ai le profil d’un programmateur, d’un intendant. Oui, la danse est profondément inscrite dans mon ADN, 8 ans dans un CCN ce n’est pas rien, et ma présence aux côtés de Frédéric Flamand quand il était – en parallèle à son activité à Marseille – directeur artistique au Festival de Danse de Cannes m’a beaucoup appris et a sans aucun doute enrichi mon carnet d’adresses, mes réseaux en France. Les près de 10 ans passés au Théâtre de Liège, scène résolument pluridisciplinaire, ont aussi renforcé ma connaissance du théâtre ; j’aime profondément le texte mais le théâtre de corps aussi! C’est vrai que la danse occupera sans doute une place plus prégnante dans la programmation et dans l’escarcelle de production et de diffusion du Théâtre National. J’aimerais par exemple ré-introduire sur la place de Bruxelles « les grands ballets de répertoires contemporain & classique, totalement disparus de la scène bruxelloise alors qu’ils emballent le public (un très large public) dans les grandes capitales européennes. Je consacrerai bien évidemment une fenêtre sur la création chorégraphique belge francophone. Il y a une citation de Louis Jouvet qui me plaît particulièrement : dans le Théâtre tout est suspect, sauf le corps … », elle m’amuse et en même temps est très révélatrice de ma pensée et du regard transversal que je porte sur l’art vivant aujourd’hui.

La presse belge écrit « Il a soumis un projet insistant sur «un théâtre en mutation ». Pouvez vous expliquer ce que cela veut dire ?

Oui, la crise que nous avons traversée nous invite, qu’on le veuille ou non, à revoir nos pratiques, notre organisation du travail; la période qui se profile est une transition, un chemin complexe qui amènera certainement à des mutations, vers, par exemple, une institution plus durable dans laquelle il va falloir – Il est temps d’ailleurs – maîtriser nos impacts et consommations, sans pour autant transiger la qualité et le confort de travail, ça ne sera pas simple mais le challenge est excitant. Comment par exemple maîtriser l’impact carbone des voyages et continuer à faire découvrir au public les territoires de créations & les artistes d’autres continents … ce que je continuerai à faire, c’est une évidence, mais différemment, en optimisant les tournées des cies internationales par la mise en place de co-accueils avec des opérateurs culturels belges évidemment mais aussi des pays limitrophes.

Visuel : PierreThys©Theatre National Wallonie-Bruxelles

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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