Politique culturelle

La danse des théâtres privés

La danse des théâtres privés

09 janvier 2019 | PAR La Rédaction


En 2018, on a pu redécouvrir Picasso, Duchamp, Kuki et bien d’autres artistes encore dans les plus grands musées de France. Cette année également la Fiac célébrait sa 45ème édition, tandis qu’avait lieu quelques mois plus tôt au Grand Palais Artistes et Robots, une exposition interrogeant le mélange entre technique et technologie. Mais 2018 aura également été l’année des acquisitions financières de prestigieuses enseignes culturelles par des patrons de grands groupes. Une pratique qui a su une nouvelle fois soulever le rapport ambigu entre art et argent. Cette partie de jeu, vieille d’une décennie déjà, s’observe notamment dans les grands théâtres parisiens, les grands groupes exploitent 40% de leurs fauteuils rouges.

Par Eugenie Richert

En 2007, Stage Entertainment rachète le Théâtre Mogador, peu après en 2010, Jean-Marc Dumontet s’offre le Point-Virgule puis Bobino, respectivement une salle de comédie et une autre de music-hall. Il s’associe même avec Laurent Ruquier lorsqu’il rachète le Théâtre Antoine. Dernièrement, il a acquis le Comédia auprès du groupe Fimalac pour 4,6 millions d’euros. C’est seulement en novembre dernier que Laurent Ruquier cède ses parts du Théâtre Antoine à Dumontet. Ce dernier est dont à la tête de six théâtres, et le chiffre d’affaires de son entreprise s’élève à 35 millions d’euro en 2017. C’est fin 2012 que Jacques Antoine Granjon, à la tête du site Vente Privée, devient actionnaire du théâtre de Paris, puis de La Michodière et enfin des Bouffes-Parisiennes. Marc Ladreit de Lacharrière lui, via le pôle 3S Entertainment, a racheté le Théâtre de la Porte Saint-Martin, de la Madeleine, ainsi que le Marigny. Enfin en novembre 2017, Pascal Legros, acquiert le Théâtre Edouard-VII, racheté à Bernard Murat, qui en reste le directeur artistique. Ce dernier achat prouve néanmoins que l’achat de grands théâtres n’est pas réservé qu’aux plus riches ; Arthur Jugnot a même dû « prendre un crédit sur vingt ans » pour le Théâtre des Béliers en 2012.

Ces multiples achats laissent entendre deux choses : tous les grands patrons acquéreurs veulent maîtriser tout le processus de création, de la production à la distribution, et donc la billetterie. Cependant ces achats engagent parfois de nombreux et coûteux travaux. En effet certains comme le théâtre Marigny affichait fermé. Ce dernier, rideau baissé depuis 2013 et pourtant site classé, a demandé des travaux à hauteur de 20 millions d’euros. Le théâtre a récemment rouvert ses portes avec la superproduction Peau d’ ne mise en scène par Emilio Sagi et en musique par Michel Legrand.

Si l’achat par ces patrons des grandes salles parisienne paraît étonnant, il semble parfois nécessaire lorsque d’autres groupes ou familles indépendantes ne peuvent pas gérer les prix de rénovation ou le nombre d’entrées. Comme toujours, la place de l’argent dans les milieux artistiques est au cœur d’un paradoxe : d’un côté la tradition occidentale voudrait qu’on élève toujours les œuvres d’art ainsi que leur milieu, de l’autre l’évolution croissante des œuvres, des artistes ainsi que des lieux culturels laisse ce marché croître tranquillement aux mains de grands groupes économiques. Néanmoins ce marché se développe uniquement dans les grandes villes internationales telle qu’ici Paris, tandis qu’en Province cette frénésie reste en second plan.

visuel : Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0)

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