Politique culturelle

Niko Melissano, chef du service de la communication numérique du Louvre : « il n’y a pas pour nous d’opposition entre la visite physique et la visite « virtuelle » du Louvre »

Niko Melissano, chef du service de la communication numérique du Louvre : « il n’y a pas pour nous d’opposition entre la visite physique et la visite « virtuelle » du Louvre »

06 février 2019 | PAR Emilie Zana

Toucher un nouveau public via Youtube, la plateforme de vidéos, c’est l’ambition du musée du Louvre qui collabore depuis 2016 avec des jeunes vidéastes français et étrangers. Stratégie de communication en phase avec son temps, cette collaboration permet de faciliter l’accès à la culture, surtout pour les jeunes. Niko Melissano, chef du service de la communication numérique, a répondu à nos questions à ce sujet, ainsi que sur les projets du musée à l’avenir.

Le site internet Youtube permet à de nombreux créateurs de publier des vidéos au contenu varié et de qualité. En témoignent les nombreuses chaînes Youtube qui éclosent, vulgarisant notamment les sciences et les arts. Cette plateforme infinie mais surtout accessible à tous ceux munis d’une connexion internet est donc un réel enjeu pour le musée du Louvre, qui est actif sur les réseaux sociaux depuis 2009 et qui fait déjà « entrer le Louvre dans le quotidien des internautes » peut-on lire sur l’espace presse du musée. Ainsi depuis février 2016 le Louvre collabore avec plusieurs jeunes vidéastes. Le musée leur donne carte blanche et des vidéos ont été réalisées et publiées sur le compte Youtube du musée ainsi que sur la chaîne personnelle du Youtuber

Et pour la suite ?

« Après le vif succès des premiers films du Louvre avec les youtubeurs Nota Bene, Axolot et Le Fossoyeur de Films début 2016, le musée continue à donner carte blanche à d’autres vidéastes. Depuis l’année dernière, dans le cadre de notre plan annuel de communication numérique, nous planifions désormais deux collaborations avec des YouTubeurs par an. » Pour l’année 2019, « le choix des deux vidéastes est encore en cours. Nous aimerions collaborer avec au moins un YouTubeur étranger. »

Quelques exemples de collaboration

En 2017, le vidéaste de la chaîne Youtube DirtyBiology proposait par exemple une vidéo à propos de l’existence de la beauté absolue du point de vue de la biologie – un de ses domaines de prédilection – mais aussi du point de vue de l’histoire grâce à la youtubeuse qui l’accompagne Manon Bril / C’est une autre histoire, docteur en histoire contemporaine qui « parle d’histoire autrement » sur sa chaîne Youtube.

L’année dernière, la youtubeuse Charlie Danger / Les Revues du Monde proposait quant à elle un « tuto antique » au cours duquel elle explique de manière ludique comment recréer une momie. 

Les vidéos sont de qualité tant sur la forme que sur le fond, avec une touche humoristique et la « patte » du vidéaste. Ces collaborations peuvent ainsi permettre la mise en lumière de certains vidéastes parmi le flot continuel de créateurs sur Youtube pour qui il est difficile de se démarquer.

L’objectif de ces rendez-vous ?

« Toucher un nouveau public, curieux et pas nécessairement amateur d’histoire de l’art. » grâce à  » un regard différent sur le Louvre, ses œuvres, son histoire et son imaginaire. ».

Comment choisissez-vous les Youtubers et quels sont les retours ?

« Nous recherchons des Youtubeurs qui soient des futurs ambassadeurs du musée, pour attirer d’autres publics. Nous les invitons parfois à des rencontres lors de séminaires ou conférences. Leurs vidéos suscitent encore plus d’interactions que nos vidéos les plus classiques.

Nous recevons beaucoup de commentaires positifs de nos followers sur ces collaborations sur YouTube, Facebook, Instagram et Twitter. La presse et nos collègues des autres institutions culturelles nous donnent des feedback très positifs. »

Pouvez-vous mesurer l’impact de ces collaborations sur les visiteurs du musée dans la réalité ?

Si on ne peut mesurer « l’impact des réseaux sociaux sur la fréquentation du musée (…) le musée du Louvre a accueilli 10,2 millions de visiteurs en 2018, dont la moitié avait moins de 30 ans. Sans doute la forte présence du Louvre sur les réseaux sociaux participe-t-elle de ce succès. Ce qui est important, c’est qu’il n’y a pas pour nous d’opposition entre la visite physique et la visite « virtuelle » du Louvre. Les réseaux sociaux nourrissent le désir de visiter le Louvre et permettent aux visiteurs de rester en contact avec le musée après leur visite. »

Avez-vous d’autres idées pour attirer les jeunes ? 

« Notre compte Instagram est en pleine croissance, sans doute grâce à la qualité des contenus que nous y postons. Nous réalisons par exemple régulièrement des stories pour faire découvrir les coulisses des expositions ou des événements. Cette année nous aimerions développer une série de feuilletons sonores, des podcasts avec des thèmes originaux à diffuser via les plateformes les plus utilisées comme SoundCloud, Spotify, Deezer, Itunes… » 

Allez-vous dans le futur travailler avec des influençeurs dans le cadre du Pass Culture, pour attirer les jeunes de 18 ans ?

« Oui, sans doute avec des instagramers et blogueurs en lien avec d’autres institutions et partenaires. Nous pourrons créer un événement IRL ad hoc pour les rencontrer au musée. Laissez-nous le temps de brainstormer, l’année vient de commencer ! »

Démocratiser la culture via Youtube est donc un projet qui vise essentiellement les jeunes, friands consommateurs de cette plateforme, et on ne peut que féliciter le musée de faciliter l’accès des jeunes à la culture au moment où le Pass Culture (mesure du gouvernement censée contrer la désertification des espaces culturels par les jeunes en leur octroyant un crédit de 500€) est en phase de test dans quelques départements depuis le début du mois. L’année vient de commencer, mais elle promet d’intéressants projets dans l’avenir.

Retrouvez ici la playlist Youtube « Le Louvre invite les YouTubeurs » regroupant les 24 vidéos réalisées avec eux de 2016 à 2018. 

Chiffres clés du Musée :

– 337 vidéos sur la chaine YouTube du musée du Louvre
– déjà 24 vidéos réalisées par 12 YouTubeurs – près de 2,9 millions de vues depuis février 2016
– plus de 34 000 abonnés à la chaîne YouTube du Louvre (5 000 abonnés avant le lancement de l’opération « Le Louvre invite les YouTubeurs » en février 2016)
– 7 millions d’abonnés aux 15 réseaux sociaux du musée du Louvre

Visuel : ©CC et logo

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