Politique culturelle
L’université de Tours censure le « Concert solo » de Laurent Couson

L’université de Tours censure le « Concert solo » de Laurent Couson

14 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’année 2011 aura été celle de la censure ou plus justement de la tentative de celle-ci. On aura vu le Piss-christ de Serrano saccagé, le Théâtre de la ville envahi par des catholiques intégristes contre « Sul concetto di volto nel figlio di Dio », et le 8 décembre dernier, le Théâtre du Rond Point avait des allures d’aéroport. Mais, l’art a toujours gagné. La photographie a été retirée et exposée, gardés au chaud par les CRS, les spectacles ont joué. Cette fois-ci, le ton monte d’un cran car l’attaque vient d’un lieu symbole de la liberté intellectuelle : L’université de Tours a demandé au musicien Laurent Couson d’alléger son spectacle de deux textes jugés non recevables.

Le concert est conçu comme un spectacle, «c’est ici que tout commence puisque le décor est là ». Il nous dresse un tableau des femmes qui l’ont marqué : la passionnée, la prostituée, la femme fatale….de ces rencontres, il n’est pas sorti indemne. Pour se protéger, il entre en guerre et séduit à tout rompre. « Je quitte l’amour et je repars au combat » est son crédo. Il avoue mentir pour les mettre dans son lit, leur promettant à toutes des nouvelles qui ne viendront jamais.

Joint par téléphone, la direction du service culturel évoque un malentendu. « Pour le public qui est le nôtre » certaines chansons ne peuvent pas être jouées. « On a eu connaissance des textes, et deux nous ont paru ne pas convenir à un tout public. Si Laurent Couson décide de maintenir le spectacle en état, nous indiquerons aux parents que ces textes existent. Nous voulons que le spectacle soit « audible pour tous ».

C’est bien cette connaissance des textes avant spectacle qui dérange. Pour Laurent Couson, joint également par téléphone, l’affaire tient de la censure, puisque la vice-présidente de l’Université. Madame Pelletier a « demandé au régisseur de salle de lui transmettre les textes du spectacle, ce qu’elle n’a pas à avoir ». Elle a ensuite appelé le musicien en lui demandant de retirer deux textes contraires selon elle à la morale : “faire l’amour à une conne” qui raconte les conquêtes cyniques de ce Dom Juan et “ethnocentrique”, où le tour du monde se fait au creux d’un lit. La vice-présidente de l’Université demande alors un filage préalable à la suite duquel elle choisirait les chansons convenables et les mots « recevables ». Laurent Couson choqué dénonce une « pratique digne de l’époque soviétique où les auteurs devaient soumettre leur texte à la censure avant publication « . Il refuse et décide de présenter ce soir la version censurée du spectacle, en remplaçant les mots par un lalala sordide, tel un acte militant.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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