Politique culturelle

Les Utra-marins, la classe préparatoire hors du commun à Limoges

Les Utra-marins, la classe préparatoire hors du commun à Limoges

26 novembre 2018 | PAR Quentin Lazeyras

Cette année, l’Académie de l’Union de Limoges a lancé un programme de classe préparatoire pour promouvoir les jeunes d’outre-mer au sein des Écoles Nationales d’Art Dramatique.

Cette classe préparatoire, créée en un temps record, est née par une Initiative de Jean Lambert-wild pour lutter contre le manque de représentativité des jeunes d’outre-mer dans le domaine des arts dramatiques. Jean Lambert-wild, lui même originaire de la Réunion, explique que les chances d’accéder aux institutions d’Art Dramatique sont très faibles lorsque l’on vient d’une des îles françaises. Le constat est flagrant, les jeunes ultramarin.es sont sous-représentés.es, voire complètement absent.e.s des écoles. Il est donc nécessaire pour le directeur de l’Union d’ouvrir ses portes à ces jeunes comédiens.es avec un parcours personnalisé pour passer les concours des grandes écoles qui leur soit spécifiquement dédié. La création de cette classe préparatoire, particulièrement à Limoges, rentre parfaitement dans le cadre de la ville qui souhaite se placer de plus en plus au centre de la francophonie, comme en témoigne la 35 ème édition  du festival des francophonies du Limousin.

Pour ramener ces jeunes des quatre coins du globe, Jean Lambert-wild, et Paul Golub (responsable pédagogique) ont réalisé des auditions sur chacune des îles françaises d’outre-mer. Réalisées en 2017, les auditions ont porté leurs fruits. La classe est finalement composée de 10 élèves. Shékina, Thomas, Anthony, Olenka,Haïtouni, El-Badawi, Ornella, Laurence, Mahealani, et Chara respectivement originaires de Martinique, de Guadeloupe, de la Réunion, de Mayotte, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie, et de Guyane, seront en formation à l’Académie de Limoges à Saint-Priest-Thaurion pendant un an.

Avec des cours spécifiques où ils travaillent divers rôles, d’autres où ils travaillent l’écriture, les élèves sont accompagnés par les plus grands. Paul Francesconi écrira et mettra en scène une pièce spécialement pour les élèves en fin d’année. Pierre Gope, dramaturge kanak, travaille avec les étudiants.es sous forme de stage et leur permet de se développer grâce aux domaines qui lui sont propres. En 2019, c’est John Mairai, professeur de ‘orero au Conservatoire artistique de la Polynésie française et spécialiste de l’art oratoire polynésien qui travaillera avec la classe pour leur permettre de s’ouvrir à des styles de travail et des thématiques moins habituelles. Tous permettront aux jeunes d’approfondir des apprentissages techniques mais aussi, et c’est très important, leur jeu d’interprétation.

Mais pour ces étudiants.es ultramarins.es, l’entrée dans l’Académie de l’Union, fut un tournant majeure de leur vie. Cette nouvelle proximité avec l’Art Dramatique ne fut pas le plus éprouvant. Pour tous.tes les étudiants.es, âgés de 18 à 23 ans, le plus gros choc fut l’arrivée en France métropolitaine. Tous.tes retrouvent et ressentent une certaine tristesse chez les métropolitains.es. Ce dont tous.tes témoignent, c’est qu’aucun.e n’était « prêt psychologiquement à venir ici si vite. Et puis très vite on est frappé par le stress présent, on se sent presque opprimé par l’ambiance qui règne en ici en ville, surtout à Paris quand on atterrit ». Lorsque l’on s’entretient avec eux.elles, tous.tes évoquent souvent par exemple une certaine peur du métro et de la grosse ville parisienne, ce qui peut paraître amusant alors qu’ils.elles viennent de traverser les mers et les océans pour étudier la dramaturgie à Limoges. Même si certains.es ont eu du mal au début, ils.elles évoquent tous.tes un accompagnement parfait, une ambiance conviviale, « on se sent chez soit et dès le début il y a eu une très forte cohésion ce qui nous a tous rassemblés », évoque Mahealani venue de Polynésie française. L’enthousiasme est tout de même de mise comme l’explique Anthony, originaire de la Réunion: « C’est effrayant, effrayant mais vivant, cette rencontre avec le climat, les paysages et l’inconnu. […] c’est d’autant plus stimulant de pouvoir vivre notre passion ». Cette passion qu’ils.elles partagent tous.tes pour le théâtre, certains.es y sont accrochés depuis longtemps comme Laurence (23 ans) qui faisait du théâtre avec une troupe néo-calédonienne depuis déjà plus de 4 ans. Si elle est venue à l’Académie de l’Union, c’est, d’après elle, car il fallait aller se former, et s’ouvrir de nouvelles portes pour ne pas s’enfermer et finir par tourner en rond. D’autres comme Anthony (18 ans), se sont passionnés pour le théâtre plus tard et le coup de foudre avec cet univers l’a poussé à vouloir se développer au sein d’un cadre fixe.

La classe préparatoire des ultra-marins encadre les jeunes comédiens.es toute l’année pour leur donner les meilleures chance de réussir les concours, mais elle ne s’arrête pas là. Les ultramarins.es ne seront pas lâchés.es dans la nature. C’est pour cette raison que l’Union ne crée une promotion ultramarine que tous les deux ans. L’an prochain son objectif sera de continuer à suivre les jeunes comédiens.es, pour les aider dans leurs projets et leurs formations.

Pour finir la découverte de cette classe bien particulière, nous avons eu la chance d’assister à une performance de la classe pendant l’entracte séparant les scènes Un Clown à la mer et Coloris Vitalis. Avec une représentation de plus de dix minutes, les jeunes comédiens.es ont pu s’exprimer sur leur arrivée en France métropolitaine, évoquant leurs angoisses, leurs certitudes, et partageant leurs expériences et leurs visions de l’hexagone. Accompagnés d’une danse traditionnelle néo-calédonienne interprétée par Mahealani et d’un chant partagé par tous.tes dans un dialecte local, le spectacle prend une dimension profonde qui s’ancre dans les racines de cette classe préparatoire si particulière. Mis en scène par une jeune comédienne de l’Académie de l’Union: Marine Godon (Séquence 9: 2016-2019), les jeunes ultramarins.es ont pu s’exercer dans un cadre concret pour leur première représentation face à un public.

Vous pourrez retrouver début 2019 un reportage sur la chaîne France Ô tourné pendant notre visite à l’Académie de l’Union.

Visuel : ©Thierry Laporte

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Quentin Lazeyras

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