Politique culturelle

La Loge menacée de fermeture : la création artistique parisienne en péril

La Loge menacée de fermeture : la création artistique parisienne en péril

12 février 2015 | PAR Mathilde Dumazet

Une loge, c’est le lieu où se préparent les artistes. La Loge, c’est le lieu où se produisent des artistes dont vous serez fiers, dans quelques mois, de dire que vous les avez connus avant tout le monde. La Loge, c’est une salle avant-gardiste située dans le 11ème arrondissement de Paris (Charonne). Mais La Loge est aujourd’hui menacée de fermeture, faute de subvention. Heureusement, vous pouvez soutenir La Loge ici et faire ainsi perdurer un des maillons essentiels de la chaîne de production de vos idoles de demain. Les deux fondateurs et directeurs de La Loge ont répondu à nos questions

La Loge fait partie de ces lieux cosys et accueillants où il fait bon de se retrouver autour (d’un verre et) d’une programmation bourrée des talents de demain. Une petite démonstration s’impose. Voici quelques-unes des pépites dénichées par les chercheurs d’or de La Loge :
Avant de devenir la coqueluche des médias français en 2014, Christine and the Queens s’est produit au 77 rue de Charonne en 2011, tout comme Giédré. En 2012 c’était FAUVE qui enflammait La Loge, mais aussi Valerie June, Theodore Paul et Gabriel, Feu Chatterton (qui partageait la scène avec les moins connus mais non moins talentueux Erotic Market). Et en 2013 c’était Moodoïd.

Mais La Loge ce n’est pas seulement une bonne programmation de concerts de ceux qui feront les unes dans quelques années. C’est aussi un projet. Un projet qui booste la jeune création artistique parisienne autant dans le domaine du théâtre que dans celui de la danse ou encore des one (wo)man show. C’est un projet qui offre aux artistes la possibilité de créer. Un tel lieu revêt donc une double importance : d’un côté pour le public assoiffé de nouveautés et de l’autre pour les artistes. Une jeune compagnie ou un jeune groupe a besoin, pour se lancer dans l’aventure, d’un lieu chaleureux et propice à la stimulation artistique. Il suffit de se faufiler à  l’intérieur pour comprendre qu’une résidence à La Loge, c’est comme trouver le petit chez-soi douillet idéal pour une compagnie.


La Loge – 3/4 par lalogetheatre

La Loge offre aux artistes 35h de résidence, des aides à la création et à la diffusion, et mieux encore, elle partage les recettes avec ceux qu’elle parraine. Le bilan est plus que réjouissant et d’année en année, l’initiative est applaudie par le milieu. Néanmoins la solidarité est à sens unique. Plus le bilan est positif plus les structures publiques se désolidarisent et incitent la petite salle à l’autofinancement. Mais pour garder un tel niveau de liberté dans la création et encourager l’innovation, l’assurance des subventions publiques est nécessaire. Malgré les nombreux partenariats avec d’autres structures artistiques et culturelles qui partagent les valeurs de solidarité et d’aide à la création artistique (le 104, le Théâtre du Rond-Point, Le Chantier des Francofolies, Asterios, Radio Nova, Causette et beaucoup d’autres !), c’est de la région dont la salle a besoin. Or depuis deux ans, La Loge se voit refuser la subvention allouée par l’Île de France au Développement de la permanence artistique et culturelle (PAC).

La PAC, qu’est-ce que c’est ? C’est une subvention de 60% d’un projet (hors taxe) allouée par une commission d’élus et de professionnels du milieu. Elle encourage les projets innovants en matière de « rencontres entre les populations et les œuvres ». Pour l’obtenir il faut garantir l’indépendance de sa direction artistique, avoir une dimension « développement », prévoir l’accueil de résidences artistiques, conforter l’emploi artistique, permettre la diffusion des productions et il faut avoir le soutien d’un second partenaire public (la Ville de Paris pour La Loge).
On a bien cherché…Impossible de trouver pourquoi La Loge n’y a pas droit! On a recueilli pour vous les témoignages de Alice et Lucas, directeurs et fondateurs de La Loge!


LA LOGE – 2/4 par lalogetheatre

– Comment la région justifie-t-elle le refus de la PAC?
En 2013, l’année de notre 1ère demande, la Région nous a expliqué que notre dossier n’était pas bien monté, ce qui était, objectivement, plutôt juste. En 2014, après avoir beaucoup retravaillé à rendre le dossier cohérent, on nous a expliqué qu’aucune nouvelle structure à Paris Intra-Muros ne serait aidée… Nous sommes donc confrontés à des choix politiques plus que des choix stratégiques.

– Quels sont les impacts directs d’un tel déficit sur la programmation? Sur l’équipe? Sur l’ambiance générale?
La programmation est pour le moment heureusement protégée. Nous n’avons jamais faibli dans notre rythme.
L’équipe est directement impactée par ces difficultés, puisqu’elle est payée très largement en deçà du travail qu’elle fournit, avec des emplois aidés, des stages, des intermittents et des bénévoles. Concernant l’ambiance générale nos difficultés ne nous font pas perdre notre volonté, notre force de travail et notre croyance en la légitimité de notre projet. Mais il ne faut pas que ça dure car l’épuisement finira par se faire sentir.

– Quel est l’état d’esprit qui prédomine actuellement dans l’équipe?
Nous sommes des combattants, remontés pour faire perdurer une salle, qui au delà de sa programmation et de la qualité artistique de ses projets est un lieu de vie, de rencontre, de création indispensable dans le paysage culturel parisien. Nous pouvons le dire aujourd’hui sans rougir, La Loge est un lieu unique dédié à la jeune création.

– En plus des soutiens financiers sur le site de crowdfunding, avez-vous reçu des soutiens moraux importants (organismes, ville de Paris, partenaires de La Loge, artistes)?
Les artistes sont nos premiers soutiens moraux. Nous sommes même surpris de la mobilisation des artistes avec qui nous avons travaillé ces 5 dernières années. Ils craignent autant que nous qu’un lieu comme La Loge disparaisse. C’est pour eux comme pour nous inenvisageable.
Nous avons également beaucoup de soutiens moraux auprès du public qui connaît le lieu et veut continuer à y découvrir de jeunes artistes. Pour preuve les nombreux commentaires de soutien sur les réseaux sociaux et sur la page de don en ligne. Côté institution, la Ville est un partenaire privilégié, ils répondent rapidement à nos appels et sont très attentifs à notre situation. Enfin nos partenaires artistiques ont été très réactifs ces derniers jours, nous pouvons notamment citer J-M Ribes qui nous a reçu en urgence la semaine passée, Mains d’Oeuvres qui ont relayé notre appel, le 104 soucieux de nous voir continuer, ainsi que le Chantier des Francos.
Enfin les journalistes et la presse sont très réactifs, nous rassurent dans notre conviction: La Loge doit continuer!

– Trouvez-vous injuste/frustrant de voir des artistes que vous avez soutenus par le passé triompher tandis que vous subissez les difficultés financières liées au fait que vous intervenez au début du processus de création?
Pas du tout nous sommes les premiers heureux de la réussite des artistes qui ont débuté chez nous, nous sommes même là pour ça! L’inverse nous attristerait.
D’autant que ces artistes sont aujourd’hui des soutiens importants, des gens comme Laurent Bazin, Nicole Genovese, Nora Hamzawi ou Owlle, nous aident énormément.

Visuel : Autorisé par La Loge (Crédits David Bertram, Kris Maccotta et Tom Spianti)

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