Politique culturelle

Le fantôme de Maurice Papon revient nous hanter

Le fantôme de Maurice Papon revient nous hanter

13 avril 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« La mort dans l’âme », les mémoires de Maurice Papon, ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde sous le régime de Vichy, condamné pour complicité de crimes contre l’humanité en 1998, paraîtra fin avril-début mai aux éditions Jean Picollec.

Maurice Papon a lui-même rédigé ses mémoires durant les années précédant sa mort en 2007. Son éditeur au gout franc pour les hommes d’honneur a déjà consacré des pages à Jacques Vergès, Yasser Arafat, Vincent Bolloré et Oussama Ben Laden

Maurice Papon fut préfet, maire, député et ministre du Budget sous le gouvernement de Raymond Barre. Sur plainte de victimes, le 19 janvier 1983, il est inculpé de complicité de crime contre l’humanité. Après une procédure chaotique, le 8 octobre 1997 s’ouvre devant la cour d’assises de la Gironde le procès d’un homme de quatre-vingt-sept ans. La défense est active mais pèse lourdement sur deux factures de taxi (350 et 575 francs) du 25 août 1942 réglées par la préfecture pour le transport d’enfants Juifs. Le 2 avril 1998, Maurice Papon est condamné à dix ans de prison. Ces deux procès font grand bruit, particulièrement celui de Maurice Papon dont la peine est jugée insuffisante. Il a purgé trois ans de prison avant d’être libéré en septembre 2002 pour raisons de santé. Le livre sortira dans un contexte fort d’exaltation du mythe resistancialiste que pointait Henry Rousso en 1987, désignant alors la période de l’immédiat après-guerre.

La mémoire du régime Vichy fait l’objet de tensions depuis la fin de guerre. Passé gommé, réécrit, endossé…Si les discours sur le Vel d’Hiv assument depuis 1995 et plus clairement 1997 « les heures noires » de la France, d’autres éléments sont les signes d’un retour en arrière. Le dossier de presse du 70ème anniversaire de l’appel du Général De Gaulle le 18 juin 2010 ne mentionnait ni déportations, ni la collaboration. Le Premier acte de Nicolas Sarkozy fraîchement élu en mai 2007 est de placer les cérémonies protocolaires de sa journée d’investiture sous une pluie d’hommages à la Résistance. Après avoir ravivé la flamme du soldat inconnu et déposé des gerbes sous les statues de Georges Clémenceau et du Général de Gaulle, il s’est rendu au Monument de la Cascade du Bois de Boulogne pour y rendre un hommage à Guy Môquet. S’en suit l’obligation controversée de lire dans les école la lettre du jeune résistant militant des jeunesses communistes. A la suite du meurtre d’un officier allemand par des communistes, le ministre de l’Intérieur du gouvernement Pétain le sélectionna avec une cinquantaine d’autres prisonniers communistes qu’il livra en otages aux occupants « pour éviter de laisser fusiller 50 bons Français ». Le 22 octobre 1941, ils sont tous abattus par les nazis à titre de représailles. Avant d’être fusillé Guy Môquet, âgé de 17 ans, écrivit une lettre d’adieu à ses parents aujourd’hui célèbre.

Pour Richard Odier, président du Centre Simon Wiesenthal, « Publier les mémoires de Papon auraient du sens si celles-ci étaient commentées et accompagnées de travaux d’historiens et de spécialistes de cette période comme nous au Centre Wiesenthal ou les chercheurs du Mémorial en ce qui concerne la période de la guerre. Idem sur la période de l’Algérie. Là, nous sommes probablement dans un « coup éditorial » assez nauséabond, qu’il faudra étudier à sa sortie. Les mémoires des « salauds » qui n’ont jamais assumé leurs actes sont utiles pour les historiens, du pain béni pour les négationnistes et à mettre au rebut des livres invendus (espérons le!) pour les autres »

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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