Politique culturelle
Pass culture : relancer le secteur culturel avec la jeunesse ?

Pass culture : relancer le secteur culturel avec la jeunesse ?

08 juin 2022 | PAR Capucine De Montaudry

Ce mois-ci, le Pass culture fête le premier anniversaire de sa généralisation. L’objectif de l’application :  favoriser la pratique culturelle des jeunes, dans la perspective de former des citoyens. Sa fécondité suscite de nombreux doutes, ainsi que des critiques sur le consumérisme qu’il reflète. Néanmoins, son projet de stimuler les pratiques culturelles des jeunes rencontre un grand succès. 

Le Pass aujourd’hui

Le Pass culture a été mis en place à partir de 2019 pour favoriser l’accès des personnes de 18 ans à la culture. Il s’agit avant tout d’un budget (500€ par jeune de 18 ans, à savoir environ 800 000 personnes), utilisable sur vingt-quatre mois. Cette somme se présente sous forme d’un crédit. Pour l’utiliser, il faut se créer un compte sur l’application Pass culture, via laquelle les utilisateurs peuvent faire des achats. L’offre est géolocalisée : l’application propose par exemple des librairies locales, ou des événements culturels à proximité du lieu de résidence. Aujourd’hui 15 000 établissement proposent des offres par ce relais. 

En 2022, le Pass culture coûte en tout 250 millions d’euros. Cette somme semble dérisoire à côté des 11 milliards d’euros consacrés au plan de relance de la culture depuis 2021. Elle représente 199 millions investis par le Ministère de la Culture, 45 millions par celui de l’Éducation Nationale, des crédits ajoutés par les Ministères de l’Agriculture, de l’Armée et de la Défense ; enfin 8 millions de contribution des acteurs. La plus grande part du budget finance le remboursement du Pass, mais 6% sont consacrés à son fonctionnement et 4% à l’investissement. Tout est géré par une SAS, une société par actions simplifiées. C’est une société qui relève du droit privé mais dont les actionnaires sont publics — ici le Ministère de la Culture et ses ministères partenaires. 

Depuis le mois de janvier, l’accès aux 500€ se répartit dans le temps. En effet, l’extension du pass aux 15-17 ans implique une diminution du budget des 18 ans. Ainsi, chaque jeune reçoit 20€ l’année de ses 15 ans, puis 30€ l’année de ses 16 ans et la même somme l’année de ses 17 ans. À 18 ans, il reçoit finalement 300€. Par ailleurs, les établissements scolaires bénéficient également d’une somme par élève pour financer des sorties culturelles ou des interventions. 

Des résultats biaisés

Les premiers résultats de cette mesure laissent cependant les acteurs mitigés. En effet, 56% des dépenses concernent des livres, pour un tiers des mangas. Or il convient de rappeler que le pass a été mis en place en pleine pandémie, qui limitait les rassemblements culturels. Aujourd’hui les pratiques se développent dans le domaine du cinéma, plus timidement dans les festivals, les théâtres, les opéras et les salles de concert. 

Par ailleurs, les bénéficiaires n’utilisent jamais les sommes dans leur totalité. C’est pour cette raison que le gouvernement décide de répartir ce budget dans le temps. 

La troisième critique porte sur l’échec relatif des rencontres que le Pass voulait susciter. De nouveau le contexte biaise les résultats. Or les rectifications appliquées depuis janvier répondent également à ce problème. Le budget est en effet divisé en une part individuelle et une part collective. Ainsi, en plus de la somme personnelle, chaque élève bénéficie d’un certain montant en fonction de son niveau. Il s’agit d’un budget donné aux collèges et aux lycées pour profiter des offres faites aux groupes scolaires. Les classes peuvent donc effectuer des visites, se rendre à des activités ou encore accueillir des intervenants. En moyenne, cela représente 800€ par classe par an. Depuis janvier, déjà 30% des établissement ont mis en place des activités culturelles grâce au Pass culture. Mais les véritables résultats sont attendus avec la rentrée scolaire de septembre. 

L’objectif est de créer différentes synergies en faveur de la pratique culturelle. De ce fait, cinquante jeunes ont pu assister Festival de Cannes grâce au programme « 3 jours à Cannes ». Ils ont obtenu leurs invitations suite à des jeux concours, des lettres de motivations, ou des accréditation presse pour relayer l’événement sur les réseaux sociaux. Au cours de l’événement, plusieurs bénéficiaires du pass ont monté les marches avec Rima Abdul Malak, l’actuelle ministre de la Culture. D’autres ont rencontré des acteurs. 

De même, le Festival d’Avignon, qui se déroulera du 7 au 26 juillet, présente des offres en partenariat avec le Pass Culture. Les jeunes concernés pourront ainsi bénéficier de tarifs préférentiels sur une sélection de spectacles et d’artiste. Deux temps de rencontre auront également lieu avec Yann Martens et Simon Falguières. Enfin, le festival propose des offres de médiation avec un programme Jeunes reporters à la semaine. 

« C’est un outil qui vise à stimuler la demande, alors que d’habitude la politique culturelle vise à créer de l’offre »

En 2019, Éric Garandeau, alors directeur du Pass culture, est clair sur ses objectifs. Il souhaite mettre en place un modèle économique spécifique aux besoins de la culture et des jeunes. En effet, la multiplication des offres culturelles dessert financièrement le secteur et n’a pas l’effet escompté. Encourager les jeunes à intensifier leur pratique culturelle, c’est donc avant tout les informer sur les biens disponibles à proximité. C’est pourquoi l’application fournit un service géolocalisé. Ce modèle implique également un algorithme spécifique. Il s’agit d’orienter la pratique culturelle vers sa diversification sans pour autant proposer une activité qui n’a rien en commun avec les goûts de l’utilisateur. Un subtil équilibre informatique à trouver donc. 

Tout le sens de cette mesure semble le décloisonnement des pratiques culturelles. En effet, la sensibilisation des utilisateurs du Pass à l’offre culturelle de proximité franchit de potentielles barrières mentales, tout en effaçant les contraintes financières. Pour l’instant, l’application compte 1 777 578 utilisateurs, soit deux fois plus qu’en décembre 2021. Il demeure cependant faible au regard du nombre de jeunes ayant accès au Pass. Mais les nouvelles mesures ont été mises en place il y a à peine quelques mois.

Sébastien Cavalier, actuel directeur du Pass culture, nous explique par téléphone que « le relais auprès des jeunes passe notamment par 450 ambassadeurs sélectionnés sur 3000 candidats. Leur rôle est de faire la promotion du pass dans les 21 villes qu’ils couvrent ». Il compte beaucoup sur « les réseaux sociaux par lesquels les bénéficiaires du pass relaient de leur propre initiative les événements auxquels ils ont pu assister ». Aujourd’hui, ses projets comprennent l’extension du pass à tous les collégiens. Il envisage également « la possibilité de recharger le pass à l’aide d’un investissement personnel. »

Le Pass culture comprend actuellement 1,9 millions de jeunes bénéficiaires, 10 millions de réservations d’offres culturelles et 14 000 structures concernées avec 30 millions d’offres actives. L’évolution reste à suivre, notamment sur l’équilibre entre les différentes formes d’art. 

Visuel : logo de l’application Pass culture (CC). 

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Capucine De Montaudry

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