Politique culturelle
Les coproductions cinématographiques, nouvelles vitrines sur la Chine, interview de Vincent Fischer, Président de l’agence artistique ECI

Les coproductions cinématographiques, nouvelles vitrines sur la Chine, interview de Vincent Fischer, Président de l’agence artistique ECI

31 mai 2014 | PAR Yaël Hirsch

ECI est un groupe international qui développe des coproductions cinématographiques avec la Chine, coproduit et diffuse des spectacles occidentaux en Chine et représente en Chine des talents occidentaux. L’entreprise est implantée à Paris, à Los Angeles et il y a deux ans à Beijing, marché en plein boum, où le Président d’ECI, Vincent Fischer passe le plus clair de son temps. Entretien avec un entrepreneur culturel qui s’est rendu à la rencontre de la culture chinoise.

Pourquoi avoir ouvert une filiale d’ECI à Beijing?
Depuis 10 ans, le marché du cinéma est en plein boum en Chine. Le box-office y augmente de 30 % par an et on y produit près de 600 films par an, contre environ 250 en France. Et l’engouement est massif, une véritable culture du cinéma est en train d’y voir le jour, si bien qu’environ 3 écrans par jour se construisent en Chine. Il faut dire que, pour une population de 500 millions d’habitants, l’Europe compte 20 000 écrans, alors qu’il n’y en a que 13 000 pour une population trois fois plus nombreuse en Chine…

Et au sein de ce boum, les coproductions jouent-elles un rôle important?
Officiellement, seuls 34 films étrangers peuvent arriver sur les écrans chinois, chaque année. Il y a quelques dérogations. Mais cela ne dépasse jamais une cinquantaine de films. D’où l’intérêt des coproductions pour les acteurs internationaux : cela permet d’éviter la barrière des quotas et d’être diffusé en Chine.

Du côté chinois quelle est la motivation?
La Chine est un grand pays depuis plus de 8 000 ans contre à peine 500 pour les Etats-Unis qui envoient leurs films aux quatre coins du monde depuis longtemps. Or, les Chinois ont du mal à exporter largement leurs films à l’étranger. La coproduction, c’est un moyen de donner à voir des paysages chinois, des acteurs chinois et tout un pan de leur culture. En effet pour qu’un film soit considéré comme une coproduction chinoise, il faut qu’environ 30 % du casting, 30 % des fonds et 30 % des jours de tournages se passent en Chine. Ces films sont en général tournés en anglais pour permettre à un public international d’y avoir accès. Cela fonctionne bien déjà dans toute l’Asie et les coproductions chinoises arrivent désormais en Europe et en Amérique du Nord. C’est donc une manière pour la Chine d’exporter sa culture.

Il y a déjà eu beaucoup de productions? Ou est-ce un phénomène nouveau?
C’est relativement nouveau, parce que jusqu’à l’aube des années 2000, il n’y avait pas de production de film indépendants du gouvernement chinois. Parmi les productions qui ont réussi à l’international, il y a bien sûr le film fleuve de Ang Lee Tigre et Dragon (2000) qui s’est exporté dans le monde entier. Mais désormais, la France et l’Italie font aussi des coproductions avec, par exemple, le film 11 fleurs de Wang Xiaoshuai qui est sorti en 2012 et était en chinois. Ou encore Le promeneur d’Oiseaux de Philip Muyl, que nous représentons en Chine et dont le film vient de sortir en France au mois de mai. Et à l’heure où nous parlons près d’une demi-douzaine de coproductions franco-chinoises sont en développement.

La censure touche-t-elle les coproductions?
Oui comme pour tous les films qui sortent en Chine. Le SARFT et China Film Coproduction Corporation se montrent très intéressés par les suggestions que nos confrères et nous-mêmes proposons. Et s’ils refusent certains éléments, ils expliquent toujours pourquoi.

Du coup qu’est-ce qui est permis et qu’est-ce qui ne l’est pas ?
Tant qu’on évite les scènes de sexe et la politique, le champ est assez vaste et va des films d’auteurs aux thrillers en passant par les romances. Il y a moins de comédies, romantiques ou pas, parce que l’humour n’est pas facile à transposer.

Voyez-vous d’autres « boums » chinois dans vos autres domaines d’activités?
Chez ECI on s’occupe d’entertainment au sens large et on permet aux talents que nous représentons de travailler sur des films, mais aussi dans des grands spectacles. Le spectacle vivant est un pôle d’activité important pour nous : la taille des budgets de parcs d’attraction ou de grands spectacles amenés à tourner dans le pays permettent une vraie créativité.

visuel : Image officielle du Promeneur d’Oiseaux, UGC distribution.

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Où s’imprégner de la culture chinoise à Paris ?
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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